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Casamance: René Capain Bassène sur la gestion de processus de paix en 2016

Casamance: René Capain Bassène sur la gestion de processus de paix en 2016

René Capain Basséne, journaliste, écrivain et observateur de la crise casamançaise donne son analyse.

  • Aucune avancée n’a été notée.
  • C’est l’impasse générale pour tous les acteurs de paix.
  • L’accalmie n’est pas un acquis.

La Casamance traverse une situation de ni guerre ni guerre.

Première partie de son interview accordée au Journal du Pays.

Monsieur René Capain Basséne nous sommes au début de l’année 2017, est ce que vous pouvez nous dresser votre bilan de la gestion du processus de paix en Casamance ? Existe –t-il réellement des acquis comme l’ont publiquement déclaré certaines hautes autorités ?

Ceci dit, je ne partage pas du tout les déclarations selon lesquelles, des « acquis » seraient obtenus en 2016 sur la gestion du processus de paix en Casamance. La vérité est que l’année 2016 est caractérisée par une impasse jamais égalée dans le cadre des activités de recherche de la paix en Casamance.

Vous savez, en matière d’analyse et de lecture d’une situation, les avis sont toujours discutables. Celui qui émet une analyse la fonde sur la base de quelque chose en fonction de ce qu’il aura directement observé sur le terrain ou directement collecté comme informations de la part de ses sources. Je ne vais pas m’inscrire dans une logique d’invectives ni dans celle de chercher à contredire qui que ce soit. Je vais comme tout le monde et en toute objectivité tenter de donner mon avis sous forme de bilan de la gestion du processus de paix au cours de l’année 2016.

Pour la toute première fois de l’histoire du conflit en Casamance, le MFDC a pris la ferme décision de ne s’ouvrir à aucun acteur de paix dans le cadre de leurs activités de négociations pour les uns, de médiation pour les autres ou de rapprochement des parties en conflit pour certains.

Aucun compromis, aucun acte sous forme d’un cessez- le feu, d’un accord préalable à l’ouverture de négociation ou d’une signature d’un accord de paix n’a été ni démarché, ni obtenu.

Monsieur René Capain Basséne, l’accalmie notée sur le terrain n’est –elle pas un acquis selon vous ?

Répondez à toutes ces courtes questions et vous arriverez à la conclusion que ce qui qualifié de période d’accalmie est loin d’être un acquis dans le cadre de la recherche de la paix en Casamance. A mon avis, la Casamance n’est pas en train de traverser une période d’accalmie en tant que telle, mais nous sommes en train de vivre pleinement une situation de « ni paix ni guerre » et cela dans le sens propre et entier de ce terme. C’est une situation qui ne se négocie jamais. Elle est dictée ou engendrée par l’évolution des positions et des stratégies des parties en conflit sur le terrain. Je ne suis pas spécialiste en conflit ni un « grammairien» non plus,  mais je crois qu’il existe une petite nuance dans le fond entre ces deux mots. Je ne saurai vous donner leurs définitions académiques exactes. Mais je vais essayer de vous expliquer ma conception propre et personnelle de ces deux termes en relation directe avec ce qui est en train de se passer en Casamance :

Quelle est selon vous la différence entre « période d’accalmie » et situation de « ni paix ni guerre » ?

Comment donc en tant qu’observateur définissez- vous cette période d’accalmie ?

Est-ce qu’une accalmie est une solution idéale et durable au point de s’en glorifier et de la citer comme grand ou gros acquis ? Est ce que l’accalmie notée en Casamance date de 2016 ? D’ailleurs sur quoi repose cette accalmie ? Qui est en mesure de nous dire celui, celle ou ceux qui l’ont négociée ? Avec qui a-t-elle été négociée ? Où et quand  a-t-elle été négociée ? Quelles en sont les clauses ? Qui en sont les garants ?

Comment donc peut-on parler d’acquis obtenus face un tel cas de figure ?

Selon moi, une accalmie c’est une période de trêve. Son « existence » est engendrée par un certain nombre facteurs. A l’image d’un cessez-le feu, c’est une situation négociée. Elle comporte des clauses et nécessite l’implication des parties garantes pour veiller au respect de celles-ci. Elle est aussitôt suivie par l’ouverture immédiate ou très proche de négociations en faveur de la paix.

Tous ces éléments, ne se retrouvent pas dans ce que certains acteurs qualifient d’accalmie en Casamance. J’aurais à la limite accepté le terme « accalmie très précaire » pour démontrer le nature « légère et flottante » de ce silence des armes, qui ne repose sur absolument aucun acte signé. C’est une situation qui à tout moment peut être rompue par l’un ou l’autre des belligérants sans aucune sanction concrète.

Une telle période est favorable à l’ouverture de dialogue. Hélas ce n’est pas le cas en Casamance où elle est mal exploitée. En effet, aucune approche sérieuse n’est encore entreprise en faveur d’un rapprochement des parties en conflit ou d’une ouverture d’un processus de recherche de paix malgré la volonté affichée par les belligérants de se retrouver autour d’une table de négociations.

Par contre une situation de ni paix ni guerre, c’est exactement ce que nous vivons en Casamance. De prime à bord on a l’impression que la guerre est terminée et que les activités ont repris leur cours normal. Mais dans la réalité, les populations civiles ne peuvent toujours pas accéder à certains endroits encore sous occupation par l’armée ou le MFDC. Certains réfugiés ne peuvent toujours pas retourner dans leurs villages. On ne peut également pas entreprendre des activités de développement : la construction de pistes de production et de désenclavement dans certaines localités, l’exploitation du Zircon et de sécurité : la poursuite du déminage humanitaire.

Tandis que d’un autre côté, militaires et combattants du MFDC sont tous en état d’alerte, tous bien campés dans leurs positions, mieux organisés, très bien armés, très bien concentrés, très vigilants et très attentifs à toutes les déclarations et aux différents mouvements de la part du côté adverse. Chaque camp est « aux aguets », prés à attaquer ou à contre attaquer l’ennemie au moindre incident.

Nous sommes donc dans une situation très instable. A tout moment on peut basculer vers la guerre car rien n’est entrepris de la part des autorités sénégalaises et du MFDC pour essayer de faire basculer la situation en faveur d’une paix définitive.

On vit une situation très déplorable de « sur place, et d’observation » entre les parties prenantes, ponctuée de calculs sinueux dans le but de parer à tout effet surprise de la part de l’ennemie. En clair chaque camp s’est préparé et est déjà fin prêt pour la guerre en cas d’éventuelle reprise des hostilités.

Si réellement il y avait des acquis, si réellement les acteurs sont convaincus de ces acquis tant vantés, on ne serait pas de nos jours en train de s’épancher sur le soutien ou non du MFDC au Président Yahya Jammeh en cas d’intervention militaire de la CEDEAO. Car cette crise n’a rien à avoir avec la revendication du MFDC.

Pour cette année 2017, il serait souhaitable que les parties en conflit dont l’Etat du Sénégal en premier, prennent des initiatives et posent des actes fermes dans le cadre de la recherche d’une paix durable en Casamance.

En définitive, je dirai que pour l’année 2016, on n’a noté aucune avancée dans le cadre des activités de recherches de la paix. Aucun parmi les nombreux acteurs de paix en Casamance n’a réussi à se faire écouter par le MFDC, aucun n’a pu avoir l’opportunité de dérouler son plan. Par conséquent aucun n’a réussi à signer ou à faire signer quoi que ce soit. J’espère qu’ils auront l’honnêteté de reconnaitre que pour 2016 c’était l’impasse générale.

Une situation d’accalmie est de loin préférable car elle repose logiquement sur des bases claires et confère une certaine stabilité aux populations, tandis qu’un climat de ni paix ni guerre est comparable à une grosse et lourde épée de Damoclès suspendue sur la tête des pauvres citoyens que nous sommes.

A suivre…..

Interview réalisée par ARDiallo

Commentaires (9)

  • Bakinemit

    En tout cas, négociation ou pas négociation, la Casamance demande pur et simplement la cession, la séparation, en somme l’Indépendance, rien que l’Indépendance, et c’est tout ce que j’ai à dire.

    VIVE LA CASAMANCE LIBRE ET INDÉPENDANTE!

  • Teesito

    De blocage en blocage, d’obstacle en obstacle, on finit par sauter dans l’abime et le naufrage, c’est le cas du Sengal (votre pirogue) !

  • Nianthio

    Hey René ! Le blocage c’est le Sénégal avec la stratégie mise en place par un seul homme: Amiral Sarr chef des services secrets du Sénégal.Nos adversaires sénégalais continuent à nous mépriser. Cette situation de ni paix ni guerre les rassure.
    Ça leur fait gagner du temps. ils ne peuvent pas avoir accès à la Casamance profonde…Ils continuent à se distraire avec les plus compromis d’entre nous, nous les avons fait sur mesure et à l’image qu’ils désirent avoir de nous, un désir irraisonnable de se soumettre à eux comme eux ils le font chez leur marabout.
    Nous nous sommes de la Casamance avec notre grande fierté nous disons NON A LA SOUMISSION 😉

  • alinou

    Très bonne question Koumpo Boudody.
    Des checkpoints partout comme si les combattants étaient moins intélligents pour emprunter
    les routes nationales.
    ils le font juste pour malmener et éttoufer la Population.
    Anonyme a bien raison. Le sénégal a divisé le MFDC , la branche politique Interieure , Exterieure , tout comme combattante et civile , et il continu d´ailleur a le faire Avec ces mascarades et Farces négociations. Heureusement nos frères l’ont finalement compris.
    Et maintenant il se plaint de manque d´interlocuteur? a qui la faute?
    Le sénégal serait prêt à négocier sur tout sauf l´indépendance?
    Alors c´est parcequ´il ne veut pas négocier comme l´a dit Tombon car on ne peut pas contourner la vraie question de négociation. la revendication principale doit être ignorer ?
    Il veut alors négocier sur quoi? car il s´agit D´INDEPENDANCE.

    Vive la paix dans la vérité et la justice .

    • Ekonkon

      la Casamance est en guerre, nos femmes surtout à Bignona et boun^kiling se font violer chaque jour. c’est là où il y a des casernes de militaires

  • Zeus

    Emitaye Poyi René. La vérité est toujours bonne à dire même si elle fait mal.

    Regardez ce vidéo. Les étudiants casamançais connaissent bien leur histoire!

    https://www.youtube.com/watch?v=6nPEDF4H12I

  • Koumpo Boudodi

    POUR MA PART LA CASAMANCE EST EN ETAT DE SIEGE MILITAIRE ET DONC DE GUERRE.MAIS DITES MOI RCB COMMENT EXPLIQUER CES CHECKPOINTS.NOUS N’AVONS PAS LE DROIT CHEZ NOUS DE SE DEPLACER SANS AUTORISATION DE L’ARMEE DU SENEGAL C’EST CELA LA PAIX OU L’ACALMIE?

  • Anonyme

    Le blocage est connu:
    1. le sénégal veut un interlocuteur mais préfère négocier séparément avec des combattants du mfdc
    2. le sénégal dit qu’il négocie tout sauf l’indépendance

  • Tombon

    Le gouvernement de Sénégal n’as rien fait pour négocier depuis 1982 : leur langage c’est la répression, que la répression. Il veut faire la guerre en Gambie aussi pour attaquer la Casamance, Comme cela il n’ y aura pas de paix

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