Sénégal : Plaque tournante majeure pour la redistribution de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe
Le Sénégal est devenu une plaque tournante majeure pour la redistribution de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe, selon une enquête du journal Le Monde, alors que plus d’un tiers de la drogue consommée sur le Vieux Continent transite par les ports d’Afrique de l’Ouest.
Cette route maritime, parfois désignée sous le nom de « Highway 10« , permet aux trafiquants d’exploiter les faiblesses des contrôles dans la région avant de réacheminer les cargaisons vers l’Europe, souvent via une stratégie dite du « rebond » logistique qui consiste à stocker et reconditionner la marchandise en Afrique pour réduire les soupçons douaniers lors de l’arrivée sur le sol européen.
Selon des experts et des rapports de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l’Afrique de l’Ouest sert de point de transit naturel pour la cocaïne produite en Amérique du Sud à destination d’une Europe où la demande reste soutenue. Des estimations indiquent qu’au moins un tiers de la cocaïne destinée au marché européen passe par cette région, avec des saisies record ces dernières années au Sénégal et dans les pays voisins.
Le port autonome de Dakar et les eaux territoriales sénégalaises ont été le théâtre de plusieurs opérations spectaculaires.
En 2023, la marine sénégalaise a notamment intercepté près de trois tonnes de cocaïne au large des côtes, tandis que d’autres saisies, comme 690 kg en 2023 ou plus de deux tonnes en 2021, illustrent l’ampleur du flux.
« West Africa is a major and growing logistics, redistribution and strategic operating base in the global cocaine trade« , soulignent des analyses récentes de la Global Initiative against Transnational Organized Crime, qui notent une expansion marquée du marché depuis 2019, favorisée par l’infrastructure portuaire, la corruption et les pressions accrues sur les routes directes vers l’Europe.
Parallèlement au rôle de transit, le Sénégal fait face à une hausse de la consommation intérieure. À Dakar, la brigade des stupéfiants observe une augmentation des drogues de synthèse, du crack, du cannabis et notamment du « kush », une drogue synthétique cannabinoïde qui inonde le marché local, selon des reportages de terrain du Monde.
L’ONUDC met en garde contre un « cercle vicieux » liant trafic de drogue, instabilité et corruption en Afrique de l’Ouest et au Sahel, où les groupes armés et les réseaux criminels tirent profit de ces flux pour financer leurs activités. Les saisies de cocaïne dans la région ont fortement augmenté, passant d’une moyenne de 13 kg par an entre 2015 et 2020 à plus de 1,4 tonne en 2022 dans le Sahel.
Les autorités sénégalaises coopèrent avec des partenaires internationaux, notamment via des programmes de contrôle portuaire de l’ONUDC, qui ont permis des saisies massives au niveau mondial. Cependant, les experts soulignent la persistance des défis face à l’adaptabilité des trafiquants. Cette évolution intervient dans un contexte de production record de cocaïne en Amérique du Sud et d’une demande européenne soutenue, transformant des pays comme le Sénégal en hubs logistiques cruciaux pour les cartels.
ARDiallo
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