Vous êtes ici: Accueil » Actualité » Sénégal : Macky Sall à Dakar chez Diomaye ! Le tapis rouge ne remplacera jamais le banc de la vérité

Sénégal : Macky Sall à Dakar chez Diomaye ! Le tapis rouge ne remplacera jamais le banc de la vérité

Sénégal : Macky Sall à Dakar chez Diomaye ! Le tapis rouge ne remplacera jamais le banc de la vérité

Les images étaient soigneusement calibrées. Une descente d’avion. Une haie de sympathisants. Une audience au Palais de la République. Quelques poignées de main, des sourires, puis un départ discret quelques heures plus tard.

Pour certains, ce fut le retour d’un ancien chef d’État. Pour beaucoup d’autres, ce fut le retour d’une question que le Sénégal ne pourra indéfiniment repousser : où en est la vérité sur les violences qui ont ensanglanté le pays entre 2021 et 2024 ?

Car avant d’être un candidat à une prestigieuse fonction internationale, Macky Sall est d’abord le président sous lequel le Sénégal a connu l’une des crises politiques et sécuritaires les plus graves de son histoire contemporaine. C’est sous son mandat que des manifestations ont été réprimées avec une violence dénoncée par de nombreuses organisations de défense des droits humains. C’est sous son mandat que des dizaines de personnes ont perdu la vie lors d’affrontements liés à la crise politique. C’est sous son mandat que des centaines de citoyens ont été arrêtés, que des journalistes ont été empêchés d’exercer librement leur métier et que les libertés publiques ont été dénoncées comme étant sous forte pression par plusieurs observateurs nationaux et internationaux.

Ces faits appartiennent désormais à l’histoire. Ce qui reste à établir par la justice, ce sont les responsabilités individuelles et les éventuelles responsabilités pénales de ceux qui ont exercé le pouvoir. Et c’est précisément là que réside le malaise.

Le Sénégal donne aujourd’hui le sentiment de vouloir tourner une page dont il n’a jamais véritablement lu le contenu.

Les familles endeuillées n’ont pas oublié. Les blessés n’ont pas oublié. Les détenus d’alors n’ont pas oublié. Les organisations qui documentent les violations alléguées des droits humains n’ont pas oublié. Les collectifs de victimes continuent de réclamer des enquêtes impartiales, l’identification des responsables, beaucoup sont bien connus, et des réparations.

Une démocratie digne de ce nom ne peut demander aux victimes d’oublier au nom de la stabilité politique.
L’histoire enseigne une leçon constante : lorsqu’un État renonce à rechercher la vérité, il ne construit pas la paix. Il fabrique l’impunité.

Le débat n’est pas celui de la popularité de Macky Sall. Les foules n’ont jamais constitué un tribunal. Les acclamations ne remplacent ni une enquête, ni une commission indépendante, ni une décision de justice. La légitimité politique ne peut être invoquée pour solder des interrogations qui relèvent de l’État de droit.

Le paradoxe est saisissant. Alors que l’ancien président poursuit une campagne internationale pour accéder au poste de secrétaire général des Nations unies, des voix continuent de demander que toute la lumière soit faite sur la gestion des crises qui ont marqué la fin de son pouvoir. Cette contradiction ne disparaît pas parce qu’une foule acclame un ancien dirigeant ; elle subsiste tant que les interrogations des victimes demeurent sans réponse.

La Casamance rappelle également que la paix véritable ne se résume pas au silence des armes. Depuis plus de quatre décennies, cette province jadis autonome, porte les stigmates d’un conflit complexe ayant impliqué l’État sénégalais et les indépendantistes du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC). Les populations concernées continuent d’attendre que toute la vérité soit établie sur les violations des droits humains commises au fil du conflit, quelles qu’en soient les auteurs surtout de l’armée sénégalaise. La mémoire des victimes mérite mieux que des calculs politiques.

Le Sénégal de 2026 n’a pas besoin d’une bataille d’images. Il a besoin d’une bataille pour la vérité et la justice.
L’alternance de mars 2024 n’a pas été portée seulement par une aspiration au changement économique ou social. Elle a aussi été nourrie par une exigence de justice. Cette exigence constitue l’un des socles du projet politique défendu par PASTEF et vendu en Casamance : celui d’un État où nul, quelle que soit sa fonction passée ou présente, ne bénéficie d’une immunité de fait devant l’histoire ou devant la justice.

Cette ambition ne signifie pas condamner avant de juger. Elle signifie précisément l’inverse : enquêter avant d’oublier, établir les faits avant de célébrer, rendre justice avant de réécrire le récit national.
Le véritable scandale n’est donc pas le retour d’un ancien président. Dans une démocratie, tout citoyen a le droit de revenir dans son pays, rappelons que des milliers de Casamançais sont en exil sans pouvoir retourner.
Le véritable scandale serait que le Sénégal s’habitue à voir défiler les puissants sans que les questions les plus graves trouvent enfin de réponses.

Les fonctions passent. Les cortèges se dispersent. Les slogans s’effacent. Mais les morts ne votent plus. Leurs familles, elles, attendent toujours.

Et une République qui demande aux victimes de patienter ou d’oublier pendant que les puissants poursuivent leurs ambitions internationales prend le risque de transformer la justice en promesse perpétuellement différée.

Un État de droit ne se mesure pas à la qualité de l’accueil réservé aux anciens dirigeants. Il se mesure à son courage lorsqu’il s’agit d’examiner leur bilan, de faire toute la lumière sur les violences qui ont marqué leur exercice du pouvoir et de réclamer la justice suivre absolument son cours, sans privilège aucun, lire la vérité et le droit.

ARDiallo

Propager la liberté et l'indépendance de s'informer

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté en pour poster un commentaire.

Copyright © 2013 Tamba Networks Inc. All rights reserved.

Retour en haut de la page