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Casamance : Un combattant du MFDC défend la dignité et l’indépendance face à l’adversité

Casamance : Un combattant du MFDC défend la dignité et l’indépendance face à l’adversité

La Casamance, cette province luxuriante, bordée au nord par la Gambie et au sud par la Guinée-Bissau, reste un foyer de tensions malgré les efforts de paix récents. Depuis 1982, le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) mène une lutte pour l’indépendance, invoquant des griefs historiques liés à la marginalisation économique, culturelle et politique par le Sénégal. Le conflit, l’un des plus longs d’Afrique, a causé des milliers de morts, des déplacements massifs et une instabilité persistante, marquée par des accrochages sporadiques, des mines antipersonnel et des négociations intermittentes.

Des accords de paix non inclusifs ont été signé entre le gouvernement sénégalais, sous la houlette de Macky Sall, et un groupe de déserteurs du MFDC, avec la médiation du président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló. Ces accords, prévoyaient le désarmement, la démobilisation et la réintégration de ces éléments, qui ont quitté le maquis depuis des années, ainsi que des investissements dans le développement infrastructurel. Des acteurs de la société civile ont accueilli ces annonces avec un scepticisme prudent et des réactions mixtes persistent : certains y voient une trahison, d’autres une publicité anodine dans un contexte de tensions internes en Guinée-Bissau. Selon des analyses récentes, comme celle de Grey Dynamics, il est peu probable que le conflit s’éteigne complètement dans les deux prochaines années, avec des risques de résurgence si les promesses économiques ne sont pas tenues.

Au milieu de ces évolutions, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec un combattant indépendantiste du MFDC, que nous appellerons « Karamba » pour protéger son identité. Rencontré dans un lieu tenu secret, au cœur de la brousse casamançaise, Karamba incarne la résilience d’une génération qui refuse de plier. Âgé d’une quarantaine d’années, ancien ingénieur agricole, devenu guerrier par conviction, il parle avec une voix calme mais ferme, empreinte d’intelligence et de détermination. Ses confidences, recueillies lors d’un entretien exclusif, révèlent l’âme d’un mouvement qui, malgré les pressions, privilégie la dignité et l’indépendance sur le compromis. Voici un extrait de notre conversation, où Karamba exprime les principes qui guident sa lutte.

A.B : Karamba, le monde suit de près les développements en Casamance, surtout après tous ces accords qui n’ont pas abouti à paix définitive. Comment percevez-vous cette situation, et qu’est-ce qui motive encore les combattants comme vous à persévérer ?

Karamba : Écoutez, nous avons vu passer des accords, des promesses, des mains tendues qui se referment vite. Mais chez nous, on ne trahira pas nos valeurs pour s’en sortir. On ne vendra pas notre dignité pour quelques instants de confort. C’est ça, l’essence de notre combat. Même si parfois le monde semble récompenser ceux qui trichent, on ne fera pas de bêtises pour survivre et abandonner la vérité. Cette lutte a déjà commencé par nos ancêtres depuis la période coloniale contre les portugais, les anglais et les français. Nos parents ne nous ont jamais menti et nous ne les déshonorons pas.

A.B : Vous parlez de valeurs et de dignité. Pouvez-vous expliquer ce que cela signifie concrètement dans le quotidien d’un combattant du MFDC, face à la pauvreté, aux pressions internationales et aux divisions internes ?

Karamba : Regardez autour de vous : la Casamance est riche en ressources, en culture, en peuple fier. Mais on nous a marginalisés, exploités et traités comme des colonisés sur notre propre terre. On ne fera pas semblant d’être ce qu’on n’est pas pour plaire, même si certains nos ennemis nous regardent avec haine et mépris. Malgré la patience nos choix sont clairs. Chez nous en Casamance, on sait ce qu’on vaut, on sait ce que l’on défend. On choisira peut-être le chemin le plus long, celui qui fait mal, celui que personne ne soupçonne, mais au bout, au moins on pourra se lever droit et se regarder en face sans baisser les yeux.

A.B : Les accords de paix prévoient des investissements et une réintégration. N’est-ce pas une opportunité pour sortir de la souffrance ? Pourquoi refuser ce qui pourrait sembler un compromis raisonnable ?

Karamba : Non ce n’est pas raisonnable. Ces semblants d’accords sont des farces, politisées et médiatisées par le Sénégal. A voir de près, ceux qui étaient autour de la table avec les Sénégalais sont ceux qui ont été soutenus et parfois armés par le Sénégal contre leurs propres frères qui tiennent le maquis du nord au Sud et de l’Est en Ouest. Parce qu’on n’a peut-être pas les moyens, mais on a des principes. On a des rêves qu’on refuse de salir ou de trahir. On a choisi de rester digne, même si la vie est parfois difficile, Nous sommes un peuple résilient. Ceux qui n’ont pas hésité à trahir leur père et mère, ne nous impressionnent pas. Mais nous, on veut pouvoir dire un jour : oui j’ai souffert et je suis resté propre et fidèle à la vérité jusqu’à l’indépendance totale.

Ces paroles de Karamba résonnent comme un manifeste de la résistance casamançaise incarnée par Fodé Kaba Doumbouya, Moussa Molo Baldé, Aline Sitoé Diatta, Djignabo Bassène, Victor Simuhemba Diatta, Abbé Augustin Diamacoune Senghor, un rappel que pour les jeunes au sein du MFDC, la paix ne saurait être synonyme de reddition. Elles soulignent la persistante de la revendication qualifiée de légitime, une posture intransigeante, arguant que l’indépendance totale reste l’objectif ultime. Des sources d’ONG, comme USAID, Sant’Egidio, le Centre pour le Dialogue Humanitaire (HD Centre), Shelter for Life et le Conseil Danois des Réfugiés (DRC / Dansk Flygtningehjælp) notent que les modalités pratiques du désarmement restent à définir, laissant planer des incertitudes.

Au-delà de l’interview, cette rencontre met en lumière les défis plus larges des conflits africains : comment concilier aspirations identitaires avec impératifs de développement ? La Casamance, avec ses mangroves, ses rizières et son héritage de peuples résistants, pourrait devenir un modèle de de paix par un dialogue digne de ce nom et garantie par la communauté internationale. Mais tant que des voix comme celle de Karamba persistent, le spectre d’une résurgence plane. Le gouvernement sénégalais, de son côté, mise sur des projets infrastructurels pour apaiser les tensions, mais la confiance reste fragile.

Cet article n’est pas seulement un témoignage ; c’est un appel à une compréhension nuancée d’un conflit souvent relégué aux marges des actualités internationales. Comme le soulignent des observateurs, la paix en Casamance dépendra du respect d’un accord garanti. Pour l’heure, Karamba et ses camarades choisissent le chemin long, celui de la dignité intacte.

Antoine Bampoky

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Commentaires (2)

  • Zeus

    c est pourquoi il faut cultiver le sentiment national casaçais, etre vigilent avoir deux longueurs d avance . nos politiciens ont trop fait confiance a senghor, diouf, wade, macky et diomaye. ils nous poussent toujours vers la tombe….

  • Bapoulo

    VIVE ATIKA ET VIVE L’INDEPENDANCE DE LA CASAMANCE

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