Casamance : Libérations au compte-gouttes, 25 prisonniers politiques Casamançais toujours otages du Sénégal
Alors que les comités de résistance du Pakao, du Balantacounda, du Balmadou et du Kassa sonnent la mobilisation générale, la Casamance observe avec amertume et incompréhension la poursuite d’une stratégie sénégalaise de libération sélective des prisonniers politiques. Au moment où Ndiaga Cissé, un officier sénégalais, lieutenant-médecin capturé les armes à la main, recouvre la liberté grâce à une opération controversée, 25 Casamançais croupissent encore dans les geôles de Dakar sans jugement, parfois depuis plus de six ans.
Le 11 novembre dernier, le groupe dissident du MFDC issu de la faction Salif Sadio, commandé par Mamadi Coly et Paul Diatta, a libéré l’officier sénégalais Ndiaga Cissé pris lors de l’embuscade du 16 avril 2025 à Mongone, au nord de Bignona. Cette décision, entourée de zones d’ombre, suscite une vive indignation au sein des populations et des rangs du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance. Nombreux sont ceux qui y voient une trahison des principes fondamentaux de la lutte pour l’indépendance. Selon des sources concordantes relayées par la presse gambienne et sénégalaise, ces dissidents seraient infiltrés par les services secrets sénégalais via des intermédiaires politiques gambiens liés à Aly Ngouille Ndiaye, ancien ministre de l’Intérieur et proche de Macky Sall. Des moyens financiers conséquents et une couverture du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) auraient scellé l’opération.
Pendant ce temps, la Casamance attend toujours la libération totale et sans condition de ses fils.
Des libérations arrachées par la pression populaire de toute la Casamance
Grâce à l’action déterminée de la presse casamançaise, de la diaspora et des organisations civiles et religieuses, plusieurs détenus ont recouvré la liberté ces derniers mois. On peut citer :
Omar Sané dit Baytullah, activiste gambien ; René Capain Bassène, journaliste d’investigation casamançais ; Babacar Tandiang Doucouré ; Sadio Tamba ; Moussa Tamba ; Sidy Diédhiou de Thiobon ; Souleymane Soul Badji.
Ces libérations, bien que saluées, restent insuffisantes et interviennent au compte-gouttes, comme pour apaiser les consciences tout en maintenant la pression sur le mouvement indépendantiste.
Les 25 prisonniers politiques casamançais toujours détenus par le Sénégal
Aujourd’hui, 25 prisonniers politiques casamançais, tous civils, demeurent incarcérés dans les prisons sénégalaises sans perspective de jugement rapide. Leurs noms résonnent comme un appel à la conscience collective :
Sadio Bâ, Lamine Barry, Thierno Diallo, Lamine Diané, Lamine Diédhiou, Samésidine Diémé, Sekouba Diémé, Amidou Djiba, Ibrahima Dramé, Adama Bamba Mané, Jean Christophe Sambou, Papis Sambou, Adama Sagna, Chérif Sané, Malick Sané, Salif Sané, Dembo Tamba, Kadialy Tamba, Babaye Tamba, Wandifeing Tamba, Insa Tamba, Adama Tamba, Yahya Tamba et Dianko Tamba.
Certains d’entre eux sont privés de liberté depuis plus de six ans. Cette situation constitue une violation flagrante des droits humains les plus élémentaires et un déni de justice manifeste.
Mobilisation générale des Casamançais : presse, diaspora et religieux en première ligne
Face à cette injustice persistante, les comités de résistance appellent à renforcer la vigilance et à multiplier les actions en étroite coopération avec les ailes politiques du MFDC et la diaspora casamançaise. La presse casamançaise, déjà active, doit accentuer sa couverture et ses enquêtes. La puissante diaspora, forte de son influence internationale, est invitée à porter la voix de ces détenus auprès des instances internationales, des organisations de défense des droits humains et des chancelleries. Les leaders religieux, garants de la cohésion sociale et de la paix, ont un rôle moral décisif à jouer pour exiger la libération immédiate et sans condition de tous les prisonniers politiques.
La Casamance ne peut plus accepter cette logique de libération sélective qui sert avant tout les intérêts du Sénégal. La libération de l’officier sénégalais Ndiaga Cissé, dans des conditions opaques, ne doit pas occulter le sort de nos frères détenus. Au contraire, elle doit servir de catalyseur à une mobilisation plus forte et plus unie.
Il est temps que la communauté casamançaise, dans toutes ses composantes, fasse bloc. La liberté de nos prisonniers politiques est un droit légitime à conquérir par la détermination collective.
Antoine Bampoky
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