Vous êtes ici: Accueil » Actualité » Casamance / Gambie : La libération du journaliste chroniqueur gambien d’Omar Bayetoulaye Sané par les autorités sénégalaises met en lumière le sort persistant des prisonniers politiques casamançais

Casamance / Gambie : La libération du journaliste chroniqueur gambien d’Omar Bayetoulaye Sané par les autorités sénégalaises met en lumière le sort persistant des prisonniers politiques casamançais

Casamance / Gambie : La libération du journaliste chroniqueur gambien d’Omar Bayetoulaye Sané par les autorités sénégalaises met en lumière le sort persistant des prisonniers politiques casamançais

Dans une région ouest africaine marquée depuis longtemps par des tensions politiques et des luttes indépendantistes, la libération, jeudi, du journaliste et militant gambien Omar Sané, plus connu sous les pseudonymes de Bayetoulaye ou Baytullah, représente un rare moment de répit au milieu de préoccupations persistantes en matière de droits humains. Pourtant, alors que Sané retrouve la liberté après plus d’un an de détention intermittente au Sénégal, les défenseurs des droits appellent de nouveau à la libération des 21 autres prisonniers politiques casamançais qui demeurent incarcérés sans jugement, leurs cas symbolisant les injustices plus larges dans les zones frontalières instables d’Afrique de l’Ouest.

Sané, âgé de 54 ans, chroniqueur acerbe de la corruption politique et ancien membre de l’Alliance pour la réorientation patriotique et la construction (APRC), parti d’opposition gambien fondé par l’ex-président Yahya Jammeh, a été libéré le 22 janvier 2026, selon des sources proches de sa famille et des organisations de défense des droits humains. Sa remise en liberté met fin à une saga d’arrestations qui a débuté en juin 2023 et suscité un examen international, révélant les destins entrelacés de la Gambie et du Sénégal en matière de sécurité, de dissidence et de stabilité régionale.

L’affaire commence le matin du 9 juin 2023, dans le paisible village gambien de Barakessé, dans la région du Fogny. Peu après la prière musulmane de l’aube (Fajr), des troupes sénégalaises stationnées en Gambie, accompagnées de soldats gambiens, font irruption au domicile de Sané. Il est arrêté et, selon les informations, détenu dans un lieu secret en banlieue de Banjul, la capitale gambienne puis transféré à Dakar, la capitale du Sénégal, avec la complicité présumée des services de renseignement gambiens. Ses proches et ses soutiens ont qualifié cette arrestation d’enlèvement à motivation politique, liée à ses critiques virulentes contre le président gambien Adama Barrow et l’ancien président sénégalais Macky Sall.

La détention de Sané au Sénégal provoque une indignation immédiate. Les communautés de la diaspora casamançaise — territoire au sud de la Gambie, théâtre depuis des décennies d’un conflit indépendantistes mené par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) contre l’occupation du Sénégal — se mobilisent en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux États-Unis. Manifestations et pétitions exigent sa libération immédiate. Même en Gambie, un proche du gouvernement de Barrow tweete en signe de solidarité : « Libérez Bayetoulaye ! Mes prières et mes pensées sont avec lui, c’est un activiste et un patriote qui aime son pays. »

Après huit mois de détention, dont une grande partie à Dakar, Sané est libéré en avril 2024 dans le cadre d’une loi d’amnistie promulguée par le gouvernement sénégalais. Mais cette liberté est de courte durée. En novembre 2024, sous l’administration du nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, Sané participe à un festival culturel organisé par l’Union de la diaspora casamançaise et gambienne à Barkessé, Fogny Niarang, au nord de la Casamance. Le 28 novembre, il est de nouveau arrêté par les forces sénégalaises, dont des militaires et des gendarmes, puis transféré dans une prison à Ziguinchor sans chef d’accusation formel ni enquête.

Les accusations portées contre Sané ont évolué au fil du temps, souvent sans fondement tangible. Initialement, on lui reproche des liens présumés avec le parti Pastef d’Ousmane Sonko et des indépendantistes du MFDC, des allégations relayées par une partie de la presse proche du pouvoir de Macky Sall mais réfutées par les critiques comme infondées. Par la suite, il est accusé d’avoir confectionné des affiches représentant Faye, Sonko et Jammeh, ou encore de préparer une déstabilisation du régime — des charges qui n’ont jamais été étayées par des preuves. Les organisations de défense des droits humains dénoncent ces accusations comme des fabrications destinées à faire taire un dissident dont le journalisme mettait en lumière les alliances confortables entre le gouvernement de Barrow et l’administration sortante de Sall.

Le cas de Sané n’est pas isolé. Entre 2021 et 2024, des tactiques similaires ont visé d’autres voix critiques en Gambie et au Sénégal, avec des opposants rapidement qualifiés d’affiliés au MFDC ou de mercenaires étrangers sans preuve. L’exemple récent de Sana Mandajan, faussement présenté comme arrêté aux côtés de membres du MFDC et de mercenaires tchadiens, illustre ce schéma de désinformation et de détention arbitraire.

Aujourd’hui libre, Sané incarne la résilience dans une sous-région traversée par des tensions transfrontalières. Les relations Gambie-Sénégal, fragilisées par des griefs historiques et des accords de sécurité, ont souvent vu des dissidents pris en étau. Les observateurs notent que les arrestations de Sané reflètent des luttes plus profondes : l’alignement de Barrow avec Sall contre les loyalistes de Jammeh, et la navigation de l’administration Faye dans l’héritage du conflit indépendantiste en Casamance.

Pourtant, alors que Sané retrouve sa famille, les regards se tournent vers ceux qui restent emprisonnés. Les défenseurs des droits humains estiment que sa libération doit catalyser des réformes plus larges, exhortant le Sénégal à examiner le sort des 21 prisonniers politiques casamançais détenus depuis des années sans jugement. Ces personnes, souvent accusées de menaces sécuritaires vagues liées au conflit du MFDC, incarnent le coût humain des différends régionaux non résolus. Leur incarcération prolongée viole les droits fondamentaux à un procès équitable et à la procédure régulière, tels que garantis par les conventions internationales ratifiées par le Sénégal.

La liste des personnes toujours détenues comprend : Sadio Bâ, Lamine Barry, Souleymane Soul Badji, René Capain Bassène, Thierno Diallo, Lamine Diané, Lamine Diédhiou, Sidy Diédhiou, Samésidine Diémé, Sekouba Diémé, Amidou Djiba, Babacar Tandiang Doucouré, Ibrahima Dramé, Adama Bamba Mané, Jean Christophe Sambou, Adama Sagna, Chérif Sané, Malick Sané, Salif Sané, Dembo Tamba et Kadialy Tamba.

Les communautés locales en Gambie et en Casamance, ainsi que des organisations internationales, multiplient les campagnes pour leur libération. « Ce ne sont pas des criminels ; ce sont des voix réduites au silence par opportunisme politique », déclare un représentant d’un groupe de la diaspora casamançaise en Europe, sous couvert d’anonymat par crainte de représailles. « La libération de Bayetoulaye prouve que la pression fonctionne. Il faut maintenant exiger la même chose pour les autres. »

La communauté internationale, y compris les États-Unis et l’Union européenne, a un rôle à jouer. Un engagement diplomatique pourrait inciter le gouvernement sénégalais — qui s’est présenté aux élections sur des promesses de justice et de réforme — à réexaminer ces dossiers sans délai. Ne pas le faire risque de perpétuer un cycle d’instabilité en Afrique de l’Ouest, où les détentions arbitraires minent la confiance dans les institutions démocratiques.

Alors que Sané entame un avenir incertain, son histoire rappelle une vérité essentielle : le véritable progrès exige non seulement des libertés individuelles, mais un changement systémique. La libération des prisonniers casamançais restants serait un signal fort de l’engagement du Sénégal envers cet idéal, favorisant la paix dans une région assoiffée de réconciliation.

Pierre Coly

Propager la liberté et l'indépendance de s'informer

Copyright © 2013 Tamba Networks Inc. All rights reserved.

Retour en haut de la page