Inde : L’Union européenne conclue un accord de libre-échange commercial
L’Inde et l’Union européenne (UE) ont annoncé mardi la conclusion d’un accord historique de libre-échange après près de 20 ans de négociations intermittentes, une étape qualifiée de « mère de tous les accords » par le Premier ministre indien Narendra Modi, dans un contexte de tensions géopolitiques et de rivalité économique accrue face à la Chine et aux droits de douane américains.
Lors d’un discours à New Delhi, avant une rencontre avec Antonio Costa, président du Conseil européen, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, M. Modi a salué « de nombreuses opportunités » pour l’Inde et l’UE, qui représentent ensemble une économie couvrant environ 25 % du PIB mondial et un tiers du commerce mondial.
Détails de l’accord et ouverture des marchés
Les négociateurs ont levé les derniers obstacles lundi, ouvrant la voie à une annonce formelle du texte mardi lors du sommet Inde-UE à New Delhi. Le pacte, qui doit être notifié officiellement dans les prochains mois et ratifié l’an prochain, devrait entrer en vigueur d’ici début 2027, après des étapes de « legal scrubbing » et d’approbations internes en Europe et en Inde.
Le texte prévoit la réduction ou l’élimination des droits de douane sur près de 97 % des biens échangés entre les deux économies. L’Inde s’est engagée à baisser progressivement ses droits sur les voitures importées, parfois supérieurs à 110 %, à environ 10 % sur plusieurs années, facilitant ainsi l’accès des constructeurs européens tels que Volkswagen, Mercedes-Benz et BMW à l’immense marché automobile indien.
Les tarifs sur les vins, spiritueux, machines, produits chimiques, textiles, cuir et bijoux devraient également être fortement réduits, tout en excluant certains secteurs sensibles comme l’agriculture, la viande et les produits laitiers.
Objectifs économiques et géopolitiques
En 2024, l’Inde et l’UE ont échangé pour environ 136,5 milliards de dollars de biens, l’UE étant l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Inde, avec environ 60 milliards de dollars de services échangés.
L’accord s’inscrit dans un contexte géopolitique incertain, marqué par des tensions commerciales croissantes avec les États-Unis et la volonté de diversifier les chaînes d’approvisionnement face à la montée en puissance économique de la Chine. Des tarifs américains élevés ont incité New Delhi et Bruxelles à approfondir leurs liens commerciaux et à réduire leur dépendance à Washington.
Bruxelles voit dans l’accès à l’immense marché indien une opportunité stratégique pour stimuler les exportations européennes, tandis que Delhi espère que l’accord fera croître ses exportations de biens manufacturés et de services, et renforcera son rôle sur la scène économique mondiale.
Prochaines étapes
La déclaration de mardi marque la fin des négociations techniques ; le texte doit encore passer par des validations juridiques et des ratifications au sein des institutions européennes et indiennes. Une fois ces étapes accomplies, l’accord pourrait devenir effectif au cours de l’année prochaine, ouvrant un vaste espace commercial entre deux des principales économies mondiales.
Cathy Manga
