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Casamance : Mamadou Diémé, gardien de la mémoire et de la dignité casamançaise, rejoint les ancêtres

Casamance : Mamadou Diémé, gardien de la mémoire et de la dignité casamançaise, rejoint les ancêtres

La Casamance est en deuil. Mamadou Diémé, grande figure du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC), est décédé hier jeudi, 20 novembre 2025 à Ziguinchor après une longue maladie liée au diabète. Il a été enterré dans son village natal de Diégoune, là où reposent ses ancêtres, conformément à la tradition.

Son départ bouleverse une large province de Gouloumbou à Diogué qui voit en lui non seulement un stratège du mouvement, mais aussi un symbole de fidélité, d’honneur et d’amour indéfectible pour la patrie casamançaise.

Un fils du territoire, profondément enraciné dans l’âme casamançaise

Avec Sanoune Bodian, Edmond Bora, Sarani Manga Badiane, et aux côtés de l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor, Mamadou Diémé appartenait à cette génération de cadres du bureau exécutif qui ont donné une nouvelle structure intellectuelle et spirituelle à la revendication casamançaise dès 1982.

Il était reconnu pour son intelligence calme, sa parole rare mais toujours mesurée, sa capacité à apaiser et à rassembler.

À Diémé, on ne prêtait ni vantardise ni colère : seulement la tranquillité des grands, ceux qui portent un idéal avec la patience du paysan et la sagesse du griot.
Son appartenance culturelle était centrale dans sa vie : attaché à la terre, aux bois sacrés, aux valeurs des anciens, aux langues, aux rites, aux traditions qui fondent l’identité casamançaise. Pour beaucoup, il incarnait un pont entre le passé et l’avenir.

Une vie de fermeté, d’épreuves et de loyauté envers la Casamance

Arrêté à plusieurs reprises et emprisonné à Reubeuss, au Camp pénal de Hann puis à Ziguinchor, Mamadou Diémé a subi la détention, la torture, l’humiliation. Ces épreuves, loin de l’endurcir, ont renforcé en lui une conviction essentielle : la dignité ne se négocie pas.

Il ne parlait pas de « cause », mais de patrie.
Il ne parlait pas de « revendication », mais de droit et de vérité.

Ses proches rappellent qu’il ne « défendait pas une position », mais qu’il combat(tait) pour le droit de sa patrie, avec une constance qui impressionnait même ses adversaires.
Un hommage qui réunit toutes les confessions du territoire
De nombreux villages, quartiers et communautés ont prié hier : musulmans, catholiques, animistes — tous rassemblés dans une émotion commune.
Du Blouf au Fogny, du Pakao au Fouladou en passant par le Kassa, des voix se sont élevées pour saluer celui qui, malgré le poids de l’histoire, est toujours resté un homme de paix intérieure, un homme de dialogue, un homme habité par l’idée de justice.
Dans les témoignages recueillis, revient souvent une phrase :
« Diémé ne cherchait pas la guerre. Il cherchait la vérité. »

Une mémoire qui dépasse le mouvement indépendantiste

La disparition de Mamadou Diémé marque la fin d’une époque où des hommes, souvent sans armes, sans avantages personnels, ont porté sur leurs épaules la charge symbolique d’un territoire qui réclame depuis des décennies reconnaissance, respect et dignité.

Pour les jeunes générations, il reste un repère moral, un modèle de calme, de courage et de loyauté.
Si l’avenir politique de la Casamance reste l’objet de débats et de négociations, son parcours rappelle à tous — partisans de l’indépendance, autonomistes ou partisans du statu quo — que la paix n’est viable que lorsqu’elle prend racine dans la justice, la mémoire et la vérité.

Là où il repose désormais, entre les fromagers, les rizières et les sentiers rouges de Diégoune, Mamadou Diémé rejoint la lignée de ceux que la Casamance n’oubliera pas.

Balanta Mané

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