Sénégal : Ousmane Sonko dénonce la persistance du « système Macky Sall» et la justice lors d’un meeting à Dakar
Le Premier ministre sénégalais et leader du parti Pastef, Ousmane Sonko, a tenu samedi un important rassemblement politique au stade Léopold Sédar Senghor de Dakar, rassemblant plusieurs dizaines de milliers de partisans. Au cours de ce meeting baptisé « Téra Meeting », le chef du gouvernement a lancé une série de messages axés sur la transparence, la réforme de la justice et la moralisation de la vie publique, tout en dénonçant la persistance de pratiques qu’il attribue à l’ancien régime.
Lancement de l’opération « Raxass »
Ousmane Sonko a annoncé le lancement d’une initiative baptisée « Opération Raxass », destinée, selon lui, à « dénoncer et contrer l’influence persistante de certains magistrats » au sein de la Cour suprême. Le chef du gouvernement a accusé une partie du corps judiciaire de perpétuer un « système » – hérité de Macky Sall – qu’il juge contraire aux réformes engagées depuis son arrivée au pouvoir.
« Le système que nous combattions est toujours existant. Il s’infiltre dans la justice et l’administration », a déclaré Sonko.
« Certains magistrats de la Cour suprême écrasent les dossiers du Pool judiciaire financier simplement parce qu’ils ont un problème personnel avec Ousmane Sonko », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre estime que ces comportements entravent le travail du Pool judiciaire financier (PJF), une structure qu’il présente comme centrale dans la lutte contre la corruption et le détournement de fonds publics.
La dette cachée au cœur des accusations
Dans une autre séquence de son discours, Ousmane Sonko a vivement critiqué la gestion économique des précédents gouvernements, évoquant la « dette cachée », un dossier qui continue d’alimenter les tensions politiques au Sénégal.
« Toute personne qui nie la dette cachée doit aller en prison », a-t-il lancé sous les acclamations de la foule.
Le Premier ministre a qualifié l’affaire de « haute trahison d’État », appelant à des poursuites judiciaires contre les responsables présumés. Il a également réclamé la dissolution de l’Alliance pour la République (APR), l’ancien parti au pouvoir dirigé par l’ex-président Macky Sall, qu’il a accusé d’avoir « trompé le peuple sénégalais ».
Appel à la justice et à la responsabilité
Ousmane Sonko a plaidé pour une réforme en profondeur du système judiciaire, afin qu’il « appartienne au peuple » et fonctionne « en toute impartialité ».
« S’il n’y a pas de justice, que personne ne paie d’impôt. C’est trop facile de détourner l’argent du contribuable et de tuer des Sénégalais sans répondre de ses actes. Justice sera faite », a-t-il affirmé.
Le chef du gouvernement a réaffirmé sa politique de tolérance zéro face à la corruption, aux dérives administratives et aux « influences politiques dans la justice ».
Un message de cohésion au sein de la coalition
Sur le plan politique, Ousmane Sonko a tenu à rassurer ses alliés sur la stabilité de la coalition “Diomaye Président”, qu’il a qualifiée de « soudée et disciplinée ».
« La nouvelle structuration se fera autour du Pastef, mais elle restera ouverte à tous ceux qui respectent les principes du jub, jubbal et jubbanti », a-t-il précisé, en référence aux valeurs de droiture et de transparence prônées par son mouvement.
Il a également exhorté ses militants à éviter les querelles internes et à privilégier la cohésion :
« Pastef n’est pas un parti d’argent. Un allié sincère ne cherche pas à semer la division entre le Président de la République et son Premier ministre. »
Allusions et controverses
Sans citer de nom, Ousmane Sonko a évoqué des soupçons de malversations financières impliquant une personnalité politique épinglée pour une surfacturation présumée de deux milliards de francs CFA. Plusieurs observateurs y ont vu une allusion à Aminata Touré, ancienne présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui a nié catégoriquement ces accusations, les qualifiant de « totalement fausses » et de « tentatives de diffamation ».
Mme Touré a, par le passé, proposé une audition publique de l’Inspection générale d’État (IGE) pour clarifier les faits.
Le Premier ministre a également laissé entendre qu’un ministre actuellement en poste aurait été muté à la suite de soupçons de surfacturation, sans le nommer. Des médias locaux ont évoqué le nom d’Abdourahmane Diouf, récemment transféré du ministère de l’Enseignement supérieur à celui de l’Environnement. Les deux intéressés, membres de la coalition présidentielle, ont récemment réaffirmé leur soutien au président Bassirou Diomaye Faye et appelé à l’unité au sein de la majorité.
Saliou Cissé
