Sénégal : Le rêve mondial du Sénégal miné par la négligence officielle
Alors que l’équipe nationale du Sénégal, les Lions de la Teranga, dispute ses matchs de la Coupe du Monde 2026, un drame plus discret et plus inquiétant se joue en coulisses. Des rapports en provenance du camp de base de l’équipe dressent le tableau d’un désordre financier, de défaillances logistiques et d’une indifférence administrative qui menacent d’éroder la concentration et le moral du groupe au moment le plus crucial.
Les joueurs dont ceux de la Casamance qui ont offert au Sénégal un titre historique à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et assuré la qualification pour ce Mondial n’ont toujours pas perçu les primes promises, alors même que les fonds provenant de la Confédération africaine de football (CAF) et de la FIFA ont été versés à la Fédération sénégalaise de football (FSF). L’entraîneur Pape Thiaw dirige l’équipe sans contrat officiel et sans salaire depuis plusieurs mois. L’hôtel retenu pour le camp de base est loin des standards exigés pour une sélection de ce niveau, et l’absence du chef cuisinier de l’équipe a contraint certains joueurs à commander leurs repas à l’extérieur pour pallier une restauration inadaptée.
Il ne s’agit pas de simples désagréments. Ces dysfonctionnements traduisent un grave manquement de la part des autorités footballistiques sénégalaises, du ministère des Sports et du gouvernement dans son ensemble — un abandon qui risque de gâcher des années de progrès fondées sur le talent, la discipline et la fierté nationale.
Un sélectionneur livré à lui-même
La situation de Pape Thiaw est particulièrement scandaleuse. Après avoir mené l’équipe à la gloire continentale, il opère depuis février sans contrat renouvelé ni rémunération régulière. Les négociations traînent, créant ce que des proches décrivent comme une « bombe juridique » potentielle au regard des règles de la FIFA. Tandis que les dirigeants de la fédération multiplient les démentis et minimisent l’affaire, la réalité sur le terrain montre un entraîneur travaillant sur la seule bonne volonté, tout en portant le poids des attentes d’une nation entière.
Ce n’est pas ainsi qu’une grande nation de football traite son leader le plus visible. Le ministère des Sports, dirigé par Djirèye Clotilde Coly, et le gouvernement ont l’obligation d’assurer la stabilité au plus haut niveau. Leur inaction apparente — ou leur incapacité à trancher l’inertie bureaucratique — envoie un signal désastreux : le succès sur le terrain ne garantit pas le respect professionnel le plus élémentaire en dehors.
Primes non versées, promesses trahies
Les primes impayées attaquent directement la confiance des joueurs. Les internationaux sénégalais, dont beaucoup évoluent dans les grands clubs européens, ont rempli leur part du contrat. La fédération a reçu les allocations correspondantes des instances continentales et internationales. Pourtant, l’argent n’est pas parvenu aux athlètes. Ces retards ne sont pas inédits dans le football africain, mais ils sont particulièrement choquants pour un programme longtemps considéré comme l’un des mieux gérés du continent.
Ce schéma de rétention de rémunérations méritées nourrit le ressentiment et la distraction. Dans un tournoi où chaque détail compte, les joueurs devraient se concentrer uniquement sur la Norvège ou sur les phases finales, et non sur la question de savoir si leur fédération honorera enfin ses engagements financiers.
Défaillances logistiques et indifférence institutionnelle
Les plaintes concernant le camp de base à Piscataway révèlent une décomposition organisationnelle plus profonde. Un hôtel de catégorie moyenne, des repas insuffisants et l’incapacité à faire venir le chef cuisinier attitré de l’équipe — que ce soit pour des problèmes de visa, de budget ou de simple négligence — sont les symptômes d’une préparation défaillante. Que des joueurs soient contraints de se faire livrer des repas extérieurs n’est pas le signe d’une fédération qui place le bien-être et la performance au premier plan.
La responsabilité ne s’arrête pas à la Fédération sénégalaise de football. Le ministère de la Jeunesse et des Sports, ainsi que le gouvernement national, qui vantent le football comme vecteur d’unité et de rayonnement, portent l’ultime responsabilité. Les visites ministérielles au camp et les déclarations grandiloquentes sur l’ambition d’aller en finale sonnent creux lorsque les dispositifs de soutien de base s’effondrent. Le Sénégal a massivement investi dans ses infrastructures footballistiques et dans la formation ; l’incapacité à traduire ces efforts en une gestion compétente au stade du Mondial constitue une trahison de ces avancées.
Un schéma récurrent qui exige des comptes
Les critiques au Sénégal dénoncent depuis longtemps les problèmes de gouvernance dans l’administration du football. La crise actuelle fait écho à des disputes passées et suggère des dysfonctionnements systémiques : ingérences politiques, lenteurs bureaucratiques et fossé entre le discours et l’action. Le silence relatif du gouvernement face à ces révélations — au-delà d’appels génériques à la mobilisation nationale — ne fait qu’amplifier le sentiment d’abandon.
Tandis que les Lions se battent pour progresser dans un groupe très disputé, le véritable combat pourrait bien être celui de leurs propres institutions pour se montrer à la hauteur. Le football est bien plus qu’un jeu au Sénégal : c’est un emblème national. Traiter ses représentants avec un tel mépris risque non seulement de provoquer des turbulences à court terme, mais aussi d’endommager durablement la crédibilité du programme et la confiance des joueurs et des supporters.
Avant le match contre la Norvège demain soir, il est grand temps que le ministère des Sports, la fédération et le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye passent des discours aux actes, règlent ces dysfonctionnements en toute transparence et veillent à ce que ceux qui portent les espoirs de la nation ne soient pas abandonnés à eux-mêmes sur la plus grande scène mondiale.
Cathy Manga
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