Casamance : Déminer sans paix, un pari dangereux – MALAO appelle à la responsabilité
Le 24 juillet 2025, la ville de Mbao a été le théâtre d’une cérémonie hautement symbolique. Sous la présidence du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, le Centre national d’Action antimines du Sénégal (CNAMS), une ONG gouvernementale, a réceptionné deux puissants engins de déminage financés à hauteur de 2 milliards de francs CFA par le Japon. Un jalon important dans l’ambitieux programme de dépollution des sols casamançais, qui vise à éradiquer les mines d’ici 2026.
Cet engagement sème le doute dans une grande partie de l’opinion publique. Le Mouvement contre les armes légères en Afrique de l’Ouest (MALAO), à travers son bureau en Casamance, apporte une position claire et essentielle : le déminage humanitaire, pour être efficace et sécurisé, doit impérativement intervenir après une résolution complète du conflit.
« Le déminage humanitaire est une action post-conflit », rappelle avec insistance Cheikh Tidiane Cissé, coordonnateur régional de MALAO. Selon lui, il est fondamental que tous les belligérants – l’État du Sénégal comme les indépendantistes du Mouvement des Forces Démocratiqques de la Casamance (MFDC) – soient non seulement identifiés, mais aussi pleinement engagés dans un accord de paix global avant toute opération de déminage à grande échelle.
Ce rappel, loin d’être une critique virulente de l’État, se veut un appel à la lucidité et à la responsabilité. Car si les machines sont prêtes, le terrain, lui, reste politiquement et humainement fragile. Démarrer les opérations de déminage sans cadre de paix clairement défini pourrait mettre en danger aussi bien les populations que les démineurs eux-mêmes. Les mines ne tuent pas seulement par explosion, elles tuent aussi par impréparation.
« L’État doit redoubler d’efforts pour créer les conditions d’un vrai dialogue avec le MFDC », plaide Cissé. « Il faut que les armes soient définitivement déposées, que les accords soient ratifiés par toutes les parties, pour que la dépollution des sols ne soit pas une opération technique isolée, mais un véritable acte de reconstruction. »
Dans un contexte où la tentation est grande de montrer des résultats visibles, MALAO rappelle une vérité simple mais souvent oubliée : on ne prépare pas la paix avec des pelleteuses, mais avec des engagements durables. Le danger, sinon, serait de maquiller un terrain de guerre en zone pacifiée, alors même que les tensions persistent sous la surface.
En Casamance, la paix véritable commence par un accord. Le déminage viendra après, pour la protéger.
Balanta Mané

Awagna2000
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