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Guinée-Bissau :  L’ex-président du Nigéria Goodluck Jonathan brise le silence : « La CEDEAO doit publier les résultats, sans délai »

Guinée-Bissau :  L’ex-président du Nigéria Goodluck Jonathan brise le silence : « La CEDEAO doit publier les résultats, sans délai »

L’intervention de Goodluck Jonathan sur la crise politique en Guinée-Bissau a résonné comme un coup de tonnerre diplomatique. Rarement l’ancien président nigérian — aujourd’hui figure respectée des missions d’observation électorale — s’est exprimé avec une telle frontalité. Et son verdict est sans appel : ce qui s’est produit à Bissau n’a rien d’un coup d’État.

En qualifiant l’événement de « coup d’État symbolique », Jonathan ne se contente pas de réfuter la version du président autoproclamé Umaro Sissoco Embaló. Il suggère que ce dernier a peut-être participé, voire orchestré, un scénario politique destiné à brouiller les pistes, retarder la publication des résultats et cimenter un rapport de force fragilisé par les urnes.

Un “coup d’État” annoncé par le président lui-même : une anomalie majeure

Jonathan s’appuie sur une observation simple mais implacable : Embaló a été le premier à annoncer sa propre arrestation… via son téléphone portable, en direct avec plusieurs médias internationaux.
Pour un homme qui dit avoir « bientôt 70 ans » et avoir vu défiler les véritables putschs dans la région, l’incohérence saute aux yeux. Aucun président réellement renversé n’appelle les télévisions internationales pour commenter son arrestation en temps réel.

Faut-il y voir une mise en scène destinée à semer la confusion ?
À tout le moins, argumente Jonathan, rien n’indique qu’Embaló a été physiquement arrêté.

La bataille des résultats : le cœur du problème

Ce que l’ex-chef d’État nigérian met au jour, c’est la véritable ligne de fracture : les résultats des élections du 23 novembre, toujours non publiés.
Pour Jonathan, CEDEAO et Union Africaine — dont les observateurs étaient présents dans chaque région lors du dépouillement — doivent sortir de l’ambiguïté et annoncer les chiffres.

Son ton, d’ordinaire très mesuré, s’est durci :
« Ils ne peuvent pas changer les résultats. Ils doivent les annoncer. Ils en ont la responsabilité envers le monde. »

Ce langage inhabituellement direct souligne une inquiétude profonde : celle d’un processus électoral dévoyé sous prétexte d’instabilité militaire.

Un écho inattendu : Sonko et Jonathan, même lecture

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko avait déjà parlé d’une « combine » visant à bloquer les résultats du scrutin. Entendre Jonathan, figure du consensus régional, tenir un discours similaire change la donne.
Ce n’est plus seulement un voisin qui dénonce un jeu trouble ; c’est un ancien président envoyé en mission officielle pour observer l’élection.

Cela redonne une cohérence troublante à une crise déjà saturée de zones d’ombre.

Un malaise grandissant pour Embaló

L’éclairage jeté par Jonathan met le président Embaló dans une position délicate.
S’il s’agissait réellement d’un coup d’État, pourquoi si peu d’éléments concordants ? Pourquoi tant d’espace laissé à la communication personnelle du président ?
Et surtout : pourquoi ce blocage persistant autour des résultats ?

L’opinion régionale, fatiguée des ruptures démocratiques à répétition, pourrait ne pas apprécier cette impression de manipulation ou d’ingénierie politique interne.

L’enjeu réel : la crédibilité démocratique de la région

Derrière les mots de Jonathan se joue quelque chose de plus large.
La CEDEAO sort affaiblie des séries de coups d’État au Sahel. L’UA peine à imposer son autorité morale.
La question posée par l’ancien président nigérian est simple : ces institutions oseront-elles imposer la transparence, ou se laisseront-elles enfermer dans la version des acteurs locaux ?

Ce qui se passe en Guinée-Bissau dépasse le cadre national : c’est un test pour l’architecture démocratique ouest-africaine.

ARDiallo

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