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Casamance : Vaste consultation dans les rangs des indépendantistes. Le MFDC à l’écoute de ses racines

Casamance : Vaste consultation dans les rangs des indépendantistes. Le MFDC à l’écoute de ses racines

Le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), porte-étendard de la lutte indépendantiste, se trouve à un tournant historique. Pour la première fois depuis la disparition de l’Abbé Diamacoune Senghor en 2007, une consultation interne d’envergure mobilise villages, villes, cantonnements des combattants Atika et diaspora. Objectif : écouter, réparer, repartir. Mais cette démarche, aussi courageuse soit-elle, divise. Entre appels à l’unité et accusations de trahison, la Casamance retient son souffle.

Un constat brutal : Une maison fissurée

Arona Sagna, militant de longue date du quartier Kandé Banéto à Ziguinchor, ne mâche pas ses mots : « Le MFDC, c’est notre cœur, mais il bat faiblement. Les querelles d’ego, les décisions prises dans l’ombre, ça nous tue. » Comme lui, beaucoup pointent du doigt des maux profonds : corruption et infiltrations de membres par les services secrets sénégalais, un manque criant de coordination entre les cellules, et une fracture grandissante entre la direction locale et la base. À Séléky, Arfan Bourama Coly renchérit : « On ne sait plus qui décide, ni pour quoi. Les gens veulent croire, mais ils ont besoin de clarté. »

Depuis des années, les tensions internes ont érodé la confiance, et l’absence de dialogue a laissé les militants orphelins d’une vision commune. « On ne peut pas libérer un peuple si on est divisé », martèle Khadiatou Cissé, de Marsassoum, dont la voix porte l’écho des femmes engagées dans la lutte. Pour Farba Mané, de Santossou Sédhiou, le diagnostic est clair : « Une maison fissurée ne protège plus personne. »

Une consultation historique : Une main tendue à la base et aux combattants Atika

Face à ce constat, la consultation interne lancée par le MFDC apparaît comme une lueur d’espoir. Villages, communes, départements, cantonnements : tous sont appelés à s’exprimer. De Dianky à Fogny Niarang, des combattants aux exilés, des jeunes aux anciens, l’objectif est ambitieux : retisser les liens brisés et redéfinir le cap. « C’est la première fois depuis l’Abbé qu’on nous demande vraiment notre avis », confie Amadou Diouldé Diallo, de Diaobé, la voix teintée d’émotion.

Cette démarche, saluée par beaucoup, n’est pas sans critiques. Certains, comme Malang Badji de Bignona, y voient une tentative désespérée de sauver un mouvement à bout de souffle : « Parler, c’est bien, mais après ? Si ça reste des mots, on aura perdu du temps. » D’autres, à l’image de Nafissatou Sané de Fogny Niarang, craignent que les divisions internes ne sabotent l’exercice : « Il faut du courage pour écouter les critiques sans se braquer. Est-ce qu’on en est capables ? »

Les enjeux d’une restructuration

Au cœur des débats, une question domine : comment reconstruire un MFDC à la hauteur de son rêve originel ? Les propositions fusent. Pour Robert Ndecky, de Youtou, il s’agit avant tout de «  siffler la fin de la récréation et faire le ménage » : identifier et écarter ceux qui, par intérêt personnel ou compromission, ont trahi les idéaux du mouvement. Saliou Baldé, de Dianky, insiste sur la nécessité d’une coordination renforcée : « Nos cellules travaillent en silo. On perd de l’énergie. Il nous faut une structure claire, qui donne à chacun sa place. »

La diaspora, souvent reléguée au rôle de bailleur de fonds, réclame aussi une voix. « On n’est pas juste des portefeuilles. On veut participer, proposer, décider », affirme un étudiant exilé basé en Europe venu en vacances dans son Kassa natal. Les femmes, les jeunes, les religieux, les associations : tous appellent à un mouvement plus inclusif, ancré dans les réalités du terrain. « La société civile, les bois sacrés, les mosquées, les églises, les artistes… ils doivent être nos alliés, pas des spectateurs », plaide Khadiatou Cissé.

Si la consultation suscite l’espoir, elle impose aussi une lourde responsabilité. « Ce n’est pas un luxe, c’est une urgence », martèle Arona Sagna. Pour beaucoup, ce processus doit déboucher sur des actes concrets : une gouvernance transparente, une stratégie renouvelée, et un retour aux fondamentaux de la lutte – justice, dignité, liberté. « On ne peut pas continuer à faire semblant que tout va bien », avertit Farba Mané. « Mais si on se parle franchement, si on se remet en question, on peut redevenir le porte-voix d’un peuple. » ajoute t-il.

Les sceptiques, eux, rappellent que les défis sont immenses. Les soupçons d’infiltration par des forces extérieures, les divisions entre factions, et la lassitude d’une population épuisée par des décennies de conflit pèsent lourd. « Cette consultation, c’est une belle idée, mais il faudra plus que des mots pour convaincre », note Malang Badji de Bignona.

Le MFDC se tient à la croisée des chemins. Cette consultation supposée initiée depuis le maquis, si elle est menée avec sincérité, pourrait être le point de départ d’une renaissance. Mais le chemin sera ardu. Il faudra du courage pour affronter les vérités douloureuses, de l’humilité pour écouter les critiques, et de la détermination pour agir. Comme le résume Robert Ndecky de Youtou : « Un vrai mouvement se mesure à sa capacité à rassembler les vivants.»

Dans les villages de Casamance, dans les cœurs des exilés, dans l’âme des combattants, une question résonne : le MFDC saura-t-il retrouver son souffle ? La réponse, peut-être, naîtra de cette consultation. À condition que les voix, toutes les voix, soient enfin entendues.

Samsidine Badji (SAM)

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