Etats-Unis : Donald Trump dévoile son « Conseil de la Paix », une initiative diplomatique ambitieuse, inclusive et controversée
Le président américain Donald Trump a lancé une nouvelle initiative diplomatique baptisée « Conseil de la Paix », une organisation internationale à participation restreinte censée, selon la Maison-Blanche, « remodeler la gestion des conflits mondiaux ». Présenté comme un instrument central de la deuxième phase du plan de paix de Trump pour le Moyen-Orient, le Conseil se veut à la fois exclusif dans sa gouvernance et large dans sa portée géopolitique.
Parmi les premiers dirigeants à avoir officiellement accepté l’invitation figure le roi du Maroc, Mohammed VI. Dans un communiqué publié lundi à Rabat, le ministère marocain des Affaires étrangères a confirmé que le souverain rejoindrait le Conseil en tant que membre fondateur et que le Royaume ratifierait la charte constitutive de la nouvelle organisation. Rabat y voit une reconnaissance du rôle du roi comme « acteur de paix incontournable », notamment au Proche-Orient et en Afrique.
Selon les autorités marocaines, le Conseil de la Paix aura pour mandat de promouvoir la stabilité, restaurer la gouvernance et garantir une paix durable dans les zones de conflit. La participation, précisent-elles, est réservée à un cercle de dirigeants « de stature internationale », invités directement par le président des États-Unis — une approche qui tranche avec les mécanismes multilatéraux classiques.
Si la structure décisionnelle du Conseil reste étroitement contrôlée par Washington, son périmètre politique apparaît en revanche beaucoup plus large. D’après plusieurs sources diplomatiques, près de soixante pays ont reçu une invitation formelle de la Maison-Blanche. Parmi eux figurent des acteurs clés du Moyen-Orient — la Turquie, l’Égypte et la Jordanie — mais aussi des puissances mondiales comme la Russie et la Chine, qui ont confirmé avoir été sollicitées sans encore annoncer leur réponse définitive.
L’initiative s’étend également à des alliés traditionnels et à des partenaires émergents. Le Canada, l’Inde, l’Australie, le Vietnam, la Thaïlande, le Brésil, l’Argentine, ainsi que plusieurs États européens — Italie, Grèce, Hongrie, Pologne, Slovénie et Albanie — auraient reçu des lettres d’invitation. En Europe occidentale, la prudence domine : la France a reconnu avoir été invitée mais n’entend pas, à ce stade, donner suite, invoquant la nécessité de préserver le cadre onusien. L’Allemagne examinerait encore sa position.
Au cœur de l’architecture institutionnelle figure un Conseil exécutif fondateur, présidé par Donald Trump lui-même et composé notamment du secrétaire d’État Marco Rubio, de Jared Kushner et de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Cette composition hybride, mêlant responsables politiques en exercice et figures du secteur diplomatique privé, reflète la volonté de Trump de privilégier des circuits décisionnels rapides et personnalisés.
Le Conseil est étroitement lié à la gestion post-conflit de Gaza. Un Conseil exécutif de Gaza a été créé, intégrant des responsables régionaux clés — turcs, égyptiens, émiratis et qataris — tandis que la transition sur le terrain sera pilotée par le Comité national pour l’administration de Gaza, présidé par l’ancien vice-ministre palestinien Ali Shaat. Une force internationale de stabilisation, sous commandement américain, doit accompagner ce dispositif.
Malgré son engagement dans cette dynamique américaine, le Maroc a tenu à réaffirmer son attachement à la solution à deux États, fondée sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale palestinienne. Un rappel qui illustre les équilibres délicats auxquels seront confrontés les membres du Conseil.
Reste une question centrale : ce Conseil de la Paix, à la fois ambitieux et fortement personnalisé, parviendra-t-il à produire des résultats concrets — ou rejoindra-t-il la longue liste des initiatives diplomatiques conçues en dehors des cadres multilatéraux traditionnels, dont l’efficacité demeure incertaine ?
ARDiallo
