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Casamance : Saliou Cissé, un fils exemplaire du Pays, s’en est allé : la diplomatie africaine perd un artisan discret de la paix

Casamance : Saliou Cissé, un fils exemplaire du Pays, s’en est allé : la diplomatie africaine perd un artisan discret de la paix

La Casamance pleure l’un de ses fils les plus brillants et les plus discrets. Saliou Cissé, ambassadeur du Sénégal à la retraite, s’est éteint jeudi 23 avril 2026 au matin à l’hôpital Dalal Jamm de Dakar, des suites d’une longue maladie. Originaire de Darsalam, dans la commune de Niassia au sud de Ziguinchor, cet homme de dialogue et de rigueur a consacré plus de trente ans de sa vie au service du Sénégal et essayé, à sa manière, à l’apaisement de sa terre natale.

Hier vendredi 24 avril, vers 17 heures, ses obsèques ont eu lieu à Dakar, où il a été inhumé. Cette décision, prise par la famille proche, s’est imposée malgré l’avis contraire de certains membres de la famille élargie qui souhaitaient un retour au pays des ancêtres, en Casamance. Dans la tradition et l’émotion collective, ce choix a suscité une pointe de tristesse chez ceux qui rêvaient de le voir reposer parmi les siens, à Darsalam ou à Ziguinchor. Pourtant, même dans ce dernier acte, Saliou Cissé reste fidèle à sa vie : un homme qui a souvent privilégié l’intérêt supérieur et le dialogue au-delà des attachements locaux.

Né dans cette terre fertile et tourmentée de Casamance, Saliou Cissé a incarné ce que la Casamance produit de meilleur : l’intelligence, la mesure et un profond attachement à la paix. Diplomate de carrière, il a représenté le Sénégal avec élégance et efficacité sur les scènes les plus exigeantes. Ambassadeur en Gambie pendant près de neuf ans (1982-1991), puis au Nigeria (1991-2001), en Belgique (2001-2005) – où il couvrait également le Luxembourg et les institutions européennes ainsi que le groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique –, il a également servi dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : Ghana, Bénin, Togo, Sierra Leone, Libéria. Représentant permanent auprès d’organisations internationales, dont la CEDEAO, la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale, il fut aussi Directeur des Affaires politiques au ministère des Affaires étrangères et Premier Conseiller à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), où il tissa des liens solides avec l’Afrique de l’Est.

Sa carrière ne fut pas seulement une succession de postes prestigieux ; elle fut celle d’un artisan du consensus et du dialogue. Dans les couloirs feutrés des chancelleries comme sur le terrain tourmenté de la sous-région, Saliou Cissé prônait toujours la même ligne : la patience, la clairvoyance et la conviction que les conflits se règlent par la parole et non par les armes. En Casamance, sa terre natale meurtrie par une guerre de plus de quarante années, il fut un acteur discret mais constant des efforts de paix. Nombre de ceux parmi les religieux, les traditionnels, associations civiles et membres de la diaspora, qui ont travaillé à la stabilisation de la province se souviennent de ses conseils mesurés, de sa capacité à écouter toutes les parties sans jamais trahir un bord.

Après sa retraite, l’homme d’État ne s’est pas retiré du monde. Il a transmis son savoir en enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, notamment entre 2011 et 2016 au sein de l’UFR des Lettres, Arts et Sciences humaines. Des générations d’étudiants gardent le souvenir d’un professeur exigeant, généreux et profondément humain, qui incarnait les valeurs de rigueur et d’ouverture qu’il avait pratiquées toute sa vie.

Ceux qui l’ont côtoyé – collègues diplomates, étudiants, amis de Casamance – le décrivent comme un sage rassembleur, à l’écoute, attaché aux racines tout en regardant vers l’avenir. « Un homme de dialogue et de liberté », disent ses proches. Dans une Casamance qui aspire plus que jamais à la vérité, à la justice, à la paix définitive et au développement, Saliou Cissé restera comme l’un de ces fils exemplaires qui ont porté comme il pouvait les couleurs de lson terroir sans jamais verser dans le bruit ou la division, même s’il n’a pas réussi la paix entre la Casamance et le Sénégal qu’il a tant servi.

La rédaction du Journal du Pays – et sa plume casamançaise de son homonyme– présente ses condoléances les plus attristées à la famille éplorée, à ses enfants, à ses frères et sœurs, ainsi qu’à toute la grande famille de Darsalam, de Niassia, de Ziguinchor et de toute la Casamance. Que Dieu, dans Sa miséricorde infinie, accorde à Saliou Cissé le repos éternel et console les cœurs endeuillés. Inna lilahi wa inna ilayhi raji’oun.

La Casamance perd un ambassadeur de sa dignité. L’histoire retiendra un homme qui, du village de Darsalam aux salons de Bruxelles ou d’Abuja, n’a jamais cessé de croire que le dialogue est une des plus hautes formes de résistance et de patriotisme.

Saliou Cissé

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