Sénégal : Le fossé se creuse entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko après la visite d’Alexandre Soros
La visite d’Alex Soros, président du conseil d’administration de l’Open Society Foundations (OSF), au président sénégalais Bassirou Diomaye Faye le 21 juillet 2025, a jeté une lumière crue sur les tensions croissantes entre le chef de l’État et son Premier ministre, Ousmane Sonko. Cet événement, combiné aux récentes déclarations publiques de Sonko critiquant l’autorité de Faye, révèle des fissures dans le tandem qui a porté le parti Pastef au pouvoir en avril 2024. Ces tensions, alimentées par des divergences idéologiques, des luttes d’influence et des polémiques sur les réseaux sociaux, menacent la cohésion du projet souverainiste sénégalais.
La rencontre entre Faye et Soros a suscité un tollé, notamment sur les réseaux sociaux, où des critiques ont dénoncé une supposée incohérence avec le discours souverainiste de Pastef. L’OSF, souvent associée à la promotion des droits LGBTQ+ et à des agendas libéraux, est perçue par certains comme une menace aux valeurs sénégalaises traditionnelles. Des commentaires ironiques, tels que « Macky Sall reçoit Alex Soros, il fait la promotion de LGBT. Diomaye Faye reçoit Alex Soros, c’est pour l’intérêt du Sénégal », reflètent une polarisation croissante et un fossé inquiétant qui se creuse de plus. Ces réactions illustrent un malaise parmi les partisans de Pastef, qui reprochent à Diomaye Faye un manque de fermeté face aux influences étrangères.
Cette polémique s’inscrit dans un contexte de frictions internes au pouvoir. Le 10 juillet 2025, lors de l’installation du Conseil national de Pastef, Sonko a ouvertement critiqué Faye, dénonçant un « problème d’autorité » au Sénégal et un manque de soutien face aux attaques dont il dit être la cible. Il a accusé des factions internes au parti de comploter contre lui, laissant entendre que Faye ne fait pas assez pour le défendre. Ces déclarations, qualifiées de « virulentes » par la presse, ont choqué par leur ton direct, rompant avec la tradition sénégalaise où les Premiers ministres s’effacent généralement devant le président.
Le bicéphalisme politique, qui devait incarner une complémentarité entre la prudence institutionnelle de Faye et la radicalité militante de Sonko, semble glisser vers une rivalité. Sonko, figure charismatique et leader historique de Pastef, jouit d’une légitimité forgée dans la lutte et la rue, tandis que Faye tire la sienne des urnes, ayant été élu avec 54,28 % des voix en mars 2024. Cette dualité, exacerbée par des différences de style – Faye privilégiant une diplomatie pragmatique, Sonko adoptant une posture plus idéologique – alimente les spéculations sur une possible fracture au sein de l’exécutif.
La visite de Soros a amplifié ces tensions. Alors que Faye cherche à concilier souveraineté et coopération internationale, Sonko durcit le ton contre les ONG étrangères, accusant certaines de chercher à « reconfigurer le logiciel culturel sénégalais ». Cette divergence de stratégie approfondit le fossé entre les deux hommes. Des observateurs parlent de « divergences importantes » au sommet de l’État, tandis que la presse évoque un « divorce en live ».
Face à ces critiques, Faye a tenté de désamorcer la crise. Le 14 juillet, il a déclaré : « Je n’ai aucun conflit avec le Premier ministre. Il est mon ami. » Cette volonté d’apaisement, soutenue par des figures comme le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, qui a réaffirmé l’unité du tandem, contraste avec la persistance des tensions. Des réunions au palais présidentiel ont suivi, signe d’une tentative de réalignement, mais les critiques internes et externes continuent d’alimenter le débat.
Les risques de cette crise sont multiples. Premièrement, elle fragilise la cohésion de Pastef, déjà confronté à des accusations de lenteur dans la mise en œuvre des réformes promises, comme la lutte contre la corruption et la renégociation des contrats pétroliers. Deuxièmement, elle pourrait éroder la confiance de la base électorale, majoritairement jeune, qui attend des résultats concrets. Enfin, les polémiques autour des relations avec des partenaires comme l’OSF risquent de compliquer la diplomatie sénégalaise, déjà marquée par des ambiguïtés dans la région, comme l’a illustré la visite de Sonko en Côte d’Ivoire.
Le précédent historique de duos politiques sénégalais, comme Senghor-Dia ou Wade-Seck, montre que le bicéphalisme peut engendrer des rivalités destructrices s’il n’est pas maîtrisé. Le projet de « Sénégal souverain, juste et prospère » porté par Pastef repose sur leur capacité à transformer leurs différences en atouts complémentaires, plutôt qu’en lignes de fracture.
ARDiallo
