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Sahara Occidental : John Bolton affirme que Trump pourrait changer d’avis sur la marocanité du Sahara Occidentale

Sahara Occidental : John Bolton affirme que Trump pourrait changer d’avis sur la marocanité du Sahara Occidentale

Dans un entretien accordé au journal espagnol El Independente, paru hier, l’ancien conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton a déclaré que le président américain Donald Trump «pourrait bien changer d’avis, s’il le veut, sur la question du Sahara Occidental».

Il s’est dit également surpris que l’administration Biden n’ «ait pas changé cette politique lorsqu’elle est arrivée à la Maison-Blanche».

«Je pense toujours que les Etats-Unis peuvent dire : Ecoutez, ce que nous reconnaissons, c’est la possession marocaine de facto, mais nous pensons toujours qu’il devrait y avoir un référendum. C’est là le point essentiel, dit-il. Mais les Marocains sont arrivés à la conclusion qu’ils ne peuvent pas contrôler le vote. Ils s’inquiètent du résultat. Ils ne veulent pas prendre le risque». John Bolton s’est déjà exprimé, en mai dernier, sur la question sahraouie, provoquant une réaction immédiate de rejet de la part Maroc qu’il n’a pas, au passage, épargné pour son entêtement à vouloir maintenir le statuquo dans la région.

«La politique américaine sur le Sahara occidental devrait revenir à ses origines de 1991, en soutenant un référendum pour que les Sahraouis décident de leur propre avenir», a-t-il notamment expliqué. Il a réaffirmé, hier, cette position dans un entretien à El Independente, prônant un retour à la légalité internationale dans le conflit autour de l’ancienne colonie espagnole, occupée depuis 1975 par le Maroc. Il défend, sans détours, le Front Polisario en tant que représentant légitime du peuple sahraoui et considère que la tentative de Rabat de le faire désigner comme «groupe terroriste» aux yeux de Washington «est vouée à l’échec».

«Le Polisario n’a jamais cédé au radicalisme»
«Ils (les responsables du Front Polisario, Ndlr) n’ont jamais succombé au radicalisme qui a balayé le Moyen-Orient après la révolution islamique iranienne de 1979. Les affirmations selon lesquelles les Sahraouis sont sensibles à la propagande chiite sont démenties par la présence de longue date dans les camps d’organisations religieuses et non gouvernementales américaines fournissant des services éducatifs et médicaux», argumente-t-il.

A une question sur la formule la plus adéquate pour résoudre ce conflit, M. Bolton a, d’abord, rappelé le fait qu’il avait travaillé aux côtés de James Baker au Département d’Etat en 1991 et avoir été très impliqué dans la rédaction de la résolution du Conseil de sécurité en 1991 qui a créé la Minurso et mis en place le processus de référendum. «En 1997, Baker a été nommé envoyé personnel de Kofi Annan pour le Sahara occidental parce que le Maroc avait bloqué le référendum. En réalité, il ne s’était rien passé. Baker m’a appelé et m’a dit : Qu’est-ce que c’est que ce référendum au Sahara occidental ? Ce n’était pas controversé, mais je lui ai expliqué de quoi il retournait et il a répliqué : Oui, eh bien nous devrions essayer de le résoudre», confie-t-il. Cela a, par la suite, conduit aux accords de Houston de 1997 dans lesquels les Marocains se sont à nouveau engagés à organiser un référendum, qu’ils n’ont pas tenu depuis. «(…) Le Maroc traîne les pieds depuis 25 ans. Il aurait été facile d’organiser un référendum. Tout le monde était d’accord pour dire que la base était le recensement espagnol de 1975. Il s’agissait d’un total de 75 000 à 80 000 personnes.» Pour l’ancien haut responsable américain, la reconnaissance de la marocanité du Sahara par l’administration Trump, au cours de son premier mandat, était «contraire à la position américaine habituelle».

Obstructionnisme marocain
«Je continue de penser que la seule façon de résoudre ce problème est d’organiser un référendum. Je pense que ce n’est pas une question difficile», poursuit-il, considérant que la position marocaine était obstructionniste dès le premier jour. «De 1991 à la fin de l’administration Bush, j’ai parlé à certaines responsables et ils étaient tous d’accord pour dire que les Marocains n’étaient pas coopératifs. Le régime marocain n’est pas viable», assène-t-il.

Commentant l’attitude de Trump envers ce conflit, John Bolton a déclaré que celui-ci a fait le mauvais choix en soutenant Rabat. Et d’ajouter : «Les Marocains ont signé l’accord d’Abraham avec Israël à la condition que la légitimité de leur revendication sur le Sahara occidental soit reconnue. Je pense que les Marocains auraient accepté une reconnaissance de cet accord parce qu’il était dans leur intérêt de le faire de toute façon. Ils avaient été très proches de reconnaître Israël auparavant. Ils auraient pu le faire, avant même l’Égypte et la Jordanie. Mais ils ont fait marche arrière. Ils ont donc profité de l’occasion et vendu l’idée à des personnes qui n’avaient aucune idée de ce qu’était le Sahara occidental, de son emplacement ou de son importance.»

Il cite, en outre, le défunt Sénateur Jim Inhofe, un républicain de la Commission des affaires étrangères, qui, d’après M. Bolton, en savait plus sur le Sahara occidental que n’importe qui d’autre au Sénat. «Jim Inhoge a discuté plusieurs fois avec Trump sur la question. Et il a fortement soutenu la tenue du référendum par la Minurso. Je pense qu’il ( Trump, Ndlr) n’a changé d’avis que dans le cadre des accords d’Abraham», relate-t-il. John Bolton estime, par ailleurs, que l’une des façons de limiter le conflit potentiel entre l’Algérie et le Maroc est de résoudre le conflit du Sahara occidental.

Pour lui, si le conflit du Sahara occidental et la question de savoir qui contrôle les minéraux, la pêche et le potentiel touristique pouvaient être résolus, «cela pourrait contribuer à minimiser ou au moins à réduire les différences entre le Maroc et l’Algérie».

Propagande
L’ex-conseiller de Trump aborde, sur un autre plan, le scénario qui pourrait se présenter aux pays de la région dans le cas d’un «deal» que le président américain serait prêt à discuter. «Le Sahara occidental a une longue côte atlantique. Je pourrais imaginer des stations balnéaires et des casinos. Si l’on pouvait attirer son attention ( Trump) sur le fait que sa société immobilière pourrait avoir une concession dans la région et y installer ses centres de villégiature, peut-être que cela l’inciterait à soutenir un référendum (…) Le Front Polisario pourrait envisager quelque chose qui lui serait profitable (…)», lance-t-il, précisant que la position du gouvernement espagnol envers la question sahraoui n’ «aide pas» à résoudre le conflit. Cela dit, la question du Sahara occidental qui ne souffre d’aucune ambiguïté et demeure une question de décolonisation telle que définit par le droit international, la charte des Nations unies et les résolutions du Conseil de sécurité. Evoquant les tentatives menées au Congrès américain de désigner le Polisario comme un groupe terroriste, M. Bolton est catégorique : «Je ne pense pas que cela sera approuvé. C’est une erreur.» Poursuivant, il fait remarquer que même si une résolution est adoptée en ce sens par la Chambre des représentants, «elle ne le serait pas par le Sénat». «Le narratif marocain est basé sur des allégations selon lesquelles le Polisario se serait aligné sur l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, ce qui est totalement faux», fait-il savoir.

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