Casamance : Les combattants du MFDC en état d’alerte face au choix fatal de l’escalade militaire de Diomaye Faye
Alors que la Casamance commémore le massacre de Djifanghor, le gouvernement sénégalais semble s’engager dans une nouvelle guerre.
En Casamance, terre de résistance, de résilience et de douleurs accumulées, l’ombre d’une guerre interminable plane à nouveau.
Alors que les populations se recueillent pour commémorer, dans la douleur, le 27ᵉ anniversaire du massacre de Djifanghor — perpétré le 3 novembre 1998 par les forces armées sénégalaises sous le commandement du colonel Yoro Koné, remplaçant du colonel Abdoulaye Fall — le spectre de la violence ressurgit.
Quarante-trois ans après le déclenchement du conflit opposant le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) à l’État sénégalais, le président Bassirou Diomaye Faye semble choisir la voie des armes plutôt que celle du dialogue.
Ce choix, confirmé par plusieurs sources locales, n’est pas seulement une erreur stratégique : il constitue une trahison morale envers les aspirations à la paix d’un peuple épuisé par des décennies de souffrance.
Des signaux militaires inquiétants
L’armée sénégalaise a récemment renforcé ses positions à Saré Yoba et à Diouloulou, deux points stratégiques d’où seraient préparés des assauts contre les bases du MFDC.
Le président Faye, loin de tenir sa promesse de réconciliation, a ordonné le déploiement de troupes supplémentaires vers les cantonnements d’Atika, cœur du maquis casamançais.
Le remplacement du chef militaire de Saré Coundia et l’envoi d’officiers traduisent une volonté claire d’en découdre.
Des drones de surveillance survolent depuis une semaine les zones du Fouladou et du Fogny, cartographiant les mouvements du maquis.
« Rien du Sénégal ne nous impressionne. Nous sommes chez nous et nous y resterons libres et indépendants. Les drones peuvent voler nuit et jour, c’est le terrain qui décidera »,confie le commandant Sembémof, chef des troupes spéciales du MFDC, depuis la base de Kassolole.
Un conflit sans fin, une population à bout
Pourquoi relancer une guerre qui a déjà coûté tant de vies et ravagé tant de villages ?
Le conflit casamançais, né en 1982 d’une revendication d’indépendance et de reconnaissance internationale, s’éternise faute de courage politique.
L’accord de paix non-inclusif signé en février 2025 à Bissau, sous l’égide du président autoproclamé bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, est aujourd’hui lettre morte.
Un rapport de Freedom House publié la même année confirme que les violences persistent, malgré les annonces de désarmement.
En septembre dernier, d’anciens déserteurs du maquis manifestaient à Ziguinchor pour réclamer les financements promis, dénonçant la lenteur et la duplicité de l’État.
Plutôt que d’écouter ces voix, Diomaye Faye répond par la militarisation.
Les leçons ignorées de l’histoire
Cette stratégie n’est pas nouvelle. Les précédents accords de 2004 et 2014 des prédécesseurs de Diomaye Faye ont échoué précisément parce qu’ils furent imposés par la force, sans dialogue inclusif.
Aujourd’hui, le duo Faye–Sonko répète les mêmes erreurs, croyant qu’une victoire militaire est possible là où seule la parole peut reconstruire.
Les conséquences pourraient être dévastatrices : déplacements massifs, mines antipersonnel, fermetures d’écoles, exodes ruraux.
Un scénario déjà connu, mais que le gouvernement sénégalais et son armée semblent prêts à reproduire au nom d’une unité nationale mal comprise et colonialiste.
La paix ou la honte
Il est temps de dire stop.La paix n’est pas une faiblesse : c’est une exigence de dignité et de lucidité. Plutôt que des drones, privilégiez des médiateurs. Plutôt que des soldats, rouvrez les canaux du dialogue avec toutes les factions du MFDC, en associant la société civile casamançaise.
La communauté internationale ne peut plus détourner le regard. Elle doit rappeler à Diomaye Faye ses engagements et soutenir une paix réelle, fondée sur la justice et le respect des identités.
La Casamance n’a pas besoin d’un nouveau champ de bataille. Elle réclame indépendance, paix, développement et reconnaissance internationale. Quarante-trois ans de guerre ont suffi.
Tendre la main plutôt que lever le fusil : voilà le seul choix digne d’un État qui se dit émergent.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré le sang à la sagesse.
Que cela soit clairement dit et répété: « le Sénégal ne pourra jamais vaincre la Casamance « Invicta Felix », l’heureuse Invaincue.«
Emile Tendeng
