Casamance: Journée internationale des droits des femmes dans un climat contrasté
La Journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2026 s’est déroulée dans un climat contrasté : entre espoirs de retrouver une paix juste et la persistance de blessures profondes, les femmes casamançaises ont marqué cette date non seulement par des célébrations, mais aussi par des plaidoyers insistants pour une justice complète et une liberté absolue.
De Ziguinchor à Tambacounda, des rassemblements ont eu lieu – souvent dans une atmosphère plus apaisée qu’il y a un an. Certaines se sont retrouvées en familles ou au sein d’associations, entonnant des chants traditionnels, partageant des rituels dans les bois sacrés, et brandissant toujours leurs calebasses comme symboles de résilience et de communauté. Mais le ton dominant n’était plus uniquement celui du hurlement de rage ; il mêlait reconnaissance des progrès et appels renouvelés à ne pas en rester là.
Ces femmes restent les héritières d’Aline Sitoé Diatta, figure emblématique de résistance anticoloniale, et les piliers d’une région marquée par plus de quatre décennies de conflit entre l’Etat du Sénégal et les indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).
Les accords de paix non inclusifs se suivent et se ressemblent. Le calme s’est faiblement installé : les affrontements armés majeurs ont diminué ainsi que les déplacements massifs de populations.
Les initiatives de développement portées par le « Plan Diomaye » pour la Casamance restent u’un slogan de politicien.
Pourtant, les femmes – qui ont payé un tribut disproportionné au conflit – ne se contentent pas de symboles. Elles continuent de dénoncer les séquelles persistantes : terres disputées ou polluées (comme à Tobor avec des dépôts illégaux), mines antipersonnel encore actives dans certaines zones, cas de disparus ou de détenus non résolus, et défis quotidiens pour les familles en exil ou restées sur place. Des voix au sein de plateformes comme les Femmes pour la paix en Casamance ou le Comité régional de solidarité pour la paix (USOFORAL) ont profité du 8 mars pour réaffirmer leur rôle central dans la consolidation de la paix : dialogue intercommunautaire, plaidoyer pour la libération de tout otage restant (comme un militaire capturé en 2025), et exigence d’une inclusion réelle des femmes dans les processus de réinsertion et de reconstruction.
Ce 8 mars 2026, sous le thème mondial « Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles », les célébrations en Casamance ont pris une teinte locale. Des messages d’associations ont insisté sur l’autonomisation économique, l’accès à l’éducation des filles et la lutte contre les violences basées sur le genre – des combats qui transcendent le conflit armé.
Le monde, cependant, reste discret sur ces réalités. Si les hommages internationaux à la Journée des femmes ont mis l’accent sur l’égalité et la prévention des reculs, le cas spécifique des Casamançaises n’a guère franchi le seuil des grands médias ou des instances onusiennes. Pourtant, ces femmes ne demandent ni pitié ni fleurs éphémères : elles exigent que la paix signée sur le papier se traduise en justice tangible, en restitution foncière, en déminage accéléré et en opportunités pour les générations futures.
Leur 8 mars n’était pas une simple commémoration. C’était un bilan à mi-parcours d’un processus fragile mais réel, un rappel que la paix durable passe par l’écoute et l’action en faveur de celles qui, depuis des décennies, tiennent debout. Elles portent toujours ce feu inextinguible d’espoir et de résistance. À charge désormais pour la communauté internationale de transformer les promesses en actes durables – pour que la Casamance, enfin, respire librement.
Samsidine Badji (SAM)
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