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Casamance : Huit ans après le massacre de Boffa-Bayotte : L’ombre persistante de l’injustice sur le journaliste René Capain Bassène

Casamance : Huit ans après le massacre de Boffa-Bayotte : L’ombre persistante de l’injustice sur le journaliste René Capain Bassène

Aujourd’hui marque le huitième anniversaire du massacre de Boffa-Bayotte, une tragédie qui a coûté la vie à 14 trafiquants de bois dans la forêt dense de Casamance, près du village de Toubacouta, le 6 janvier 2018. Ce qui a commencé comme un affrontement sanglant lié au trafic illégal de bois précieux s’est transformé en une saga judiciaire controversée, marquée par des accusations de manipulation politique, de tortures et d’une quête inachevée de justice. Au cœur de cette affaire se trouve René Capain Bassène, journaliste d’investigation détenu depuis plus de sept ans, dont la condamnation à perpétuité a été confirmée par la Cour de cassation sénégalaise, déclenchant une mobilisation nationale et internationale pour sa libération.

Bassène, un spécialiste des enquêtes sur les réseaux opaques en Casamance, clame son innocence depuis son arrestation le 13 janvier 2018. Ses partisans, y compris des ONG, des associations civiles et la diaspora casamançaise, le dépeignent comme une victime d’un système judiciaire instrumentalisé par l’ancien régime de Macky Sall. « Cette enquête de la gendarmerie est une véritable arnaque. Il n’y a pas eu d’enquête. Ils se sont contentés de ramasser des innocents, » avait déclaré Me Clédor Ciré Ly, avocat de 26 Casamançais détenus, en octobre 2020, soulignant les irrégularités du dossier.

Les origines d’une tragédie et d’une enquête contestée

Le massacre de Boffa-Bayotte a eu lieu dans un contexte de tensions persistantes en Casamance, territoire secoué par des décennies de conflit indépendantiste impliquant le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) et les forces armées sénégalaises. Selon les informations disponibles, les victimes étaient des trafiquants de bois, tués dans la forêt près de Toubacouta. Rapidement, l’enquête a pris une tournure politique. Des déclarations contradictoires de politiciens et d’experts ont émergé, et une stratégie apparente de silence a visé des figures comme Omar Ampoi Bodian, chargé de mission du MFDC, et Bassène lui-même.

Le Groupe de Réflexion pour la Paix en Casamance (GRPC), dirigé par Robert Sagna, ancien ministre, est pointé du doigt pour son rôle présumé. Sagna avait publiquement déclaré : « Nous utiliserons tous les moyens à notre possession et tous les pouvoirs pour combattre les indépendantistes. » En collaboration avec les autorités sénégalaises, Sagna aurait envoyé Aliou Djiba chez Maurice Badji, chef de village de Bourofaye Diola, pour dicter des témoignages aux gendarmes. Badji a affirmé qu’une réunion avait eu lieu le 3 janvier 2018 dans son village, convoquée en accord avec Bassène, servant de base aux accusations.

Les chefs de villages environnants, interrogés par les gendarmes, ont initialement nié toute connaissance des faits. Le chef de Boffa-Bayotte a déclaré : « Je ne peux rien dire sur ce sujet parce que je ne sais rien. » Celui de Bourofaye-Baynouck a ajouté : « Comme vous, j’ai appris la mauvaise nouvelle par la radio. » Pourtant, ces démentis n’ont pas empêché une vague d’arrestations. Le 10 janvier 2018, Landing Diédhiou, se présentant comme conseiller de Sagna, a averti des villageois de Toubacouta d’une intervention imminente de la gendarmerie, ciblant Jean Christophe Diatta (confondu parfois avec Jean Christophe Manga dans les récits).

Le 13 janvier, 15 jeunes de Toubacouta, dont Manga, ont été arrêtés avec violence, guidés par Nafoute Sané. Bassène a été arrêté le même jour à Ziguinchor, avec Maurice Badji comme guide. Les détenus ont rapporté des tortures : Manga a été battu devant sa famille, sa femme ligotée et jetée au sol. « Ils ont fouillé la maison et jeté tous nos affaires au sol en les piétinant. N’ayant rien trouvé, ils sont partis avec mon mari menottes aux poings presque sans habit et avec des blessures aux deux genoux, » a témoigné Mme Manga.

Aucun élément compromettant n’a été saisi, selon des sources internes. Manga, initialement niant toute implication, s’est rétracté sous la torture, accusant Bassène après avoir vu sa photo. « Ils l’ont battu et il ne supportait plus les tortures et il a accusé faussement René Capain Bassène, » ont rapporté des sources.

L’enquête, initialement menée par la gendarmerie de Ziguinchor, a été transférée au lieutenant-colonel Issa Diack de Dakar. Des témoins comme Ibou Nafoute Sané et Manga ont plus tard rétracté leurs accusations devant le juge, invoquant la contrainte. Sané a expliqué : « J’ai été contraint de parler et d’accuser les gens sous l’effet de la torture systématique depuis mon arrestation. »

Un procès politisé et des verdicts contrastés

Le premier jugement, le 13 juin 2022, a condamné Bassène, Bodian et César Atoute Badiate à perpétuité pour complicité de meurtre et association de malfaiteurs, sans preuves solides, selon les avocats. Onze acquittements et des peines légères pour d’autres ont suivi. Les accusés ont fait appel, clamant leur innocence.

Le verdict en appel, le 29 août 2024, a libéré Bodian, provoquant joie et soulagement. « C’est une étape importante, mais notre combat n’est pas terminé tant que René Capain Bassène est derrière les barreaux, » a déclaré un membre de la famille Bodian. Cependant, la perpétuité de Bassène a été confirmée, laissant un « goût amer » parmi les familles des victimes et les militants. Un représentant des familles a exprimé : « Nous nous réjouissons pour la famille Bodian, mais nous sommes dévastés par le maintien en détention de Bassène. Cela nous empêche de tourner la page et de commencer à guérir. »

Bassène a interjeté appel à la Cour de cassation, mais son pourvoi a été rejeté en 2025, confirmant la sentence. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), dans son rapport de janvier 2025, a dénoncé une procédure entachée : témoignages sous contrainte, preuves contestables, et ciblage pour ses enquêtes sur les bénéficiaires du conflit en Casamance. Bassène préparait un livre explosif sur le sujet.

Face à cela, Bassène a annoncé une grève de la faim illimitée. « Je vais entrer en diète et que personne ne vienne me demander quoi que ce soit, » a-t-il déclaré. Ce n’est pas sa première : en plein Carême l’année précédente, il avait arrêté de s’alimenter, convaincu d’arrêter par l’évêque de Ziguinchor.

Mobilisation pour la libération : Un cri pour la justice

La confirmation de la condamnation a galvanisé une mobilisation nationale et internationale. La diaspora casamançaise, via des groupes comme CasaDiaspora, multiplie les appels : « Nous continuerons à lutter pour que René Capain Bassène soit libéré. La paix et la réconciliation en Casamance ne peuvent être complètes tant que l’ombre de l’injustice plane sur notre province.« 

Des ONG et la société civile perçoivent cela comme un signe de dysfonctionnements judiciaires persistants, influencés par des magistrats loyaux à l’ancien régime de Sall. Un porte-parole d’une ONG a déclaré : « Ce verdict montre qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour que la justice soit véritablement équitable en Casamance.« 

Plusieurs associations civiles et ONG ont demandé la grâce présidentielle au président Bassirou Diomaye Faye. « Pour René. Pour la vérité. Pour la liberté, » clament-elles. Me Ly avait plaidé pour des investigations indépendantes, refusées par le juge.

Huit ans après le massacre, la Casamance reste déchirée. La libération de Bodian offre une lueur d’espoir, mais l’emprisonnement de Bassène symbolise une justice sous influence, menaçant la liberté de la presse.

Plusieurs organisations non gouvernementales et acteurs de la société civile ont publiquement interpellé le président Bassirou Diomaye Faye, lui demandant d’user de sa clémence pour accorder une grâce au journaliste René Capain Bassène qu’ils présentent comme une victime innocente, sacrifiée pour imposer le silence. Son recours à une grève de la faim, suivi de son transfert à la maison d’arrêt du camp pénal de Hann, à Dakar, constitue un signal d’alarme : la vérité, soulignent ces voix, ne saurait être indéfiniment incarcérée.

ARDiallo

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