Vous êtes ici: Accueil » Actualité » Guinée-Bissau : L’acharnement contre Domingos Simões Pereira menace les derniers vestiges de l’État de droit

Guinée-Bissau : L’acharnement contre Domingos Simões Pereira menace les derniers vestiges de l’État de droit

Guinée-Bissau : L’acharnement contre Domingos Simões Pereira menace les derniers vestiges de l’État de droit

Pendant combien de temps encore les autorités de transition de Guinée-Bissau pourront-elles utiliser la justice militaire comme instrument de règlement politique ?

Jeudi, Domingos Simões Pereira, président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et principal opposant du pays, a passé plus de trois heures devant le Tribunal militaire supérieur. À l’issue de cette nouvelle audition, il a été maintenu en résidence surveillée, malgré les dénégations répétées de ses avocats concernant toute implication dans les tentatives de coup d’État dont il est accusé.

Les images de cette journée sont éloquentes. Des milliers de militants ont accompagné le dirigeant du PAIGC. Un imposant dispositif policier a été déployé autour du tribunal. Et, une fois encore, aucune preuve publique n’est venue étayer les accusations qui pèsent contre celui qui demeure la figure politique la plus populaire du pays.

Depuis le coup de force militaire du 26 novembre 2025, la trajectoire de Domingos Simões Pereira ressemble moins à une procédure judiciaire ordinaire qu’à une succession de mesures destinées à l’écarter durablement de la vie politique. Arrêté le jour même de la prise du pouvoir par les militaires, détenu pendant plusieurs semaines puis placé en résidence surveillée, il se retrouve désormais poursuivi pour des faits remontant à octobre 2025 et même à la crise politique de 2023.

Le calendrier soulève des interrogations légitimes.

Quelques semaines avant les élections générales de novembre 2025, la candidature de Domingos Simões Pereira avait été rejetée pour un motif administratif contesté. Puis le processus électoral a été interrompu par les événements du 26 novembre. Aujourd’hui, celui qui dirige le principal parti historique du pays est toujours privé de liberté tandis que son avenir politique demeure suspendu aux décisions d’un tribunal militaire.

Même certains juristes bissau-guinéens s’interrogent sur la compétence d’une juridiction militaire pour juger un responsable politique civil. Les avocats de l’opposant rappellent qu’aucun élément tangible n’a été présenté publiquement pour démontrer son implication dans une quelconque entreprise de déstabilisation. Ils affirment au contraire que leur client a répondu à toutes les questions des juges et qu’il n’a jamais participé à une tentative de subversion de l’ordre constitutionnel.

L’affaire dépasse désormais le seul sort de Domingos Simões Pereira.

La Guinée-Bissau a longtemps souffert des coups d’État, des interventions militaires et des crises institutionnelles. Chaque génération de Bissau-Guinéens a entendu les mêmes promesses de stabilité avant d’assister à un nouveau cycle de répression politique. Le risque aujourd’hui est de voir la justice devenir l’instrument de la victoire définitive de la force sur les urnes.

Le PAIGC n’est pas un parti comme les autres. Héritier du mouvement qui a conduit la lutte pour l’indépendance, il demeure l’une des principales structures politiques du pays. Que son dirigeant soit maintenu sous surveillance permanente, sans qu’un procès transparent et public ne permette de trancher les accusations portées contre lui, alimente inévitablement le soupçon d’une justice à deux vitesses.

Les autorités de transition affirment agir au nom de la sécurité nationale. Mais la sécurité nationale ne peut servir de justification permanente à la restriction des libertés fondamentales. Dans une démocratie, même fragile, les adversaires politiques doivent être battus dans les urnes, non neutralisés dans les tribunaux.

La Guinée-Bissau a besoin de réconciliation, de dialogue et d’élections crédibles. Elle n’a pas besoin d’une nouvelle page d’exception judiciaire dont l’histoire du pays a déjà montré les conséquences désastreuses.

Chaque jour passé par Domingos Simões Pereira en résidence surveillée sans jugement définitif affaiblit un peu plus la confiance des citoyens dans leurs institutions. Et lorsqu’un peuple cesse de croire en sa justice, c’est la démocratie elle-même qui commence à vaciller.

Pierre Coly

Propager la liberté et l'indépendance de s'informer

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté en pour poster un commentaire.

Copyright © 2013 Tamba Networks Inc. All rights reserved.

Retour en haut de la page