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Casamance : La marche décisive vers l’indépendance (contribution de Félix Diédhiou)

Casamance : La marche décisive vers l’indépendance (contribution de Félix Diédhiou)

Ziguinchor, capitale vibrante de la Casamance – Nichée au sud de la Gambie et au nord de la Guinée Bissau, à l’ouest du Mali, la Casamance est un territoire à l’identité forte, marquée par sa géographie luxuriante, ses traditions diolas et une histoire complexe. Depuis plus d’un siècle, ce territoire suscite des débats sur sa place au sein du Sénégal, un questionnement ravivé par une phrase prononcée en 1912 par Henry Maubert, alors administrateur colonial français : « La Casamance ne fait pas en réalité partie du Sénégal. » Ces mots, issus d’une analyse administrative de l’époque, continuent d’alimenter une réflexion sur l’identité casamançaise et ses relations avec l’État sénégalais.

Un territoire autonome reconnu sous la colonisation

Sous l’administration coloniale française, la Casamance était souvent gérée comme un territoire autonome distinct du Sénégal. Henry Maubert, en 1912, soulignait les particularités géographiques – un territoire isolé par des fleuves et la Gambie – et culturelles – dominé par des peuples comme les Diolas, les Mandingues, les Peuls, les Manjaques, les Mankagnes, les Bassaris etc… Il plaidait pour une gestion adaptée à ces réalités.

Les travaux de l’historienne Séverine Awenengo Dalberto, dans son ouvrage L’Idée de la Casamance autonome (Karthala, 2024), confirment cette vision coloniale d’une Casamance à part, avec des circuits économiques et administratifs spécifiques. Cependant, à l’indépendance du Sénégal en 1960, le territoire fut intégré au Sénégal sans avis des Casamançaises et Casamançais, un processus qui n’a pas toujours tenu compte de ses spécificités historiques.

Certains habitants, comme ceux rencontrés à Ziguinchor, expriment un sentiment de de colonisation, pointant du doigt des investissements insuffisants dans les infrastructures ou l’agriculture locale, essentielle à un territoire au climat tropical. Ces tensions ont culminé en décembre 1982, lorsqu’une manifestation pacifique organisée par le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) à Ziguinchor a dégénéré : des manifestants ont remplacé des drapeaux sénégalais par des drapeaux blancs, et les forces de sécurité ont ouvert le feu, causant des morts, des blessés et des milliers d’arrestations. L’année suivante, le 18 décembre 1983, de nouveaux affrontements ont eu lieu, marquant une escalade vers un conflit armé entre le MFDC et les forces gouvernementales sénégalaises. Ce conflit, qui a causé des milliers de morts et des déplacements de population, a transformé des zones rurales en foyers d’instabilité, malgré des cessez-le-feu intermittents.

Cette situation historique de la Casamance s’est illustrée par l’ouvrage de Dalberto, perçu par certains officiels sénégalais comme une menace à l’unité du pays, bien que son contenu repose sur des archives historiques.

Pour la grande majorité de Casamançais, l’identité territoriale reste une source de fierté. Les traditions, les langues locales et les pratiques agricoles adaptées au terroir forgent un sentiment d’appartenance distinct. Le soutien pour l’indépendance de la Casamance est devenu la grande motivation des populations jusqu’au fond de Kédougou et de Tambacounda.

Face à ces aspirations, l’État sénégalais met en avant son armée et des projets de développement pour répondre aux besoins économiques et sociaux du territoire. Cependant, la question de l’autonomie culturelle ou administrative reste un point de friction. Les habitants rencontrés à Ziguinchor, comme une agricultrice locale, insistent sur le besoin de souveraineté : « Nous voulons être entendus, que notre réalité de la Casamance libre soit prise en compte ». Ce désir de reconnaissance, ancré dans une histoire longue, continue de façonner le débat.

La Casamance se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, une identité territoriale forte, soutenue par des réalités historiques et géographiques, appelle une prise en compte spécifique. De l’autre, l’État sénégalais cherche par la force des armes à occuper la Casamance tout en répondant à quelques défis socio-économiques du territoire.

En attendant, la Casamance, avec ses rizières et ses traditions, continue de marcher vers sa liberté totale et définitive.

Félix Diédhiou

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