Casamance : Hommage à Abdou Elinkine Diatta cinq ans après sa tragique disparition
Au siège du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) à Mangoukouro, l’émotion est palpable. Ce lundi, avec la lueur des bougies, entre chants religieux et prières, proches, compagnons de lutte et autorités civiles et religieuses se réunirons pour honorer la mémoire d’un homme qui, jusqu’à son dernier souffle, avait choisi la voie du dialogue et de la paix : Abdou Elinkine Diatta. Cinq ans après son assassinat, son souvenir continue de résonner comme un appel à la paix et à l’indépendance.
Le parcours d’un combattant devenu messager de paix
Né à Mlomp, dans le Boulouf profond, Abdou Elinkine Diatta a très tôt rejoint les rangs du MFDC, mouvement indépendantiste né en mars 1947 de la volonté d’un peuple marginalisé de faire entendre sa voix. Combattant de terrain, il a quitté le maquis pour se réfugier en Gambie, ce que les frères combattants considèrent comme une grande trahison. Après plusieurs années dans le pays de Yayhya Jammeh, il rejoint Ziguinchor pour rejoindre son cousin Yahya Diatta, Foulimpe Amikèle et la prêtresse Kadidiatou Diémé dite Télé, avec qui ils fondèrent la cellule du MFDC de Mangoukouro, au quartier Soukoupapaye. Ils se sont engagés avec conviction et discipline sur un autre front : celui du dialogue et du pardon en engageant les services de conseils d’Edmond Bora.
Abdou Elinkine Diatta quitte donc les armes pour embrasser la cause de la paix. De la kalachnikov, il passe à la guitare. Sous le nom d’artiste Abdou Aboténi, il sillonne les villages de Casamance, chantant la fraternité, l’unité dans le MFDC dans les langues du terroir — diola, mandingue, français. Son rêve ? Voir un jour la Casamance indépendante, fière et apaisée.
« Les va-t-en-guerre n’ont plus leur place en Casamance. On ne laissera personne rallumer le feu », aimait-il répéter à ses compagnons.
Un homme de convictions
Secrétaire général autoproclamé du MFDC en mars 2018, Abdou Elinkine Diatta fut un infatigable animateur de la cause casamançaise. Sous sa direction, le siège de Mangoukouro à Ziguinchor devient un symbole : celui d’un MFDC civil et politique, tourné vers la discussion plutôt que la confrontation. Il aura œuvré, contre vents et marées, à réconcilier les différentes sensibilités du mouvement, et à redonner espoir à une jeunesse souvent perdue entre désillusion et colère.
Ses proches se souviennent d’un homme droit, attentif, passionné par la musique et profondément enraciné dans la culture ajamat. Les recettes de ses concerts, il les redistribuait aux victimes de mines et aux familles démunies. Un humaniste, un patriote, un croyant.
Une disparition tragique, une justice en attente
Le 27 octobre 2019, la Casamance s’éveillait dans la stupeur : Abdou Elinkine Diatta et deux de ses compagnons étaient abattus à Mlomp par deux hommes armés à moto. Cinq ans plus tard, l’enquête sur son assassinat reste au point mort. Ses camarades, comme Yahya Diatta, Ibrahima Goudiaby, Oustache Diédhiou, Amidou Djiba, aujourd’hui en prison à Reubeuss dans la banlieue de Dakar, continuent de réclamer vérité et justice.
« Le Sénégal a-t-il classé ce dossier ? On ne sait pas. Mais nous attendons que justice soit faite », rapporte un de ses proches.
Ce silence judiciaire pèse comme une blessure non refermée dans une Casamance déjà meurtrie par plus quatre décennies de conflit contre le Sénégal. Pour ses partisans, ne pas élucider cette mort, c’est prolonger l’injustice et entraver la paix que Diatta appelait de ses vœux.
Au-delà des clivages, Abdou Elinkine Diatta laisse l’image d’un homme lucide, conscient que la guerre n’a jamais enfanté la paix. Pour lui, toute lutte devait, tôt ou tard, passer par la négociation. Un message que ses successeurs à Mangoukouro continuent de porter, dans l’espoir qu’un jour l’État du Sénégal et le MFDC s’assoient enfin autour d’une même table pour bâtir une paix durable.
Abdou Elinkine Diatta n’est pas mort pour rien. Il appartient désormais à la mémoire collective, à cette lignée d’hommes et de femmes qui ont cru en la vérité, la dignité, la justice et la paix.
Que la terre de Casamance, pour laquelle il a tant donné, lui soit légère.
Et que sa guitare silencieuse continue de faire vibrer nos consciences.
Antoine Bampoky du Journal du Pays

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