Guinée-Bissau : Des hommes armés saisissent les bulletins et procès-verbaux électoraux rendant impossible la proclamation des résultats
Des hommes armés non identifiés ont pris d’assaut les locaux de la Commission électorale nationale (CNE) de Guinée-Bissau et saisi les bulletins de vote ainsi que les procès-verbaux originaux des élections présidentielle et législatives du 23 novembre, a déclaré mardi un haut responsable de la commission. Cet acte délibéré empêche désormais toute finalisation du processus électoral, alors que le pays est sous contrôle militaire depuis le coup d’État du 27 novembre.
« Les assaillants ont emportés ordinateurs, serveurs et surtout les procès-verbaux originaux. Sans ces documents, il est matériellement impossible de poursuivre le processus », a affirmé Idrica Djalo, secrétaire exécutif adjoint de la CNE, lors d’un point de presse.
L’attaque est intervenue après que des officiers militaires, se présentant comme le « Haut Commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public », ont annoncé mercredi dernier avoir « assumé tous les pouvoirs de l’État » et destitué le président Umaro Sissoco Embalo. Le général Horta N’tam a depuis été nommé président de la transition par les putschistes.
Au moment des faits, plus de 45 personnes – dont des membres de la CNE, des délégués de partis politiques, des candidats à la présidentielle et des procureurs de la République – se trouvaient dans les locaux. Aucun blessé n’a été signalé, mais les bureaux ont été mis à sac.
Les résultats provisoires de l’élection présidentielle opposaient étroitement le président sortant Umaro Sissoco Embalo et le candidat de l’opposition Fernando Dias, les deux camps ayant déjà revendiqué la victoire avant le coup d’État.
La saisie des documents électoraux constitue un obstacle direct à la publication des résultats définitifs, alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a exigé lundi que les militaires au pouvoir laissent la CNE proclamer sans délai les résultats des scrutins présidentiel et législatif « dans le respect de la volonté populaire ».
En réaction au putsch, la CEDEAO a suspendu la Guinée-Bissau de toutes ses instances décisionnelles et menace de sanctions supplémentaires si l’ordre constitutionnel n’est pas rapidement rétabli.
La Guinée-Bissau, habituée aux interventions militaires depuis son indépendance en 1974, n’a jamais connu de transition démocratique complète du pouvoir par les urnes. Le coup d’État du 27 novembre est le quatrième en dix ans.
Balanta Mané
