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Casamance : le Commandant Ibrahima Dramé, symbole d’une persécution anti-Casamançaise

Casamance : le Commandant Ibrahima Dramé, symbole d’une persécution anti-Casamançaise

Dans les ruelles poussiéreuses de Ziguinchor, où l’âme de la Casamance vibre au rythme de ses terres fertiles et de ses blessures historiques, un homme incarne aujourd’hui la lutte contre une injustice criante : Ibrahima Dramé, commandant de la gendarmerie sénégalaise, radié, emprisonné, traqué. Son crime ? Être Casamançais, fier de ses racines, et avoir osé défier un système violent qui, sous l’égide du général Moussa Fall, la main de fer de l’ex-président Macky Sall, écrase sans vergogne ceux qui revendiquent leur identité et dénoncent l’oppression. Alors que Dramé clame haut et fort : « Si la gendarmerie ou l’État ne veut pas de moi, je suis prêt à retourner en Casamance auprès des miens », une question brûle les lèvres : rejoindra-t-il le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) pour porter le flambeau de l’indépendance ? Une chose est sûre : son calvaire révèle une vérité brutale – l’injustice systématique contre les Casamançais ne trouvera de solution que dans une indépendance totale.

Un homme brisé par un système vengeur

Ibrahima Dramé, issu de la 22e promotion de l’École nationale des officiers d’active, était un officier brillant, promis à une carrière exemplaire. Formé en France, promu lieutenant en 2005, puis commandant en 2015, il a gravi les échelons grâce à son intelligence et sa détermination. Mais son parcours s’est heurté à un mur : celui de la suspicion et de la répression orchestrées par une hiérarchie militaire qui ne pardonne ni son origine casamançaise ni son audace. Accusé d’escroqueries et de menaces, Dramé a été radié en 2023, emprisonné, puis gracié, avant d’être de nouveau arrêté en février 2024. Son tort ? Avoir partagé une cellule avec l’actuel président Bassirou Diomaye Faye, alors opposant politique, une coïncidence que le général Moussa Fall, figure emblématique de la répression sous Macky Sall, a jugée intolérable.

Les accusations portées contre Dramé – menaces de mort, outrages, complot contre l’État – sentent la machination. Dans un entretien poignant avec L’Observateur le 23 décembre 2024, il accuse Fall d’avoir orchestré sa chute, le soupçonnant de complicité avec Faye. « Je sais que tu partageais la même cellule que Diomaye Faye. Je mobiliserai toute la gendarmerie pour te traquer », aurait lancé Fall. Ces mots trahissent une vendetta personnelle, où l’appartenance casamançaise de Dramé devient un prétexte pour l’écraser. Ses déclarations, où il évoque un retour en Casamance, ne sont pas une menace gratuite, mais un désespoir face à un État qui le rejette.

La Casamance martyrisée

Le cas du commandant Ibrahima Dramé n’est pas isolé. Depuis 1982, la Casamance, riche de ses terres fertiles et de sa culture unique, est le théâtre d’un conflit sanglant entre le gouvernement sénégalais et le MFDC, qui revendique l’indépendance. Ce territoire a toujours été marginalisé par le Sénégal. Les promesses d’indépendance de Léopold Sédar Senghor n’ont jamais été tenues, et les richesses de la Casamance – riziculture, tourisme, bois précieux, pétrole, gaz, or et diamant  – profitent davantage au Sénégal qu’à ses habitants. Les accords de paix, comme celui signé le 23 février 2025 à Bissau, n’ont abouti à rien et ne répondent pas aux aspirations profondes des Casamançais.

L’État sénégalais, sous Macky Sall, a opté pour la répression militaire et la division du MFDC, affaiblissant le mouvement tout en ignorant les griefs légitimes de la Casamance. L’actuel président, Bassirou Diomaye Faye, gagnant la majorité des votes en Casamance, n’a pas rompu avec cette logique. En protégeant des figures comme Moussa Fall, il trahit les espoirs de ceux qui voyaient en lui un défenseur du Jub Jubal Jubantey qu’il a lui-même clamé dans tous les cieux. Les bombardements, les embuscades, et les mines antipersonnel continuent de hanter la Casamance, tandis que les Casamançais, comme Dramé, sont stigmatisés comme des « rebelles » dès qu’ils élèvent la voix.

Le Commandant Ibrahima Dramé, un symbole de résistance

Les accusations contre Dramé – escroquerie, exploitation sexuelle, menaces – semblent cousues de fil blanc, destinées à discréditer un homme dont le seul tort est d’incarner la fierté casamançaise. Les plaintes pour escroquerie, notamment liées à des promesses de logements ou de visas, reposent sur des témoignages fragiles et des montants contestés. Quant aux menaces proférées contre Fall et d’autres officiers, Dramé les explique par un « moment de colère » face à l’injustice. « Je n’avais aucune intention de nuire », a-t-il déclaré aux enquêteurs. Pourtant, le système judiciaire sénégalais, prompt à réprimer, le maintient sous les verrous, avec un procès prévu le 6 novembre 2025.

Sa déclaration – « Si la gendarmerie ou l’État ne veut pas de moi, je suis prêt à retourner en Casamance auprès des miens » – résonne comme un défi. Elle reflète le sentiment d’abandon ressenti par les Casamançais, poussés à l’exil ou à la rébellion par un État qui les méprise. Rejoindra-t-il le MFDC, comme il l’a laissé entendre ? Rien n’est certain, mais son parcours, marqué par la persécution, pourrait le pousser comme beaucoup de Casamançais, vers cette voie. Après tout, le MFDC, reste le porte-voix d’une Casamance qui refuse de plier.

L’indépendance, seule issue ?

L’histoire d’Ibrahima Dramé est celle d’une Casamance brimée, spoliée, et criminalisée. Chaque arrestation, chaque condamnation, chaque village bombardé renforce le sentiment que l’intégration dans le Sénégal est une chimère. Les accords de paix, les promesses de développement, et les médiations internationales n’ont fait que masquer une réalité : Dakar ne veut pas d’une Casamance indépendante. Pourtant, c’est dans cette indépendance que réside la seule solution viable.

Une Casamance libre, débarrassée des chaînes d’un État colonisateur, pourrait enfin exploiter ses richesses pour son peuple, restaurer sa dignité, et panser ses plaies.

Le commandant Ibrahima Dramé, en défiant le général Moussa Fall et en revendiquant son attachement à sa terre natale, incarne cette aspiration. Son combat n’est pas celui d’un criminel, mais celui d’un homme poussé à bout par un système qui punit son identité. La justice sénégalaise, en le traquant, ne fait que creuser le fossé entre le Sénégal et la Casamance. À moins d’un sursaut improbable, la Casamance n’a d’autre choix que de tracer sa propre voie, avec ou sans le sang versé.

Antoine Bampoky

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