Gambie : Ouverture du premier procès d’un ancien membre des escadrons de la mort de Jammeh
La justice gambienne a ouvert jeudi le premier procès d’un ancien membre des escadrons de la mort ayant opéré sous le régime de l’ex-président Yahya Jammeh, une étape majeure dans la lutte contre l’impunité dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Sanna Manjang, présenté par les autorités comme un ancien chef présumé des « Junglers », un groupe paramilitaire redouté pour sa brutalité, a comparu devant la Haute Cour de Banjul. Il a plaidé non coupable de deux chefs d’accusation de meurtre liés à des faits commis durant les années de répression politique.
Les procureurs dont la procureure adjointe Elizabeth R. Dougan, l’accusent notamment d’avoir tué Kajali Jammeh, supposé ancien membre des miliciens de Diakaye, en lui tranchant la gorge avec un couteau, avec préméditation. Il est également poursuivi pour le meurtre de Samba Wurry, qu’il aurait poignardé à la poitrine, selon l’acte d’accusation.
Ces faits avaient déjà été évoqués devant la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), mise en place après la chute de Yahya Jammeh. Un ancien employé de la résidence présidentielle avait notamment témoigné que Sanna Manjang avait décapité Kajali Jammeh, après l’avoir menacé de mort. D’autres dossiers, dont celui de l’assassinat en 2004 du journaliste Deyda Hydara, pour lesquels l’accusé a déjà été inculpé, n’ont toutefois pas été abordés lors de l’audience de jeudi.
Les « Junglers » étaient considérés comme le bras armé du régime de Yahya Jammeh, au pouvoir de 1994 à 2017, accusé d’avoir ordonné intimidations, tortures et exécutions extrajudiciaires contre ses opposants. Sanna Manjang était décrit par des témoins comme l’un des membres les plus redoutés du groupe.
Arrêté fin novembre au Sénégal lors d’une opération conjointe des forces de sécurité sénégalaises et gambiennes, Sanna Manjang a été transféré à Banjul et placé en détention. Plusieurs anciens responsables du régime Jammeh ont déjà été poursuivis ou condamnés à l’étranger, notamment en Allemagne, en Suisse et aux États-Unis, soulignant la portée internationale des poursuites liées aux crimes de cette période.
La prochaine audience est prévue le 9 février a annoncé le juge Sidiki Jobarteh. Le tribunal pourrait alors examiner de nouvelles accusations, une perspective qui nourrit l’espoir de nombreuses victimes en quête de justice après des années de peur et de silence.
Balanta Mané
