Casamance : 19 ans après Diamacoune, l’héritage enflamme la résistance casamançaise et le serment d’indépendance totale
Aujourd’hui, 13 janvier 2026, la Casamance se recueille, prie et se mobilise avec une intensité rare. Dix-neuf ans jour pour jour après la disparition de l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, dans la nuit du 13 au 14 janvier 2007, son ombre immense plane toujours sur cette terre riche, blessée mais indomptable. À 78 ans, ce prêtre rebelle, charismatique et inflexible, a emporté avec lui un morceau de l’âme casamançaise – mais pas son combat.
Né le 4 avril 1928 à Senghalène, près de Ziguinchor, ordonné prêtre en 1956, marqué dès l’enfance par l’humiliation coloniale infligée à son père, l’Abbé Diamacoune n’a jamais accepté la « seconde colonisation » imposée par le Sénégal après le rattachement administratif de la Casamance – ancienne possession portugaise – à la colonie française du Sénégal en 1888. Dès 1980, il écrit à Léopold Sédar Senghor pour exiger l’indépendance. En 1982, il est arrêté pour sédition, condamné à cinq ans de prison. Trois jours plus tard, malgré la répression sanglante, des centaines de milliers de Casamançais descendent pacifiquement dans les rues de Ziguinchor, arrachent le drapeau sénégalais de la gouvernance et hissent un fanion blanc : symbole de paix, mais aussi de liberté revendiquée. Le prix fut lourd : centaines de morts, milliers d’emprisonnés. Pourtant, jusqu’à son dernier souffle, Diamacoune prôna l’unité de la Casamance « de l’Atlantique à la Falémé », refusant toute division ethnique, réclamant une indépendance immédiate et totale, obtenue par la négociation juste et la vérité.
Diamacoune n’est pas mort. Son héritage brûle plus fort que jamais en ce 19e anniversaire. À Mangoucouro, siège historique du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) à Ziguinchor, une semaine de recueillement et un pèlerinage au cimetière de Brin réunissent fidèles, combattants et jeunes patriotes. Partout en Casamance et dans la diaspora, prières multiconfessionnelles, chants et discours résonnent. Homme de paix et de justice, comparé à Mandela pour son refus de sacrifier la dignité humaine à la lutte, Diamacoune reste le phare : « La vérité triomphera, car elle est notre arme la plus puissante », martèlent aujourd’hui ses successeurs.
Mais cette journée n’est pas seulement nostalgie. Elle est cri de ralliement. Dans un climat de ni-paix-ni-guerre qui perdure depuis des décennies, les indépendantistes réaffirment leur engagement pour l’autodétermination, droit universel des peuples. Ils dénoncent avec force les injustices persistantes : la détention arbitraire de René Capain Bassène, journaliste investigateur condamné à perpétuité dans l’affaire de la tuerie dans la forêt de Bayotte – une procédure entachée d’irrégularités, de tortures documentées et d’aveux forcés, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et 180 organisations internationales qui appellent à sa libération immédiate. Bassène, seul condamné dans ce dossier, croupit toujours, sa santé brisée par les sévices. Avec lui, Amidou Djiba, porte-parole de la section de Mangoucouro, et 22 autres prisonniers politiques languissent derrière les barreaux, victimes d’une répression qui étouffe la liberté d’expression et entrave toute résolution pacifique.
En cette date sacrée, la Casamance ne pleure pas seulement un homme. Elle célèbre un idéal intact : un territoire libre, unie, respectée, où la justice l’emporte sur la force. L’Abbé Diamacoune, prêtre entré au séminaire à 11 ans, a montré qu’un homme de foi pouvait être un guerrier de la vérité. Son message résonne : la lutte continue, non par les armes seules, mais par la persévérance, la prière et l’unité.
« Comme son palmier la Casamance fleurira. » aimait-il rappeler aux Casamançais.
Que cette commémoration ne soit pas un adieu, mais un serment renouvelé. Pour la justice. Pour la liberté. Pour l’indépendance légitime.
ARDiallo
