Cameroun : Quatre jours après la présidentielle, le pays toujours dans l’attente des résultats officiels
Quatre jours après le scrutin présidentiel du 12 octobre, le Cameroun demeure suspendu à l’annonce officielle des résultats. Alors que le président sortant Paul Biya brigue un huitième mandat à la tête de l’État, la tension monte dans le pays depuis la déclaration de victoire anticipée du candidat Issa Tchiroma Bakary, qui affirme avoir remporté l’élection. Une annonce aussitôt dénoncée par le gouvernement, qui évoque une « démarche conspirationniste« .
Le Conseil constitutionnel, seul organe habilité à proclamer les résultats, ne s’est pas encore prononcé. Ce silence alimente les spéculations et renforce un climat d’attente marqué par la défiance et la crispation.
Une victoire revendiquée, une réaction immédiate du pouvoir
Dès le lendemain du scrutin, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu figure de l’opposition, a revendiqué sa victoire, s’appuyant sur des procès-verbaux collectés dans plusieurs bureaux de vote. Une démarche qui rappelle celle de Maurice Kamto en 2018, également autoproclamé vainqueur avant l’annonce des résultats officiels, ce qui lui avait valu plusieurs mois de détention.
Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a rapidement réagi, condamnant une prise de parole « illégale » et « provoquante« , rappelant que seule la décision du Conseil constitutionnel fait foi.
Un climat de tension alimenté par les réseaux sociaux
Selon Jean-Bruno Tagne, journaliste et spécialiste des questions électorales au Cameroun, cette déclaration d’Issa Tchiroma n’a pas surpris : « L’attitude d’Issa Tchiroma était attendue, il a été pressé de le faire par la foule. Des vidéos issues des dépouillements montrent une nette avance pour lui dans certains bureaux, ce qui a renforcé sa conviction, partagée par beaucoup de Camerounais. »
Les réseaux sociaux ont joué un rôle central dans la diffusion d’extraits de dépouillements, souvent à l’avantage du candidat de l’opposition. Ces éléments, bien que non vérifiés officiellement, alimentent un sentiment populaire de victoire, difficile à contenir.
Des foules massives, une inquiétude croissante
Depuis dimanche, les rassemblements autour du domicile et du quartier général d’Issa Tchiroma ne faiblissent pas. Pour Jean-Bruno Tagne, ce phénomène illustre un profond désir de changement au sein de la population : « Les foules qui protègent Issa Tchiroma sont impressionnantes. Si elles se mobilisent pour défendre ce qu’elles considèrent comme une victoire, cela peut être très gênant pour le pouvoir. »
Cette mobilisation fait écho à une campagne électorale marquée par une forte affluence autour du candidat. Un élément que le gouvernement ne peut ignorer dans un contexte aussi inflammable.
L’ombre du passé et les incertitudes à venir
L’histoire récente du Cameroun rappelle que les revendications anticipées de victoire peuvent avoir des conséquences lourdes. En 2018, Maurice Kamto et plusieurs de ses partisans avaient été arrêtés après avoir contesté les résultats officiels. Certains sont encore détenus à ce jour.
Pour Jean-Bruno Tagne, cette situation s’inscrit dans un cycle plus large de défiance envers les processus électoraux : « Le pays reste prisonnier d’un cycle d’élections contestées, dont personne ne sait encore comment sortir. »
Une attente tendue avant l’annonce des résultats
La date exacte de l’annonce par le Conseil constitutionnel n’est pas encore connue, mais elle est attendue dans les prochains jours. En attendant, la tension reste palpable dans plusieurs villes du pays, et l’incertitude grandit.
Alors que le Cameroun retient son souffle, la classe politique, la société civile et la communauté internationale appellent au calme et au respect des procédures légales. La gestion des jours à venir sera déterminante pour la stabilité du pays et la crédibilité de ses institutions.
Saliou Cissé
