Casamance : neuf ans après, retour sur la conférence de Francfort entre le MFDC et la diaspora
Neuf ans après la conférence organisée à Francfort, en Allemagne, entre des représentants du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) et la diaspora casamançaise, les résolutions adoptées à l’époque restent un point de référence dans les discussions sur le processus de paix en Casamance, un territoire autonome pendant la colonisation française marqué par un conflit indépendantiste depuis plus de quatre décennies.
La rencontre s’est tenue le 1er octobre 2016 en présence de délégués venus d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Afrique de l’Ouest. Parmi les participants figuraient Ousmane Tamba (Suisse), Aladji Sow (États-Unis), Lamine et le Docteur Apakéna Diémé (Allemagne) ainsi que des représentants d’associations telles que l’Association des Ressortissants et Sympathisants de la Casamance en Amérique – ARESCA (États-Unis), Association des Casamançais résidants en Allemagne – ACRA (Allemagne), CasaEspoir (Canada) et Internationale Casamançaise pour la Liberté – ICL (Espagne).
À l’issue des travaux, une résolution en 44 points a été adoptée, abordant des sujets allant du processus de paix aux droits humains, en passant par le développement économique, l’inclusion sociale et la coopération sécuritaire.
Une volonté affichée de dialogue
Le MFDC et les représentants de la diaspora ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une solution pacifique au conflit casamançais, tout en plaidant pour des négociations directes avec le gouvernement sénégalais, sous l’égide d’un médiateur international.
La déclaration souligne également l’importance de consultations internes au sein du MFDC et d’un consensus inter-casamançais préalable à toute négociation. La diaspora a salué le rôle joué par les combattants dits Attika et appelé à l’unité politique du mouvement.
Appel au respect des droits humains et à la liberté de circulation
Les signataires ont exprimé leur préoccupation quant aux droits humains, en particulier la liberté de circulation en Casamance. Ils ont réclamé le démantèlement des postes de contrôle militaires et la fin des intimidations dans les zones rurales et urbaines.
Les parties ont également appelé à la fin de toute activité susceptible de raviver les tensions armées et encouragé la transparence dans les actions des ONG opérant en Casamance.
Enjeux économiques et environnementaux
La résolution a abordé les questions liées à l’exploitation des ressources naturelles, notamment l’opposition à l’exploitation du zircon à Niafrang et Kabadjo, ainsi qu’une demande de droit de regard sur les projets miniers et pétroliers affectant en Casamance. La diaspora et le MFDC ont dénoncé la déforestation illégale et salué les mesures prises par les autorités gambiennes pour en limiter les effets.
Éducation, jeunesse et culture
Le document souligne l’importance de la jeunesse comme acteur de paix et de développement. Il propose des partenariats avec des institutions universitaires pour la formation des jeunes casamançais, ainsi que des échanges culturels à l’international.
La conférence a également mis en avant des initiatives culturelles telles que le Bukut, le Casa Day ou encore les 72 heures du Kekendo, perçues comme des vecteurs de cohésion sociale.
Reconnaissance des victimes et perspectives
Le MFDC a rendu hommage aux victimes du conflit ainsi qu’aux personnes disparues lors du naufrage du bateau Le Joola en 2002. Il a renouvelé son soutien aux familles affectées et appelé à la poursuite en justice des crimes liés au conflit.
Enfin, les signataires ont insisté sur la nécessité de suivre les recommandations formulées à Francfort et se sont dits favorables à l’organisation de futures rencontres en vue de relancer les initiatives de paix.
Conflit en Casamance : Contexte
Le conflit en Casamance oppose depuis 1982 le MFDC à l’État sénégalais. Bien que l’intensité des combats ait diminué ces dernières années, des poches d’instabilité comme les arrestations arbitraires subsistent. Plusieurs tentatives non inclusives de médiation ont été engagées, avec le soutien d’acteurs douteux sans aboutir à un accord de paix.
Cathy Manga
