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Casamance: René Capain Bassène livre son analyse sur la gestion de la crise gambienne et sur les réactions qui ont suivi la rencontre entre le GRPC et « des combattants de Diakayes ».

Casamance: René Capain Bassène livre son analyse sur la gestion de la crise gambienne et sur les réactions qui ont suivi la rencontre entre le GRPC et « des combattants de Diakayes ».
  • Je remercie les présidents Alpha Condé et celui mauritanien d’avoir réussi à nous épargner de la guerre et à convaincre Yahya Jammeh de céder le pouvoir au président élu.
  • j’espère que cette démarche inspirera nos dirigeants sénégalais dans le cadre du règlement de la crise en Casamance.
  • Pourquoi tout d’un coup, le cantonnement de Diakayes a sollicité l’intervention du GRPC pour les aider à arriver à unité inter combattants ?
  • En Casamance, les calculs d’intérêts, les combines et les coups bas ont beaucoup plus tonné que ne l’ont fait les armes de 1982 à nos jours. Monsieur René Capain Basséne, en votre qualité d’observateur averti du conflit en Casamance, quelle analyse faites vous du dénouement de la crise en Gambie et de la polémique intervenue à la suite de la déclaration de Robert Sagna sur son invitation par une faction du MFDC à s’investir pour aider à l’unité des différentes factions du MFDC. Pourquoi on ne vous a pas entendu pendant et après l’opération de la CEDEAO ?J’étais trop mobile parce que j’étais intéressé par les conséquences indirectes mais surtout directes qu’aurait pu engendrer cette intervention militaire de la CEDEAO sur le conflit qui perdure en Casamance. J’étais en contact direct avec les acteurs et les populations parce que j’avais privilégié la méthode de l’observation directe. Voici ce qui explique pourquoi je ne pouvais pas me prononcer pendant tout ce temps. Je l’ai dit tantôt, que c’est le fait que cette crise soit gérée de manière pacifique et que Yahya Jammeh soit parti sans aucune effusion de sang humain.Au niveau local, j’espère que cela inspirera nos dirigeants sénégalais dans le cadre du règlement de la crise en Casamance. C’est uniquement par le dialogue que nous pourrons arriver à asseoir une paix et une stabilité durable au niveau de la sous-région. Nous ne voulons plus de la guerre.
  • Aussi, j’ai eu en mon fort intérieur à déplorer la façon dont ce s’étaient comporté certains organes de presse. J’étais en territoire gambien quand en direct, j’ai entendu les journalistes d’une grande radio privée déclarer que : Je crois que cela servira d’exemple et que désormais la voix pacifique sera privilégiée pour le règlement des conflits en Afrique et au sein des pays de la CEDAO en particulier.

Puisque vous avez bien suivi ce qui s’est passé pendant cette période pouvez vous nous dire qu’est ce qui vous avait le plus marqué dans la gestion de cette crise gambienne ?

  • Vous savez, c’était un problème très sensible. À l’image de la crise casamançaise, la gestion de la crise gambienne est encore trop loin de révéler ses secrets. Il y a beaucoup de non-dits et il faut plusieurs dizaines d’années pour connaitre et maitriser les véritables enjeux de celle ci. J’étais sur le terrain tantôt en Gambie, tantôt en Casamance et jusqu’en Guinée Bissau.
  • Pour ce qui concerne la crise gambienne, je m’étais prononcé avant l’intervention de la CEDEAO en Gambie pour marquer ma farouche opposition à toute intervention militaire. Un conflit armé aurait eu de lourdes conséquences sur les pauvres populations, c’est pourquoi j’ai fustigé les avis de ceux là qui étaient favorables à l’usage de la force pour faire partir Yahya Jammeh. Je ne serai pas long sur ce sujet. Je rends grâce au Tout Puissant Bon Dieu, remercie les présidents Alpha Condé et celui mauritanien Abdel Aziz d’avoir réussi à nous épargner de la guerre et à convaincre Jammeh de céder le pouvoir au président élu.
  1. Yahya a pris la fuite en destination de la Guinée Conakry »
  2. «  Adama Barrow avait quitté l’hôtel où il logeait en direction de l’Aéroport de Dakar où l’attend un avion en destination de Banjul où il devait prêter serment le lendemain 19 janvier 2016 ».
  3. Que «  les forces de la CEDEAO avaient commencé à bombarder Kanilai ».
  4. « Qu’elles étaient entrées dans Banjul dans la nuit du 18 au 19 janvier etc…
  5. Des correspondants de radio déclarer que : « sur le terrain en Gambie, il n’y avait pas de militaires gambiens, mais qu’ils avaient vu sur certains coins de rues des mercenaires et des combattants du MFDC ».
  6. Que « le président Jammeh avait empoisonné la climatisation du State House », que « des armes ont été découvertes par ci et par là ». 
  7. Que « Yahya aurait armé le MFDC qui serait prêt à combattre à ses côtés »

J’ai été déçu par de telles réactions, je me demandais si ces organes de presses faisaient de la propagande ou s’évertuaient à donner la bonne information aux populations. Il n’y avait aucun degré de professionnalisme dans le traitement de certains aspects de cette crise.

Et pourtant, le lendemain 19 janvier quand le président Adama Barrow prêtait serment à Dakar, ces mêmes radios ont eu à couvrir cet événement dont ils avaient annoncé qu’il se tiendrait en Gambie. Ces organes de presse n’ont même pas daigné s’excuser auprès des populations qu’ils avaient servies de fausses nouvelles pendant presque toute une nuit.

C’est pareil pour l’information sur le bombardement de Kanilai par les forces de la CEDEAO. Les radios l’ont annoncé et jamais, elles ne sont revenues sur les dégâts à savoir le nombre de morts, les sites atteints par les bombardements, le nombre de refugiés causés par ce bombardement etc…

Aussi, j’ai entendu beaucoup de grands spécialistes de la Casamance se prononcer sur le lien entre le MFDC et Jammeh, des gens anticiper sur ce que serait la réaction du MFDC en cas d’intervention militaire de la CEDEAO. Je me suis marré parce que pour la plupart, c’est des « techniciens » qui se prononçaient sur des sujets qu’ils maitrisaient trop peu. Ils avaient juste envie de se faire entendre. En leur fort intérieur, ils n’étaient pas convaincus de ce qu’ils disaient.

A ce propos je pèse mes mots.

Vous voulez dire que toutes ces informations étaient fausses ?

Oui et sans détour pour celles que j’ai mentionnées plus haut. A cet effet, je tiens à remercier et à féliciter le chef de Mission, le Général François Ndiaye qui a eu à apporter certaines précisions par rapport à certaines fausses informations. J’ai beaucoup apprécié sa réaction parce que ce n’était pas du tout évident pour lui d’apporter une telle mise au point surtout que c’est des informations qui lui étaient favorables. A mon avis, il a prouvé au vu de sa démarche qu’il mérite le choix porté sur sa personne.

Revenons sur la polémique engendrée par la sortie de Robert Sagna et le GRPC qu’en est –il réellement ?

Les choses suivent leur cours et je ne m’empresse jamais de me prononcer sur des sujets relatifs à la crise en Casamance. C’est une véritable nébuleuse où la plus part de ce qu’on entend et voit est parfois trop loin de la réalité.

Je ne m’inscrirai pas dans la logique de démentir ni de confirmer les propos d’un quelconque acteur. Cependant connaissant bien la situation sur le terrain je me suis posé ces différentes questions.

Pourquoi tout d’un coup, le cantonnement de Diakayes a sollicité l’intervention du GRPC pour les aider à arriver à unité inter combattants ?

Est-ce que le GRPC n’est pas sollicité pour enfoncer une porte déjà grandement ouverte ?

Je rappelle que :

1-cette unité est déjà acquise entre Diakayes, Kassolol et Aquinthia et que de nos jours, il y a même des combattants de Aquinthia qui ont rejoint le front nord et vice versa.

2– cette unité était acquise à la suite d’un long processus de dialogue et de réconciliation exclusivement intra combattants de ces trois factions. C’est d’ailleurs ce processus qui a fait que d’un commun accord, toutes ces trois factions  avaient décidé de ne plus être en contact ni  avec les messieurs Casamance ni avec un quelconque médiateur ou groupe de médiateurs ni avec les leaders des ailes politiques du MFDC. Et depuis octobre 2014 cette décision était respectée par toutes ses différentes factions  jusqu’à la rencontre entre le GRPC et les combattants de Diakayes.

3– pourquoi une décision aussi unilatérale de la part de Diakayes, comment est –elle advenue ? De quelle unité intra MFDC s’agit-il si on sait qu’entre combattants des contacts commençaient à s’établir avec la faction dirigée par Salif Sadio, la seule qui était en reste pour voir comment arriver à des retrouvailles de toutes les factions combattantes du MFDC ?

4– pourquoi ne pas s’intéresser à la réunification des ailes politiques qui à l’image des combattants ont entamé de leur côté leur processus de réunification sans l’implication d’aucun acteur externe ?

5– Est-ce que le MFDC de façon générale adhère à la vision de Diakayes et au programme des messieurs Casamance ou médiateurs?

6– Ne va-t-on pas directement vers des négociations séparées et sectaires entre Diakayes et le GRPC si on sait que les portes de Kassolole, Aquinthia et Djilanfary sont encore et toujours hermétiquement fermées à tous les acteurs de paix ?

J’ai fort peur que les démarches de certains acteurs finissent par instaurer un climat de méfiance et de suspicion entre Diakayes et leurs frères d’armes d’Aquinthia et Kassolole, voir même de Djilanfary.

Si on y prend garde, on va vers une cassure de cette frêle unité qui prévalait entre ces différentes factions en faveur des négociations avec l’Etat du Sénégal. Et si on en arrive à ce stade ce serait anéantir tous les multiples efforts consentis par ces factions combattantes pour arriver à leur unité.

Mais pour quelqu’un qui suit de très prés le conflit casamançais, il n’y a rien d’étonnant ni de surprenant dans tous ces événements. Je disais un jour dans une de mes interviews qu’en ce concerne le conflit en Casamance, les calculs d’intérêts, les combines et les coups bas ont beaucoup plus tonné que ne l’ont fait les armes de 1982 à nos jours.  C’est cette situation qui a plongé toutes les tentatives de recherche de la paix  en Casamance dans un éternel processus de recommencement.

Et pourtant, il est noté des avancées ; pourquoi parlez-vous d’un éternel recommencement ?

Tenez vous bien : Diakayes est la première faction combattante à accepter de déposer les armes à partir de 1990 suite aux démarches de certains acteurs.

Pacifiée et ne pouvant plus permettre aux messieurs Casamance de s’enrichir, ces derniers ont migré vers le sud auprès de Léopold Sagna :

Les radicaux comme Salif Sadio, ceux qui refusaient les deals avec les messieurs Casamance ont décrié la démarche de leurs chefs et cela a abouti au conflit intra combattants qui a débuté par une crise très aigu de 1993 à 1998, puis à un conflit armé de 2000 à 2006.

A partir de l’an 2000 jusqu’en 2008 on ne négociait qu’avec César Atoute Badiate presque pacifié et ne pouvant plus permettre une immense lever de fonds, les acteurs se sont tournés vers Ousmane Gnantang en son temps à partir de 2009 jusqu’à 2012 avant de se tourner résolument et vainement vers Salif Sadio a partir de fin 2012.

N’ayant jamais obtenu de résultats probants sur le terrain malgré leurs multiples déclarations faisant état de grosses avancées et succès de leurs interventions, les acteurs de paix semblent avoir bouclé leur pourtour.

Au vue de ce qui est entrain de se passer sur le terrain, nous avons l’impression qu’ils ont fini de faire le tour des différentes factions. Ils ont bouclé le cycle. En renouant avec Diakayes, ils se sont à nouveau repositionnés sur le point de départ, c’est-à-dire qu’ils veulent redémarrer le « cycle …» c’est pourquoi j’ai dit un jour qu’en Casamance pour ce qui concerne le processus de paix, nous sommes en face d’un éternellement recommencement.

Interview recueillie par Abdou Rahmane Diallo (ARDiallo)

Commentaires (3)

  • Bapoulo

    Merci René pour ta sortie…..l analyse est claire comme vous soulignez: « En renouant avec Diakayes, ils se sont à nouveau repositionnés sur le point de départ, c’est-à-dire qu’ils veulent redémarrer le « cycle …» c’est pourquoi j’ai dit un jour qu’en Casamance pour ce qui concerne le processus de paix, nous sommes en face d’un éternellement recommencement. » ecouter, grpc, diakayes tous nous retardent car tous sont pro-sénégalais…..

  • kankouran

    Diakayes est le cheval de Troie du Sénégal en Casamance pour anéantir ATIKA. Je ne sais pas si RCB maitrise la création de Diakayes depuis Sidy Badji à nos jours. Diakayes est le principal facteur bloquant. Ils ont seulement réussi à mettre Compasse et Sikoune dans leur poche en le trompant. La Casamance n’oublie pas ce que ces gens ont fait contre leurs propres populations. Nous les attendons au tournant même si toi RCB tu les aménages…..Haiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, Thiorrrrrrmama

    • Zeus

      Salut Kankouran, tu as parfaitement raison: Diakaye est la pourriture en Casamance. Ils ont exterminé ma famille à Dianky. Mes frères sont au maquis chez Atoute et on verra la suite….
      Je prie René de revenir sur la création de Diakaye,S.Badji, Kamougué, Magne Diémé, Lamarana et Assambane, leur collaboration avec Wade, JM Biagui, Amiral Sarr et Robert. Il faut dire la vérité aux Casamançais aulieu de tourner autour du pot…..Eternel recommencement !!!

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