Vous êtes ici: Accueil » Actualité » Casamance : Quand la paix célébrée occulte les réalités de la détention et des dossiers d’assassinats classés sans suite

Casamance : Quand la paix célébrée occulte les réalités de la détention et des dossiers d’assassinats classés sans suite

Casamance : Quand la paix célébrée occulte les réalités de la détention et des dossiers d’assassinats classés sans suite

Dimanche à Ziguinchor, la Journée internationale de la paix a rassemblé ONG, institutions publiques et acteurs locaux autour du Plan Diomaye pour la Casamance. Dans les discours officiels, tout ou presque convergeait : saluer l’accalmie et appeler à la réconciliation. Mais derrière les banderoles blanches et les déclarations d’intention, une ombre persistante plane : celle des 22 prisonniers politiques casamançais, détenus depuis plus de cinq ans sans procès, loin de leurs familles, à parfois plus de 500 kilomètres de chez eux mais aussi les dossiers classés sans suite des jeunes assassinés en Casamance par la gendarmerie sénégalaise lors des événements politiques de 2021 à 2024.

Une célébration sous contrôle

Les ONG présentes, dont le financement est assuré à plus de 70 % par l’État sénégalais, ont multiplié les appels à la libération d’un officier de l’armée sénégalaise capturé en avril 2025 lors des combats à Mongone. En revanche, aucun mot sur ces détenus casamançais, arrêtés dans le cadre du conflit et toujours privés de jugement et les assassinats de jeunes par les gendarmes sénégalais à Diaobé, Bignona, Ziguinchor et Cap-Skirring.

Cette omission, pour nombre d’habitants, illustre une paix sélective : une paix qui mobilise quand il s’agit d’un militaire sénégalais, mais qui reste muette face à des civils casamançais enfermés depuis des années et les assassinats.

Le décalage entre parole et terrain

«On nous parle de pardon et de réconciliation, mais comment pardonner quand on n’a même pas le droit à un procès ?», souffle un habitant de Ziguinchor. Pour beaucoup, cette dissonance fragilise la crédibilité des initiatives officielles.

Ndèye Marème Thiam, présidente de la Plateforme des femmes pour la paix, a plaidé pour «une paix définitive avec accords de paix et déminage». Mais ses propos, comme ceux des représentants d’ONG et de l’ANRAC, ont soigneusement évité la question des prisonniers casamançais. Pourtant ils ont assisté aux meurtres de jeunes manifestants à Ziguinchor.

Des ONG dépendantes de l’État

En réalité, peu s’étonnent de ce silence. Les principales associations de médiation et de «promotion de la paix» en Casamance dépendent quasi intégralement de subventions étatiques. Dans ces conditions, difficile de porter des revendications qui bousculent la ligne officielle.

Henry Ndécky, coordonnateur de la Cospac, a rappelé les quarante années de souffrances de la Casamance et appelé à poursuivre le déminage et les négociations. Mais là encore, pas un mot sur la situation des détenus politiques et des assassinats.

La paix, mais pour qui ?

À force d’ignorer certaines réalités, le risque est grand de construire une paix déséquilibrée et fragile. Les familles des victimes de jeunes tués par balles et des prisonniers politiques, elles, continuent d’attendre. Tant que ces voix resteront absentes des cérémonies et des plans officiels, la réconciliation en Casamance aura le goût amer d’une paix incomplète.

Antoine Bampoky

Propager la liberté et l'indépendance de s'informer

Commentaires (2)

  • Toupane

    QUE FONT TOUTES CES ONG : 3D, COS, GRADEC, GRPC, PFPC, COSPAC, ANRAC, KASSOFOL, UJAMORAL? ET COMBIEN ELLES SONT PAYÉES ? ET POUR QUEL OBJECTIF? TOUTES VEULENT ÊTRE FINANCÉES PAR LE PROGRAMME DIOMAYE POUR LA CASAMANCE ? AAAAAAHHHHAAAAHHHAAAAHHHA

  • Awagna2000

    Je retiens parfaitement un poids et deux mesures. Que fait-on des prisonniers politiques casamançais ? Sadio Bâ, Lamine Barry, Souleymane Soul Badji, René Capain Bassène, Thierno Diallo, Lamine Diané, Lamine Diédhiou, Sidy Diédhiou, Samésidine Diémé, Sekouba Diémé, Amidou Djiba, Babacar Tandiang Doucouré, le commandant Ibrahima Dramé, Adama Bamba Mané, Jean Christophe Sambou, Adama Sagna, Chérif Sané, Malick Sané, Omar Sané dit Baytullah, Salif Sané, Dembo Tamba, Kadialy Tamba.

Copyright © 2013 Tamba Networks Inc. All rights reserved.

Retour en haut de la page