Casamance: Yankhoba Diémé, accueilli sous escorte militaire et hué à Ziguinchor : la « foule enthousiaste » de la presse Kiiraay était un décor de 300 figurants
Hier mercredi, à l’aéroport de Ziguinchor, le Ministre des Forces armées Yankhoba Diémé, Casamançais d’origine, a posé le pied sur le tarmac sous le regard d’une présence militaire inhabituelle. Des soldats sénégalais jalonnaient toute la piste d’atterrissage et la route jusqu’au commandement de zone, en passant par le lycée Djignabo. Quatre bus et sept mini-bus ont déversé femmes, jeunes garçons et hommes venus de villages éloignés, accompagnés de badauds et de quelques charlatans. Environ 300 personnes, soigneusement encadrées par un comité d’organisation, ont formé le « accueil ».
Le discours du ministre a été livré sur les marches d’entrée de l’aéroport, dans un espace exigu qui ne peut accueillir qu’un petit nombre de personnes. Pas sur la place Gao, pas sur Banéto, pas au stade Aline Sitoé Diatta. Un choix qui en dit long sur la crainte d’un vrai face-à-face avec la population. Le cortège, roulant à toute vitesse, a ensuite été hué par des jeunes qui criaient « traite de la Casamance ! ».
Pourtant, la presse liée au parti Kiiraay de Diomaye Faye a sorti sa version officielle : « foule nombreuse et enthousiaste », « mobilisation spontanée », « ferveur » dépassant la personne du ministre et exprimant l’adhésion au « Plan Diomaye pour la Casamance ». Selon cette prose, les habitants d’Oussouye, de Bignona et des quartiers de Ziguinchor auraient rendu « difficile la sortie du Ministre ». La réalité constatée sur place est tout autre : un accueil fabriqué, un discours calqué, un espace volontairement restreint pour éviter le ridicule d’un vide populaire.
Les commentateurs casamançais n’ont pas tardé à réagir, et leurs mots sont sans détour.
« Ah bon ! La Casamance n’était pas entièrement intégrée au Sénégal ? C’est quoi cette déclaration purement politique ? »
« Depuis quand la Casamance fait partie du Sénégal ? »
« Les discours qu’on a oubliés en Casamance depuis bientôt deux décennies, eh bien ce sont les malfrats de Kiiraay qui vont les ramener juste pour un gain politique. Honte à toi Yacouba Diémé. Tu n’as aucune valeur ni aucune dignité de la Casamance. »
D’autres soulignent le parcours du ministre : « Dommage, ce petit ministre n’a rien foutu au ministère des Transports et voilà qu’on le parachute dans les Forces armées, un ministère d’une si grande importance. Il confond la sacralité de l’armée avec les bassesses de la politique politicienne. »
« C’est très dangereux de nommer un politique à la tête du ministère des Armées. Ce n’est pas une grande tradition sénégalaise. Ça fragilise et désacralise l’image des forces armées. »
Un Casamançais de Kolda résume le sentiment de beaucoup : « Les habitants de mon quartier me disent la même chose : ils ne sont pas sénégalais et ne se sentent pas sénégalais. Je ne comprends pas l’attitude de ce ministre. Il a peur de retourner au chômage, alors il est prêt à vendre et à ternir l’image de la Casamance. Celui qui traîne avec un traître est un traître. »
D’autres encore : « La Casamance fait partie du Sénégal, c’est quoi cette annonce stupide de Yankoba Diémé le traître ? »
« Il n’y a que dans un zoo que tu vois ce type d’accueil… ndeyssane, la misère est une calamité. »
« C’est ça une foule immense ? Vous vous trompez. Le réveil sera brutal. »
Yankhoba Diémé a voulu porter le message du Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Il a rappelé que la Casamance est « une région pour tous les Sénégalais » et « entièrement intégrée ». Mais les réactions locales montrent que ces formules, ressassées pour des besoins politiques, heurtent une population qui refuse d’être réduite à un décor de communication. L’accueil sous escorte militaire, les bus de figurants et les huées des jeunes racontent une autre histoire que celle de la presse propagandiste.
La Casamance n’a pas besoin de discours de circonstance ni de cortèges protégés. Elle a besoin de respect, de vérité et d’un dialogue qui ne se joue pas dans un espace exigü d’aéroport. Hier, à Ziguinchor, le ministre a reçu le message. Reste à savoir s’il l’a entendu.
Samsidine Badji
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