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Monde : La guerre en Iran propulse les prix du pétrole et du gaz à des sommets inédits : un choc économique mondial avec des répercussions sévères en Afrique

Monde : La guerre en Iran propulse les prix du pétrole et du gaz à des sommets inédits : un choc économique mondial avec des répercussions sévères en Afrique

Dix jours après le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, les prix du pétrole et du gaz ont explosé, atteignant des niveaux non vus depuis la crise de 2022 liée à l’invasion russe de l’Ukraine. Le Brent, référence mondiale, a franchi les 100 dollars le baril dimanche, en hausse de plus de 25 % depuis le 28 février, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Le gaz naturel européen a bondi de 20 % en une matinée, tandis que les contrats futurs sur le WTI américain ont grimpé de 30 %, frôlant les records historiques.

Cette flambée, alimentée par les perturbations dans le détroit d’Ormuz — par où transite un cinquième de la production mondiale de pétrole — menace de plonger l’économie globale dans une spirale de stagflation : croissance atone couplée à une inflation galopante. Pour l’Afrique, continent majoritairement importateur net d’hydrocarbures, les conséquences sont immédiates et multiformes : hausse des coûts du transport, pression sur les budgets publics et risques accrus pour la sécurité alimentaire.

Un choc énergétique sans précédent depuis des décennies

Les analystes s’accordent : la guerre a déjà suspendu environ 15 % des exportations pétrolières du Golfe, avec des attaques iraniennes sur des navires et des infrastructures en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et en Irak. « Le conflit risque de fermer complètement le détroit d’Ormuz pour des semaines, voire des mois, entraînant une pénurie globale équivalente à 1,4 jour de demande mondiale quotidienne », explique Simone Tagliapietra, expert en énergie au think tank Bruegel, cité par le Financial Times. Les prix du gaz, déjà tendus par les sanctions antérieures contre la Russie, ont amplifié l’effet : les contrats européens ont doublé depuis le début du conflit, selon Goldman Sachs.

Économiquement, ce surge énergétique évoque les chocs pétroliers des années 1970. Des économistes comme ceux de la Banque mondiale estiment qu’un doublement des prix du pétrole pourrait contracter le PIB mondial de 1 à 3 % en un an, avec une inflation grimpant de 2 à 4 points. Les marchés boursiers ont chuté : Wall Street a perdu 5 % en une semaine, tandis que les indices européens et asiatiques ont suivi. Les industries énergivores — transport, manufacturing, agriculture — sont les plus touchées, avec des coûts de production en hausse de 10 à 20 % dans les pays développés.

Mais le vrai danger est la stagflation. « Une guerre prolongée maintiendra les prix élevés, forçant les banques centrales à relever les taux d’intérêt pour juguler l’inflation, au risque de freiner la croissance », avertit un rapport de The Guardian. Aux États-Unis et en Europe, les ménages pourraient voir leurs factures énergétiques augmenter de 30 %, érodant le pouvoir d’achat et ralentissant la consommation.

Des retombées inégales et dévastatrices en Afrique

Pour l’Afrique, où 39 des 54 pays sont des importateurs nets de pétrole, cette crise énergétique est un coup dur amplifié par la dépendance aux importations. Selon une étude de la Banque africaine de développement (BAD), un doublement des prix du pétrole pourrait réduire le PIB médian d’un pays importateur africain de 6 % la première année, avec un déficit budgétaire gonflant de la même ampleur si les subventions aux carburants sont maintenues.

Les impacts sont déjà visibles. Au Kenya et en Éthiopie, les prix du carburant ont augmenté de 15 % en une semaine, poussant l’inflation vers les 10-12 %, selon des données locales relayées par Bloomberg. En Afrique de l’Ouest, des pays comme le Sénégal et le Ghana voient leurs devises se déprécier face au dollar, rendant les importations encore plus chères. « Pour la plupart des économies africaines, des prix du pétrole plus élevés signifient des monnaies plus faibles et une pression inflationniste renouvelée, qui pourrait remettre les hausses de taux à l’ordre du jour », analyse Yvonne Mhango, économiste chez Bloomberg Economics.

Les conséquences en cascade touchent la sécurité alimentaire : les engrais, dérivés du gaz, ont vu leurs prix grimper de 50 %, menaçant les récoltes en Afrique subsaharienne. Inspiré de la crise russo-ukrainienne de 2022, où les prix des denrées ont bondi de 18 %, un rapport de l’ODI (Overseas Development Institute) simule une perte de PIB africain de 7 milliards de dollars pour un choc de 10 % sur les prix du pétrole, de la nourriture et des engrais — un chiffre sous-estimé vu les hausses actuelles de 40 % pour le pétrole et 55 % pour les engrais.

Pourtant, l’impact n’est pas uniforme. Les exportateurs nets comme le Nigeria, l’Angola ou l’Algérie pourraient bénéficier d’un boom des revenus : une hausse de 4 à 9 % du PIB si les prix doublent, d’après des modélisations de la BAD. « C’est une opportunité pour les producteurs africains de réinvestir les gains exceptionnels dans la diversification et la transition énergétique », note Nick Hedley, analyste chez Zero Carbon Analytics. Mais même pour eux, l’inflation importée et les disruptions logistiques pèsent lourd.

Vers une résilience accrue ?

Face à ce choc, les gouvernements africains réagissent. L’Afrique du Sud et le Maroc accélèrent leurs partenariats avec la Chine et la Russie pour diversifier les approvisionnements, tandis que l’Union africaine appelle à un fonds d’urgence pour stabiliser les prix des carburants. À plus long terme, la crise pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables : l’Afrique dispose d’un potentiel solaire immense, et des investissements dans le vert pourraient réduire la dépendance aux importations de 20 % d’ici 2030, selon l’AIE.
Mais sans action concertée, les retombées pourraient aggraver les inégalités. Les ménages ruraux, déjà vulnérables, risquent de voir leurs coûts de transport et d’énergie doubler, amplifiant la pauvreté. Comme l’avertit un rapport de l’ODI sur la crise ukrainienne : « Les chocs énergétiques composés par des dépréciations monétaires et des disruptions commerciales menacent la stabilité du continent. »

Cette guerre, loin des côtes africaines, rappelle la fragilité des liens globaux. Pour l’Afrique, c’est un appel à la souveraineté énergétique et à des alliances Sud-Sud renforcées, au risque sinon d’une décennie perdue.

ARDiallo

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