Cameroun : une élection présidentielle sous tension entre défis sécuritaires et incertitudes politiques
Le Cameroun s’apprête à organiser une élection présidentielle dans un contexte marqué par des préoccupations sécuritaires persistantes et des enjeux politiques majeurs. Le scrutin, prévu dans moins d’une semaine, intervient alors que le président sortant Paul Biya, 92 ans, au pouvoir depuis 1982, n’a pas fait d’apparition publique notable au cours de la campagne.
Une campagne dominée par l’absence du président sortant
Malgré la tenue de rassemblements politiques dans plusieurs régions du pays, le chef de l’État reste peu visible sur la scène publique. « On ne le voit ni à Yaoundé, ni dans les régions », déclare Christopher Fomunyoh, directeur pour l’Afrique centrale au National Democratic Institute (NDI), basé à Washington.
À l’inverse, plusieurs candidats de l’opposition, dont Joshua Osih et Cabral Libii, ont intensifié leur présence sur le terrain à la rencontre des électeurs. Le scrutin devrait être scruté à l’aune de trois indicateurs clés, selon M. Fomunyoh : le taux de participation, en particulier dans les régions anglophones où il était inférieur à 10 % lors de l’élection de 2018 ; la transparence du processus de dépouillement ; et la réaction des partis d’opposition à l’issue des résultats.
« La campagne se déroule jusqu’à présent sans incidents majeurs, mais les conditions d’accès aux lieux de rassemblement ne sont pas équitables pour tous les candidats », observe-t-il.
Insécurité persistante dans les régions anglophones et à l’Extrême-Nord
Le climat sécuritaire reste tendu, notamment dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où le conflit entre forces gouvernementales et groupes séparatistes se poursuit depuis 2017. Les appels au boycott et les journées de « villes mortes » décrétées par les mouvements séparatistes perturbent le déroulement de la campagne. Certains candidats ont néanmoins pu se rendre sur place, signe d’une légère évolution après plusieurs années de conflit.
Dans la région de l’Extrême-Nord, les menaces liées aux groupes armés, notamment Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), continuent d’entraver la tenue d’un processus électoral serein. Les conditions sécuritaires, bien qu’en légère amélioration, restent précaires et limitent les activités politiques dans certaines zones.
L’insécurité dans ces régions soulève des interrogations sur la capacité des autorités à garantir la tenue d’un scrutin inclusif et sécurisé sur l’ensemble du territoire. Plusieurs zones demeurent inaccessibles, et une partie de la population hésite à participer, redoutant des représailles ou doutant de l’impartialité du processus.
Aliou Cissé
