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Casamance : Le rocher s’effondre : Ankiling Diabone, légende du judo mondial est décédé

Casamance : Le rocher s’effondre : Ankiling Diabone, légende du judo mondial est décédé

Natif d’Oussouye, ce pilier du judo mondial s’éteint à 70 ans, laissant un héritage sportif et humain profond, au cœur de la Casamance.

Le monde du sport casamançais, africain et mondial est en deuil. Maître Ankiling Diabone, figure emblématique du judo africain, est décédé le 20 novembre 2025 à l’hôpital de la Paix à Ziguinchor, à l’âge de 70 ans, des suites d’une longue maladie, ont annoncé plusieurs sources locales.

Né en 1955 à Oussouye, en Casamance, Diabone était plus qu’un champion : il incarnait le symbole d’une Casamance, tiraillée par des conflits mais traversée par des espoirs de paix. Surnommé « le rocher » dans sa langue natale, il portait la force tranquille et la résilience de son « Kassa » natal.

Dès ses jeunes années, Diabone s’est formé au CNEPS de Thiès, où il se lie avec des maîtres du judo et forge son destin. Sa carrière sportive est remarquable : il a remporté onze titres nationaux, plusieurs championnats d’Afrique entre 1982 et 1987, et médaillé aux Jeux olympiques de Moscou 1980 et de Séoul 1988.

Mais Diabone ne s’est pas limité à la compétition. Exilé en France parce que persécuté par le gouvernement sénégalais, il y a poursuivi des études. Il y a quelques années qu’il retourne au pays pour soutenir son papa malade. Il a joué un rôle central dans le développement du judo, en Casamance : il fonde le Judo Club Casamance, devient conseiller technique régional, entraîneur national, professeur d’éducation physique et directeur du stade Aline Sitoé Diatta à Ziguinchor.

Son engagement courageux ne se limite pas au sport : il a évoqué publiquement des années d’angoisse et de persécution, affirmant qu’il avait été arrêté, torturé et accusé de « rébellion » dans le contexte des violences en Casamance. Il avait dit son souhait de voir la paix durable sur sa terre natale : « Il est hors de question que la Casamance soit méprisée et ensanglantée », aimait-t-il dire à tous ses amis.

Plus qu’un athlète, Diabone était un mentor : il a formé des générations de judokas, leur transmettant non seulement les techniques du tatami, mais aussi des valeurs de discipline, de persévérance et d’honneur. Parmi ses disciples, certains aujourd’hui champions en Afrique témoignent de son influence indélébile.

Sa disparition suscite une vive émotion : « C’était un père, un modèle, un mentor », déclare, la voix tremblante, la championne Hortense Diédhiou, l’une de celles qu’il avait encadrées.

Au-delà de sa carrière, il rêvait d’un retour paisible à Sam-Sam, en Casamance, où il voulait finir sa maison et passer du temps avec ses enfants et petits-enfants. Ses proches, ses anciens élèves et toute la communauté sportive s’unissent aujourd’hui dans le chagrin, mais aussi dans la gratitude pour un homme qui a tant donné.

Alors que le judo casamançais perd un de ses plus grands maîtres, l’héritage d’Ankiling Diabone reste bien vivant : ses principes, son amour pour la Casamance et sa passion du sport continueront d’inspirer, génération après génération.

Pierre Coly

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