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Casamance : Bonne et heureuse année 2026 de paix, de vérité, de justice et de liberté !

Casamance : Bonne et heureuse année 2026 de paix, de vérité, de justice et de liberté !

Par-delà les rizières, les bolongs et les forêts, une nouvelle année se lève sur la Casamance. Elle arrive chargée d’une mémoire lourde et d’une espérance tenace.

À l’orée de 2026, cinq millions de Casamançaises et de Casamançais entrent dans la nouvelle année avec une lucidité forgée par plus de quatre décennies de conflit et une dignité que ni les armes ni l’oubli n’ont pu entamer. L’année 2025, telle une longue saison des pluies, a mêlé promesses fragiles, violences persistantes, ferveurs religieuses, renaissances culturelles et deuils silencieux. Elle a surtout rappelé une vérité simple : la Casamance tient debout parce que son peuple a appris à tenir solide comme un roc.

Tout au long de 2025, la paix a souvent été annoncée comme on annonce l’orage — visible à l’horizon, jamais vraiment au-dessus des têtes. Un accord partiel, vite qualifié de lettre morte. Des visites officielles accueillies par des rues vides. Des communiqués qui parlent d’avenir pendant que le présent demeure militarisé. Et pourtant, au milieu de ces pannes diplomatiques, la vie n’a jamais cessé.

Elle s’est exprimée dans les chants de Pâques et de la Korité, dans la Tabaski célébrée malgré les mines, dans les églises et les mosquées où l’on a prié pour la paix sans renoncer à la justice. Elle a vibré dans le retour du Boukoute à Thiobon après 42 ans d’interruption — symbole puissant d’une culture que le temps et la guerre n’ont pas effacée. Elle a pris la forme d’un cri lorsque les femmes de Casamance, héritières d’Aline Sitoé Diatta, ont marché vers les maquis pour rappeler que la liberté n’est pas une revendication abstraite, mais une nécessité vécue.

L’année écoulée a aussi été celle des commémorations douloureuses. Babonda. Mandina Mancagne. Djifanghor. Des noms qui ne sont pas seulement des dates dans un calendrier, mais des cicatrices ouvertes dans la mémoire collective. Les rappeler n’est pas glorifier la guerre ; c’est refuser l’amnésie. Une paix durable ne peut être bâtie sur le déni des morts, l’effacement des victimes ou le silence imposé aux vivants.

À ces blessures humaines se sont ajoutées celles infligées à la terre elle-même : dauphins échoués à Cap-Skirring dans l’indifférence, projets miniers rejetés par des populations qui refusent de troquer leur avenir contre des promesses creuses. Là aussi, la Casamance a parlé d’une seule voix : pas de développement sans consentement, pas de richesse sans dignité.

Il faut saluer, en ce début de 2026, la résilience d’un peuple qui a tout vu sans jamais renoncer à l’essentiel. Résilience des paysans qui cultivent sous les drones. Des pêcheurs qui affrontent la mer et l’abandon. Des journalistes, des leaders communautaires, des prisonniers politiques qui paient le prix de la parole. Résilience des familles endeuillées qui continuent de croire qu’un lendemain différent est possible.

Mais souhaiter une bonne et heureuse année à la Casamance ne peut se limiter à des mots aimables. Cela implique des exigences claires.

Paix, d’abord — une paix vraie, inclusive, qui parle à toutes les parties et à toutes les mémoires, et non une paix de façade négociée à huis clos.
Vérité — sur les massacres, les disparitions, les arrestations, les responsabilités partagées.
Justice — pour les victimes civiles, pour les prisonniers, pour les communautés brisées.
Liberté totale — de parole, de mouvement, de choix politique, sans intimidation ni militarisation permanente.

L’année 2026 peut être un tournant si elle accepte d’écouter ce que la Casamance dit depuis longtemps : on ne pacifie pas un territoire contre son peuple, et on ne construit pas l’unité en niant la pluralité des histoires.

À celles et ceux qui vivent à Ziguinchor, Bignona, Oussouye, Sédhiou, Kolda, Vélingara, Tambacounda, Kédougou, dans les villages, la diaspora et les maquis ; aux musulmans, aux chrétiens, aux fidèles des rites ancestraux ; aux jeunes qui n’ont connu que le conflit et aux anciens qui se souviennent d’un avant — que 2026 soit une année de courage lucide et d’espérance active.

Comme l’écrivait Augustin Diamacoune Senghor, « comme son palmier, la Casamance fleurira ». Puisse cette floraison être celle de la paix, de la vérité, de la justice et de la liberté. Bonne et heureuse année 2026, Casamance.

Samsidine Badji (SAM)

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