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Sénégal : PASTEF au pouvoir : Entre espoirs déçus et défis persistants

Sénégal : PASTEF au pouvoir : Entre espoirs déçus et défis persistants

Il y a un an et demi, l’arrivée au pouvoir du PASTEF (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), porté par Bassirou Diomaye Diakhar Faye à la présidence et Ousmane Sonko au poste de Premier ministre, avait suscité un vent d’espoir au Sénégal. Élu sur des promesses de rupture avec le passé, de souveraineté accrue et de lutte contre la corruption, le duo incarnait pour beaucoup une alternative au régime de Macky Sall. Pourtant, aujourd’hui, des voix critiques s’élèvent, dépeignant un gouvernement en proie à des divisions internes, une crise économique abyssale et des compromissions avec d’anciennes puissances coloniales. Que reste-t-il de ce mouvement autrefois vu comme le fer de lance du refus du statu quo ? Un examen des faits et des opinions révèle un paysage contrasté, entre avancées notables et manquements flagrants.

Des avancées symboliques, mais contestées

Le gouvernement Faye-Sonko a marqué des points sur le plan de la souveraineté nationale. En novembre 2024, peu après son élection, le président Faye a demandé le retrait des troupes françaises stationnées au Sénégal, mettant fin à un pacte de défense datant de l’indépendance. Ce geste, salué par les partisans comme une affirmation d’indépendance, a été concrétisé en mars 2025 avec la remise des bases militaires à l’armée sénégalaise. Par ailleurs, un semblant d’accord de paix a été signé à Bissau en février 2025 avec quelques déserteurs de combattants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), devant mettre fin à l’un des plus longs conflits d’Afrique, qui oppose les indépendantistes casamançais au gouvernement du Sénégal depuis les années 1980. Ce pacte vise à intégrer le territoire rebelle économiquement et politiquement, avec des projets comme le « Projet Diomaye » pour le développement de la Casamance.

Sur le front intérieur, le PASTEF met en avant des mesures concrètes : paiement des dettes aux opérateurs agricoles, subventions pour la campagne agricole, baisse des prix des denrées de base, règlement des arriérés de bourses estudiantines, et renégociation des contrats miniers, pétroliers et gaziers pour une meilleure répartition des richesses. La digitalisation de l’administration et l’électrification rurale sont également citées comme des succès, renforçant l’image d’un gouvernement tourné vers le peuple. Des militants sur les réseaux sociaux, comme ceux affiliés au PASTEF, soulignent que ces actions marquent une « rupture » avec l’ancien système, avec un accent sur la souveraineté et l’inclusion.

Une crise économique abyssale et des critiques acerbes notamment sur le système judiciaire

Malgré ces avancées, la situation économique reste alarmante. La dette publique du Sénégal avoisine les 25 000 milliards de FCFA, selon les estimations du FMI et de Statista. Cette dette, en partie héritée du régime précédent mais aggravée par des révélations de dettes cachées, a plongé le pays dans une crise sans précédent. Les négociations avec le FMI traînent, et des analystes comme ceux de Barclays soulignent un ratio dette/PIB atteignant 119 %, rendant le pays vulnérable. L’armée, faute de moyens logistiques, peine à opérer efficacement, comme l’évoquent des critiques qui parlent d’un « pays à bout de souffle ».

Les critiques vont plus loin, accusant le PASTEF de trahison envers ses idéaux initiaux. Des observateurs dépeignent un gouvernement « nain » qui, sous couvert d' »unité nationale » – un argument qualifié de propagandiste colonial –, utiliserait des milliards pour réprimer la Casamance résistante et souverainiste. Bien que l’accord de paix contredise cette vision de « destruction », des Casamançais se sentent toujours humiliés, forcés de « mendier » pour des infrastructures de base comme des routes ou des emplois. Sur X (anciennement Twitter), des utilisateurs comme Thierno Alassane Sall dénoncent l' »amateurisme » du PASTEF, avec des dirigeants « incompétents et bavards » incapables de relancer l’économie ou de baisser les prix du carburant, plus élevés qu’au Mali ou au Burkina Faso. Ousmane Sonko est décrit comme une « tête unique » entourée d’« hyènes » nostalgiques du régime Sall et de parrains étrangers, réduisant le parti à un « désert » politique.

Divisions internes et sentiment de trahison

Les tensions au sein du duo Faye-Sonko alimentent les accusations de découragement et de trahison. Des rumeurs de rift, amplifiées par des déclarations publiques de Sonko critiquant le président, ont émergé dès juillet 2025. Des jeunes, force motrice de l’élection de Faye, expriment leur déception face à un gouvernement perçu comme tolérant des pratiques anciennes, comme la gestion catastrophique de la justice, de la sécurité routière, de la paix en Casamance, de la billetterie ou des nominations claniques. Les « martyrs de la première heure » se sentent abandonnés, terrifiés que leurs combats soient réduits en cendres, tandis que le parti semble divisé et incapable d’unir face à l’opposition interne.

Sur les relations avec la France, les critiques persistent : malgré le retrait des troupes, la visite de Faye à Macron en août 2025 pour « renforcer les liens » est vue comme une soumission, le gouvernement suppliant Paris pour sortir de la crise économique. Des voix comme celles d’Alioune Aboutalib LO sur X soulignent que le PASTEF a cédé sur des réformes radicales, optant pour un « mirage de puissance » qui s’effondre.

Que peut-on attendre du PASTEF ?

Après un an et demi, le PASTEF apparaît comme un régime faible, divisé et soumis à des intérêts étrangers et mesquins, selon ses détracteurs les plus virulents. Les discours semblent creux, les promesses vaines, et les gesticulations diplomatiques honteuses, laissant le Sénégal comme une « proie facile » fracturée. Pourtant, des soutiens insistent sur une démocratie plus inclusive, avec une Assemblée nationale diversifiée et des réformes en cours. Face à une dette écrasante et des défis internes, l’avenir dépendra de la capacité du gouvernement à unir ses rangs et à livrer rapidement des résultats tangibles. Sans cela, le risque d’extinction politique guette, et ceux qui se posent en défenseurs pourraient bien devenir les fossoyeurs de la souveraineté sénégalaise.

Omar Thiam, journaliste indépendant pour le Journal du Pays

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