Guinée-Bissau : la Cédéao intensifie la pression sur la junte pour une transition rapide
Les efforts diplomatiques s’intensifient en Guinée-Bissau. Le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, qui assure la présidence tournante de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), et le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye ont multiplié les consultations avec les autorités issues du coup d’État afin d’accélérer la mise en place d’une transition politique.
Mandatés comme médiateurs par l’organisation régionale, les deux chefs d’État ont appelé à une transition « courte, inclusive et transparente », seule voie, selon eux, pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel et à la stabilité institutionnelle.
Après sa prise de pouvoir, l’armée avait annoncé son intention de diriger le pays pendant un an. Mais les militaires estiment désormais qu’une « période de sécurité » préalable est indispensable pour stabiliser la situation avant l’organisation d’élections. « Une année ne suffira pas », a déclaré un membre du Haut Commandement militaire, organe dirigeant de la junte.
Cette position est fermement contestée par la Cédéao. Dans le communiqué final de son 68e sommet tenu à Abuja, l’organisation a rejeté le calendrier de transition proposé par les militaires et rappelé que l’élection présidentielle du 23 novembre avait été jugée « libre, transparente et pacifique » par sa mission d’observation ainsi que par d’autres partenaires internationaux.
« Nos discussions ont été constructives », a affirmé Julius Maada Bio dans un message publié sur le réseau social X, appelant à « une transition rapide conduite par un gouvernement inclusif ».
Le coup d’État est intervenu quelques jours seulement après le scrutin présidentiel de novembre, au cours duquel le président sortant Umaro Sissoco Embalo briguait un second mandat. L’intervention de l’armée a entraîné la suspension du processus électoral et plongé le pays dans une nouvelle crise politique.
Dans le cadre de leur mission, les dirigeants de la Cédéao ont rencontré Fernando Dias, candidat de l’opposition à la présidentielle, réfugié à l’ambassade du Nigeria depuis le renversement du pouvoir civil.
Ils ont également rendu visite à Domingos Simoes Pereira, autre figure majeure de l’opposition, détenu depuis le coup d’État après avoir été déclaré inéligible par la Cour suprême. La Cédéao exige sa libération immédiate, tout comme celle de l’ensemble des prisonniers politiques. L’organisation réclame en outre la mise en place d’une transition de courte durée dirigée par un gouvernement inclusif, ainsi que le renforcement de la protection des institutions et des responsables nationaux par la Mission d’appui à la stabilisation de la Guinée-Bissau (MISGB).
Désaccords persistants
Fin décembre, les autorités militaires ont libéré six opposants proches de Domingos Simoes Pereira. Trois autres ont été relâchés jeudi.
Selon un membre du Haut Commandement militaire, les émissaires de la Cédéao ont demandé la libération « inconditionnelle » de tous les prisonniers politiques, estimant que leur maintien en détention freine la création d’un climat de confiance indispensable à une sortie de crise.
Les autorités de transition privilégient toutefois une libération progressive, sans échéancier précis.
La question d’une éventuelle force d’intervention de la Cédéao, qui pourrait être déployée en cas de détérioration de la situation sécuritaire, a également été évoquée. Mais à Bissau, plusieurs sources affirment que cette option est perçue par les autorités comme une menace pour la souveraineté nationale.
Balanta Mané
