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Casamance : Diomaye Faye contraint d’annuler « sine die » sa visite dans le Fouladou sous la pression des combattants indépendantistes du MFDC

Casamance : Diomaye Faye contraint d’annuler « sine die » sa visite dans le Fouladou sous la pression des combattants indépendantistes du MFDC

La tournée économique tant annoncée du président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, dans la région de Kolda, dans le Fouladou Casamançais, prévue du 12 au 14 avril, n’aura pas lieu. Pas demain, pas la semaine prochaine. Sine die. C’est la Présidence elle-même qui l’a confirmé par communiqué officiel, invoquant de « contraintes de calendrier de dernière minute » et des « difficultés logistiques » liées à l’ordination épiscopale de Mgr Joseph Francis Janvier Badji, prévue ce samedi 11 avril dans la capitale du Fouladou.

Mais derrière cette explication polie, digne d’un communiqué de service, se cache une réalité bien plus crue, bien plus explosive : la Casamance, quarante-trois ans après le déclenchement du conflit, reste une poudrière. Et Dakar, une fois de plus, a reculé.

Selon des sources concordantes et bien informées sur le terrain, c’est le rapport alarmant du chef d’état-major général des armées, le vice-amiral Oumar Wade, qui a tout changé. Envoyé en éclaireur dans cette zone ultrasensible, le général Wade a vu de ses yeux ce que les autorités sénégalaises refusent encore d’admettre publiquement : les combattants de la branche armée Atika du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) ont été placés en état d’alerte maximale dans toute la Basse et Moyenne Casamance, particulièrement dans le Fouladou. Positions renforcées, mouvements lourds constatés sur les axes Bignona-Kolda, Niaguis, Fanda, Diattacounda. Des habitants ont même signalé des tirs près des routes. S’agissait-il d’une tentative d’embuscade contre le convoi du chef d’état-major ? À l’heure où nous bouclons, aucune confirmation officielle, mais le doute n’est plus permis.

Ce n’est pas un hasard. Depuis le mois de mars 2026, l’armée sénégalaise enchaîne les revers sanglants en Casamance. Plus d’une douzaine de militaires tués dans des embuscades successives, dont deux officiers. Parmi eux, le capitaine André Senghor, tombé au champ d’honneur après un accrochage violent au nord de Sindian. Un officier expérimenté, fauché comme tant d’autres dans cette guerre qui n’ose plus dire son nom. Ces pertes ont profondément ébranlé les rangs et, surtout, ont rappelé à Dakar que le MFDC – fondé en 1947, renforcé politiquement et militairement ces dernières années – n’a jamais rendu les armes.

La visite présidentielle, déjà qualifiée de « extrêmement délicate » par les observateurs, devenait tout simplement impossible. Comment envoyer le chef de l’État dans une zone où les combattants indépendantistes scrutent chaque mouvement des forces de sécurité, où la moindre provocation pourrait mettre le feu aux poudres ? Les autorités ont préféré annuler plutôt que risquer l’humiliation d’un report forcé par les armes.

Officiellement, on parle de saturation hôtelière à cause de l’ordination épiscopale, d’une forte affluence de fidèles et de délégations. C’est commode. Mais tout le monde, à Kolda comme à Ziguinchor, sait que les infrastructures du Fouladou n’ont jamais été le vrai problème. Le vrai problème, c’est la paix introuvable. Quarante-trois ans de conflit, des accords de cessez-le-feu locaux jamais suivis d’effet, des négociations qui patinent pendant que les jeunes Casamançais, des deux côtés, continuent de payer le prix du sang.

Que se passe-t-il réellement sur le terrain ? Les combattants du MFDC, en alerte, n’ont pas tiré… pour l’instant. Aucune confrontation n’a été signalée. Mais la tension est palpable. Le Fouladou, cœur historique de la Casamance, reste sous surveillance. Et le report sine die de la visite présidentielle en dit long sur l’état réel de la « paix » que Dakar prétend construire.

À l’heure où le président Faye promettait de renforcer la présence de l’État et de booster le développement local, c’est un aveu d’impuissance qui tombe. La Casamance attend toujours une solution politique durable. Pas des tournées annulées à la dernière minute. Pas des communiqués qui masquent la réalité.

Le Fouladou retient son souffle. Et nous, Casamançais, nous continuons de nous interroger : jusqu’à quand le Sénégal va-t-il faire semblant qu’il a fini de coloniser la Casamance, cette terre de grande résistance ?

Samsidine Badji (SAM)

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