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Casamance :  Le long silence complice du Sénégal face aux disparus en Casamance

Casamance :  Le long silence complice du Sénégal face aux disparus en Casamance

Trente ans ont passé, et pourtant les plaies demeurent ouvertes. Dans les villages de Casamance, la mémoire collective reste hantée par les disparitions forcées des années 1990. Des hommes, des femmes, parfois des enfants, arrêtés par l’armée sénégalaise et dont on n’a plus jamais eu de nouvelles. Leurs familles vivent encore aujourd’hui dans l’attente, entre douleur et exigence de vérité.

Janvier 1995 : l’ombre de la disparition

Tout commence en janvier 1995. À Camaracounda, Youba Badji, soupçonné d’être un responsable politique local du MFDC, est arrêté alors qu’il accompagne des femmes au marché. Selon des témoins, les militaires l’ont d’abord laissé partir, avant de le rappeler. Depuis, son nom est devenu synonyme d’absence et de silence.

Été 1995 : les rafles

Les mois suivants, la terreur s’installe sur les routes et dans les villages.

6 août 1995, au pont de Niambalang, entre Oussouye et Ziguinchor : Dominique Manga, plombier de Cap Skirring, est arrêté à un poste de contrôle. Il n’a jamais reparu.

17 juillet 1995, à Edjoungo : six hommes de Mlomp – Adama Sambou, Aliou Sambou, Alassane Amany Sambou, Fodé Sambou, Sidate Sambou et Malang Diatta – sont arrêtés après avoir raccompagné la reine Anna Sambou. Aucun d’eux n’est revenu.

2 août 1995, au village d’Essaoute : cinq habitants, dont le chef de village Louis Diédhiou, sont emmenés par des militaires. Parmi eux, Anomène Diatta, Nicolas Sambou, Awantaï Diatta et Jules Diatta. Les familles témoignent encore du vide laissé derrière ces disparitions brutales.

Octobre 1995 : même les enfants

Le 24 octobre 1995, la tragédie prend une dimension insoutenable. À Essoukoudiak, en Guinée-Bissau, Jean-Pierre Sambou, réfugié casamançais, est arrêté avec deux de ses enfants : Célestine, dite Tuti (7 ou 8 ans), et Julien. Tous trois ont disparu. La mère raconte encore la scène : des militaires encerclant le champ, des enfants battus, et une famille brisée.

Août 1997 : la répression après Mandina Mancagne

Après l’attaque du 19 août 1997,33 soldats sénégalais trouvent la mort à Mandina Mancagne, les représailles s’abattent.

24 août 1997, à Ziguinchor : Sarani Manga Badian, membre du bureau exécutif du MFDC, est arrêté à son domicile sous les yeux de ses voisins. Tabassé, humilié, il est emmené par les militaires. Personne ne l’a jamais revu.

Le même soir, Simon Malou, instituteur à la retraite, est enlevé chez lui à Tilène. Comme Sarani, il disparaît dans le silence des camps militaires.

Les familles dans l’attente

Chaque nom est une histoire brisée, chaque date un point de bascule dans la vie des familles. Les témoignages recueillis à l’époque décrivent la stupeur, la peur, mais aussi la solitude des veuves et des enfants abandonnés à leur sort. Les champs laissés en friche, les enfants qui ont grandi sans père, les villages plongés dans une attente interminable.

Une justice encore attendue

Ces disparitions demeurent un sujet sensible, souvent étouffé par les années de conflit. Pourtant, les familles et l’ensemble des Casamançais réclament toujours la vérité : savoir ce qu’il est advenu de leurs proches, obtenir la reconnaissance des souffrances, et voir la justice se prononcer.

Car au-delà des chiffres et des noms, c’est la dignité d’un territoire autonome pendant la colonisation qui a été meurtri. Trois décennies plus tard, la mémoire des disparus reste vive. Dans chaque concession, dans chaque village, une chaise vide rappelle que le temps n’efface ni l’absence, ni l’exigence de justice.

Antoine Bampoky

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Commentaires (2)

  • Anonyme

    Ces disparitions ce sont passées avec la complicité des élus casamanqués qui étaient dirière abdou diouf jusu’à macky sall en passant par abdoulaye wade. robert sagna, atépa goudiaby et autres divent être poursuivis et jugés.

  • Fatima

    Vous oubliez les disparus du Bateau JOOLA, de EATA Ziguinchor et de KOUSSY
    Prions pour tous les disparus et morts en Casamance

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