Tunisie : un journaliste critique du pouvoir placé en détention, inquiétudes sur les libertés
La justice tunisienne a placé en détention le journaliste Zied el-Heni pour « atteinte à autrui », après des déclarations critiques visant des magistrats, a indiqué lundi son avocat, dans un contexte de préoccupations croissantes sur l’état des libertés en Tunisie.
Selon Me Samir Dilou, l’arrestation de M. el-Heni fait suite à l’ouverture d’une enquête sur des propos tenus début avril lors d’une conférence dans une faculté de droit à Tunis. Le journaliste y avait défendu des confrères condamnés « injustement » et qualifié de « criminels » les magistrats ayant rendu ces décisions.
Interpellé vendredi et placé en garde à vue dans la foulée, il est poursuivi en vertu d’un article du Code des télécommunications prévoyant jusqu’à deux ans de prison pour toute atteinte à autrui via les réseaux publics. Il doit comparaître le 30 avril devant le tribunal de première instance de Tunis, selon son avocat.
Connu pour ses critiques virulentes de la politique du président Kais Saied, M. el-Heni s’était récemment illustré en déposant un recours devant le tribunal administratif visant à contraindre le chef de l’État à mettre en place la Cour constitutionnelle et à réactiver plusieurs institutions clés, dont la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle.
Figure du paysage médiatique, il s’était fait connaître lors du soulèvement de janvier 2011 qui a conduit à la chute du président Zine El Abidine Ben Ali et marqué le début du Printemps arabe.
En 2024, le journaliste avait déjà été condamné à six mois de prison avec sursis pour « atteinte à la personne » d’une ancienne ministre, après des propos tenus à la radio.
Depuis la prise de pouvoir élargie du président Saied en juillet 2021, à la suite de mesures qualifiées de coup de force par ses opposants, des dizaines de figures politiques, médiatiques et de la société civile ont été arrêtées, certaines condamnées à de lourdes peines.
Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent une « dérive autoritaire » et jugent la situation des libertés en Tunisie « alarmante », évoquant une dégradation continue de l’état de droit dans le pays.
Antoine Bampoky
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