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Kanaky–Nouvelle-Calédonie : une décolonisation confisquée au nom des ressources

Kanaky–Nouvelle-Calédonie : une décolonisation confisquée au nom des ressources

L’accord Élysée-Oudinot, signé le 19 janvier 2026, est présenté par le gouvernement français comme une nouvelle étape pour l’avenir institutionnel de la Kanaky–Nouvelle-Calédonie. Pour de nombreux observateurs, il marque au contraire un recul historique du processus de décolonisation pourtant reconnu par les accords de Matignon (1988), de Nouméa (1998) et par plusieurs résolutions de l’ONU.

Chercheur en droit de l’environnement, Victor David, qui a vécu plus de vingt ans à Nouméa, ne cache pas sa déception. Selon lui, ces accords « verrouillent les portes de sortie » de la France en rendant la pleine souveraineté ni automatique ni garantie, tout en excluant le principal mouvement indépendantiste kanak des négociations. Plus grave encore : le texte ignore totalement la question environnementale, alors même que la crise sociale, sanitaire et économique frappe durement la jeunesse kanake.

Au cœur du conflit se trouve l’exploitation du nickel, pilier d’un modèle extractiviste hérité de la colonisation. La Kanaky détient près de 25 % des réserves mondiales de ce minerai stratégique, notamment pour l’industrie des véhicules électriques. Mais cette richesse profite surtout à l’État français et aux multinationales minières, tandis que les populations locales subissent chômage, pollution et accidents industriels. « La puissance coloniale n’a vu que des ressources à exploiter », rappelle Victor David, soulignant que l’extractivisme est étranger à la culture kanak.

Pourtant, des alternatives existent. Dans les îles Loyauté, un code de l’environnement novateur a reconnu le rôle des autorités coutumières, introduit le principe de non-régression écologique et même accordé des droits à la nature — avancées en partie freinées par l’État français devant les tribunaux.

Pour Victor David, la conclusion est sans appel : l’indépendance est nécessaire mais insuffisante. Seule une véritable décolonisation, débarrassée du capitalisme et de l’extractivisme, et fondée sur une vision kanake du vivant, pourra garantir justice sociale, autodétermination et protection de l’environnement.

Cathy Manga

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