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Sahara occidental : les États-Unis imposent un rythme accéléré aux négociations de Madrid

Sahara occidental : les États-Unis imposent un rythme accéléré aux négociations de Madrid

Dans un coup de théâtre diplomatique, les États-Unis ont réussi à réunir, les 8 et 9 février 2026, les principaux acteurs du conflit du Sahara occidental autour d’une table à huis clos. Organisée à l’ambassade américaine à Madrid, cette rencontre inédite depuis près de sept ans a rassemblé des délégations de haut niveau du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Front Polisario. Pilotée par l’administration Trump, elle vise à relancer un processus de paix enlisé, avec un objectif clair : imposer le plan d’autonomie marocain comme base d’une solution politique rapide.

Un format quadripartite sous haute tension américaine

C’est le journal espagnol El Confidencial qui a levé le voile sur cette réunion, initialement gardée secrète à la demande de Washington. Les ministres des Affaires étrangères étaient présents : Nasser Bourita pour le Maroc, Ahmed Attaf pour l’Algérie, Mohamed Salem Ould Merzoug pour la Mauritanie, et Mohamed Yeslem Beissat pour le Polisario. À leurs côtés, Staffan de Mistura, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, ainsi que deux figures clés de la diplomatie trumpienne : Massad Boulos, conseiller spécial pour l’Afrique, et Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies.

Prévue pour une seule journée, la session s’est prolongée jusqu’au lundi en raison de débats intenses. Le Maroc a présenté une version actualisée et détaillée de son plan d’autonomie – un document d’une quarantaine de pages – sous sa souveraineté, comme cadre principal des discussions. Les Américains, forts de leur reconnaissance en 2020 de la marocanité du Sahara sous l’ère Trump I, poussent pour un accord-cadre d’ici trois mois, potentiellement signé à Washington en mai. « Ce qu’il y a de nouveau, c’est le fort engagement des États-Unis », confie Ignacio Cembrero, journaliste espagnol et auteur de la révélation, soulignant les navettes diplomatiques de Boulos au Maghreb depuis fin 2025.

Cette initiative s’inscrit dans la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2025, qui appelle à une solution « réaliste, pragmatique et durable ». Mais les positions restent tranchées : Rabat défend son autonomie élargie, tandis qu’Alger et le Polisario exigent un référendum d’autodétermination, conforme au plan de paix onusien de 1991.

Contexte historique : un conflit vieux de cinq décennies

Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole abandonnée en 1975, est au cœur d’un litige régional depuis que le Maroc en a pris le contrôle, revendiquant des liens historiques. Le Front Polisario, fondé en 1973, lutte pour l’indépendance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), reconnue par l’Union africaine mais pas par l’ONU. Un cessez-le-feu de 1991, supervisé par la Minurso, a tenu jusqu’en 2020, date de sa rupture après des incidents à Guerguerat.

Depuis, les tensions ont escaladé : fermeture des frontières algéro-marocaines en 2021, rupture diplomatique, et une guerre de basse intensité impliquant des drones et des guérillas. L’Algérie, principal soutien du Polisario, voit dans ce conflit un enjeu de souveraineté régionale, tandis que le Maroc y perçoit une opportunité de consolidation économique via ses phosphates et ses ports atlantiques. La Mauritanie, voisine neutre, joue un rôle de médiateur discret, attentive à ses intérêts frontaliers.

Les États-Unis, sous Trump II, accélèrent le tempo pour des raisons stratégiques : contrer l’influence russe et chinoise au Sahel, sécuriser les routes commerciales, et renforcer les accords d’Abraham liant le Maroc à Israël. « Washington tente d’imposer une paix au pas de course », analyse un diplomate européen cité par Courrier international, craignant que cette précipitation ne fragilise l’équilibre maghrébin.

Des avancées timides, des divergences persistantes

La réunion s’est achevée sans communiqué conjoint majeur, seulement un message laconique de la mission américaine à l’ONU saluant des « discussions constructives » en soutien au processus onusien. Des sources marocaines évoquent un « accord de principe » sur le plan d’autonomie comme base unique de négociation, avec la création d’un comité technique permanent. Alger, qui a longtemps refusé d’être considéré comme partie prenante plutôt qu’observateur, aurait cédé sous pression américaine, mais sans concessions sur le fond.

Du côté du Polisario, les réactions sont plus réservées : des divergences avec Alger sur la stratégie ont émergé, selon des observateurs. « L’échec est patent en raison d’un désaccord profond », note une source marocaine anonyme relayée sur les réseaux sociaux, prévoyant une reprise après le Ramadan. L’ONU, par la voix de son porte-parole, reste prudente : « Dès que nous aurons des résultats tangibles, nous les partagerons ».

Parallèles avec d’autres conflits africains : le cas de la Casamance au Sénégal

La lutte pour l’indépendance de la Casamance est souvent qualifiée de conflit le plus ancien d’Afrique. Ce litige persistant sur le continent offre des similitudes frappantes et des leçons potentielles pour une résolution. Depuis 1982, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) revendique l’indépendance de cette région fertile, isolée géographiquement par la Gambie et marquée par des tensions ethniques et économiques. Ce conflit a causé des milliers de victimes civils casamançais , crimes majoritairement perpétrés par l’armée sénégalaise.

Plusieurs analystes et organisations internationales, comme la FIDH ou l’Observatoire de l’IFJD, plaident pour des approches innovantes inspirées de modèles d’autonomie, similaires au plan marocain pour le Sahara. Parmi les idées récurrentes : le recours à la justice transitionnelle pour guérir les plaies du passé, incluant des commissions vérité et réconciliation, des amnisties ciblées et des programmes de réintégration des ex-combattants. D’autres, comme le RND (Rassemblement national démocratique), proposent une décentralisation renforcée avec une autonomie administrative accrue pour la Casamance, gérant ses ressources locales (agriculture, tourisme) tout en restant sous souveraineté sénégalaise – un écho direct à l’initiative marocaine.

Après des échecs des multiples accords de paix, des observateurs comme le français Vincent Foucher, du CNRS, estiment que cette approche pourrait inspirer : « L’État sénégalais n’offre pas immédiatement l’indépendance, mais des concessions administratives pour désamorcer les tensions. » La société civile casamançaise, via des comités de paix, pousse aussi pour une implication régionale, tenant compte des enjeux frontaliers avec la Gambie et la Guinée-Bissau.

Ces propositions soulignent que, comme au Sahara, une solution hybride – alliant autonomie, justice transitionnelle et médiation internationale – pourrait débloquer ce dossier ancien, favorisant l’intégration régionale et la stabilité en Afrique de l’Ouest.

Quelles perspectives pour le Maghreb ?

Cette initiative américaine pourrait marquer un tournant, mais elle soulève des interrogations. Pour le Maroc, c’est une victoire diplomatique : plus de 100 pays, dont la France et l’Espagne, soutiennent déjà son plan d’autonomie. Pour l’Algérie, c’est un test de résilience face à un allié historique affaibli par les sanctions et les crises internes. Le Polisario, isolé, risque de se radicaliser si les négociations piétinent.

Au-delà, ce conflit bloque l’intégration maghrébine, coûtant des milliards en opportunités perdues. Une résolution favoriserait la stabilité au Sahel, où les groupes jihadistes exploitent les failles. Mais comme le rappelle Ignacio Cembrero, « clore ce dossier vieux de 50 ans exigera plus qu’une réunion secrète ». Les regards se tournent vers Washington : Trump parviendra-t-il à imposer sa vision, ou le Sahara restera-t-il un abcès de fixation régional ?

ARDiallo

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