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Guinée-Bissau : Le spectre permanent du coup d’État et la gouvernance controversée de Sissoco Embaló

Guinée-Bissau : Le spectre permanent du coup d’État et la gouvernance controversée de Sissoco Embaló

Encore une fois, la Guinée-Bissau se réveille avec le parfum âcre de la suspicion militaire. Plusieurs officiers supérieurs de l’armée ont été arrêtés ce vendredi, accusés de vouloir « renverser l’ordre constitutionnel » à la veille du lancement officiel de la campagne pour les élections générales du 23 novembre sans l’opposition du PAIGC.

Officiellement, le gouvernement affirme avoir déjoué une tentative de déstabilisation. Officieusement, nombreux sont ceux qui y voient une nouvelle manœuvre politique du président Umaro Sissoco Embaló à l’image de son mentor Macky Sall, pour resserrer son emprise sur un pays fatigué par un demi-siècle d’instabilité chronique.

Selon le chef d’état-major adjoint, le général Mamadou Touré, les officiers arrêtés auraient cherché à « perturber le processus électoral ». Mais dans un climat politique saturé de méfiance, où les frontières entre sécurité nationale et calculs politiques se brouillent, difficile de démêler le vrai du faux.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Sissoco Embaló s’est construit une réputation d’homme fort – voire d’homme seul. À coups de dissolutions de l’Assemblée, d’arrestations de militaires et de déclarations tonitruantes, il a imposé son style : autoritaire, imprévisible, souvent en porte-à-faux avec les institutions. Ses détracteurs lui reprochent une personnalisation excessive du pouvoir et une instrumentalisation des forces de sécurité pour museler l’opposition.

L’épisode actuel s’inscrit dans une série noire. En décembre 2023 déjà, le commandant de la Garde nationale avait été arrêté dans des conditions opaques. En février 2022, un prétendu complot de coup d’État, rapidement lié au trafic de drogue, avait plongé le pays dans la confusion. Ces crises à répétition donnent l’image d’un État pris en otage entre rivalités politiques, loyautés militaires fragiles et réseaux d’intérêts illégaux.

L’histoire n’est pas tendre avec la Guinée-Bissau : dix coups ou tentatives de coups d’État depuis 1974. Mais la gouvernance de Sissoco Embaló semble loin de rompre avec ce cycle. En se présentant pour un second mandat, le président promet « paix, sécurité et stabilité ». Pourtant, c’est bien la peur, la défiance et la répression qui s’installent dans les esprits.
Alors que la CEDEAO tente régulièrement de jouer les pompiers, son influence paraît s’éroder, chaque mission repartant avec la même promesse : celle, jamais tenue, d’un retour durable à la normalité démocratique.

À Bissau, la rue murmure que les arrestations d’officiers servent avant tout à neutraliser des voix dissidentes au sein d’une armée historiquement frondeuse. Et pendant que le président accuse ses adversaires de complot, le pays, lui, attend encore un État de droit véritable.

Car en Guinée-Bissau, la stabilité ne se décrète pas : elle se construit. Et jusqu’ici, le régime Sissoco Embaló n’a guère posé les fondations.

Balanta Mané

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