Casamance : Silence glacial : la tournée du président sénégalais Diomaye Faye vire au camouflet politique
La tournée économique du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye en Casamance, du 20 au 25 décembre 2025, devait symboliser une nouvelle ère de réconciliation, de la paix et de développement. Elle s’est finalement déroulée dans un climat de froide indifférence, révélant la profondeur persistante de la fracture entre Dakar et cette province méridionale marquée par plus de quatre décennies de conflit.
À Ziguinchor, Oussouye et Sédhiou, aucune mobilisation populaire notable n’a accompagné les déplacements du chef de l’État. Les rues sont restées calmes, parfois désertes, loin des scènes de liesse habituellement mises en avant lors des visites présidentielles. Selon plusieurs observateurs locaux, l’accueil s’est limité à des dispositifs officiels et à des soutiens encadrés par les autorités administratives et sécuritaires.
« Il ne s’agit pas d’un rejet bruyant, mais d’un silence volontaire », analyse un acteur de la société civile à Ziguinchor, sous couvert d’anonymat. « Les populations ont choisi de continuer leurs activités quotidiennes plutôt que de participer à ce qu’elles perçoivent comme une mise en scène politique. »
Un passif historique toujours à vif
Cette distance trouve ses racines dans une histoire lourde. Depuis les années 1980, la Casamance est le théâtre d’un conflit opposant l’État sénégalais au Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), conflit ponctué de violences armées, de déplacements de populations et de traumatismes durables.
La mémoire collective reste marquée par le sort de figures historiques de la résistance casamançaise, telles que le roi Sihalébé Diatta, mort en détention après une grève de la faim, le roi Moussa Molo Baldé, ou encore Aline Sitoé Diatta, héroïne spirituelle déportée hors de Casamance où elle mourut en captivité. À ces symboles s’ajoute l’assassinat de Victor Simuhemba Diatta, fondateur du MFDC, souvent cité comme un tournant majeur dans la radicalisation du conflit.
Pour de nombreux habitants, les promesses successives des présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall n’ont jamais été suivies d’effets structurels durables. L’embargo sécuritaire et économique imposé sous la présidence Sall est encore largement dénoncé pour avoir contribué à l’asphyxie de l’économie locale.
Le « Plan Diomaye » accueilli avec scepticisme
Lors de cette tournée, Bassirou Diomaye Faye a présenté le « Plan Diomaye pour la Casamance », un programme de développement chiffré à plusieurs milliards de francs CFA, incluant des infrastructures sanitaires, routières et agricoles, ainsi que la poursuite des travaux de l’aéroport de Ziguinchor, annoncé pour une mise en service en 2026.
Les autorités évoquent un taux d’exécution compris entre 39 % et 46 %. Sur le terrain, ces chiffres sont accueillis avec scepticisme. « Nous avons entendu ces annonces sous tous les régimes », confie un enseignant à Sédhiou. « Ce qui manque, ce ne sont pas les plans, mais la confiance surtout avec les indépendantistes du MFDC. Cette main tendue est un piège pour les combattants. »
Même au sein du parti présidentiel PASTEF, des tensions sont apparues. À Tanaff, des militants ont été interpellés durant la visite, selon des sources locales, alimentant le sentiment d’une persistance des pratiques sécuritaires dénoncées par le pouvoir actuel lorsqu’il était dans l’opposition.
Un territoire encore en convalescence
La visite intervient alors que la Casamance reste profondément marquée par les séquelles psychologiques du conflit. Sœur Marie Noël Tendeng, religieuse et psychologue clinicienne, souligne que « les traumatismes mentaux liés aux violences armées demeurent largement sous-estimés ». Ses travaux académiques mettent en évidence l’impact durable des exactions sur les populations civiles, appelant à une prise en charge psychosociale globale avant toute normalisation politique.
Pour de nombreux habitants, la priorité reste la guérison, plus que les annonces économiques. « On ne reconstruit pas sur des plaies ouvertes », résume un notable local.
Une fracture toujours béante
Loin d’apaiser les tensions, cette tournée semble avoir confirmé une réalité persistante : la Casamance ne se reconnaît pas encore dans les discours de rupture portés par le nouveau pouvoir sénégalais. En choisissant le silence plutôt que la confrontation, une partie de la population a adressé un message clair.
Alors que Bassirou Diomaye Faye poursuit ses engagements diplomatiques et économiques, la Casamance, elle, continue de panser ses blessures, dans l’attente d’actes capables de rompre définitivement avec des décennies de promesses non tenues surtout la justice et la paix.
Samsidine Badji (SAM)

Bapoulo
Je souligne que le Sénégal et ses présidents n’ont toujours rien compris de la Casamance et des Casamançais. Ils se concentrent que sur la manière de maximaliser leurs profits économiques et financiers en Casamance en pensant qu’à l’exploitation à outrance des ressources. Je tiens simplement à vous dire que vous ne comprenez toujours rien aux Casamançais. Messieurs et Mesdames du Sénégal, vous vous trompez sur l’essentiel : le moteur de notre résistance n’est ni la peur, ni l’argent, comme chez vous au Sénégal. Notre lutte n’est pas axée sur le commerce et le profit, ni sur la capitalisation et la rentabilité ou ce que vous appelez développement. Il s’agit de résoudre les problèmes les plus importants de l’État. Il s’agit de devoir de vérité, de justice, de paix et d’indépendance pour notre patrie la Casamance, au cas où vous ne l’auriez pas compris. Retenez : LA CASAMANCE A SES MORTS POUR LA PATRIE.