Nouvelle Calédonie : Les indépendantistes rejettent l’accord français de Bougival
C’est sans surprise que le Front de libération nationale kanak socialiste (FLNKS) a annoncé, ce mercredi 13 août, à Nouméa, qu’il rejetait l’accord de Bougival. Le FLNKS demande également la tenue des élections provinciales dès novembre prochain.
La décision a été prise lors du congrès du front, samedi, à La Conception, et confirmée officiellement ce mercredi 13 août, en conférence de presse à Nouméa. Le FLNKS « rejette formellement le projet d’accord de Bougival, en raison de son incompatibilité avec les fondements et acquis de notre lutte« , a indiqué Dominique Fochi, secrétaire général de l’Union calédonienne et membre du bureau politique du FLNKS.
« Bougival est derrière nous »
« Bougival est derrière nous », a précisé Marie-Pierre Goyetche, du Parti travailliste, également membre du bureau politique. « C’est un rejet en bloc, nous ne participerons pas au comité de rédaction » proposé par le ministre des Outre-mer. « Nous lançons un appel pacifique à nos forces vives pour dire stop à l’État s’il entend passer en force. » Quant au dégel du corps électoral, « il s’agit d’une ligne rouge ».
“Un accord à marche forcée »
En visioconférence depuis Mulhouse, le président du FLNKS, Christian Tein, a dénoncé “un accord à marche forcée proposé par Macron. On n’a pas tiré les leçons de ce que le pays a traversé. On ne peut pas construire un pays comme ça et nous mettre dans le corner. C’est humiliant pour le peuple kanak.”
Visite ministérielle imminente
Sans attendre l’officialisation du rejet de l’accord signé le 12 juillet à Bougival, en région parisienne, entre l’État, les indépendantistes et les non-indépendantistes, Manuel Valls a annoncé dès dimanche qu’il se rendrait « la semaine du 18 août » en Nouvelle-Calédonie. Il doit y réunir un « comité de rédaction » des signataires, en charge de « clarifier l’esprit de l’accord« , qui a « besoin d’être éclairé, approfondi, précisé, complété”, a expliqué le ministre des Outre-mer.
Mise en garde
Le FLNKS met « en garde l’Etat contre toutes nouvelles tentatives de passage en force”. Une référence au projet de dégel du corps électoral porté par Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, malgré l’opposition du front. La mobilisation du camp indépendantiste contre ce projet a dégénéré en émeutes, à la mi-mai 2024. Entraînant ces mois d’affrontements qui ont fait 14 morts et des dégâts estimés à au moins 240 milliards de francs CFP.
« Le FLNKS rencontrera Manuel Valls »
« Peu importent les conséquences. Bougival aujourd’hui, c’est fini« , a assuré Laurie Humini, du Rassemblement démocratique océanien. Mais « le FLNKS rencontrera Manuel Valls« , a assuré Sylvain Pabouty, de la Dynamik unitaire Sud.
Et d’ajouter : « On remet en cause la légitimité de ceux qui ont signé. Organisons les élections provinciales pour connaître la réelle légitimité des uns et des autres. Le rejet de Bougival, ce n’est qu’une parenthèse, mais nous restons ouverts à la discussion avec ceux qui seront légitimés par les urnes. » Discussions qui devront se tenir en Calédonie, répète le FLNKS, « sous la supervision de Christian Tein« , même si cela doit être « en visio-conférence« , ce dernier étant interdit de séjour en Nouvelle-Calédonie dans le cadre de son contrôle judiciaire.
Ibou Camara
