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Sénégal : Vague de démissions après le limogeage d’Ousmane Sonko : un séisme politique secoue le pouvoir

Sénégal : Vague de démissions après le limogeage d’Ousmane Sonko : un séisme politique secoue le pouvoir

Le Sénégal traverse une crise politique majeure depuis le vendredi 22 mai 2026. Par le décret n°2026-1128, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko et dissous l’ensemble du gouvernement. Cette décision, intervenue après plusieurs mois de tensions croissantes au sein du duo qui a porté le Pastef au pouvoir en 2024, marque une rupture historique entre les deux figures emblématiques du mouvement.

Moins de 48 heures plus tard, le dimanche 24 mai 2026 en fin de journée, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye (également appelé Malick Ndiaye), a annoncé sa démission sur les réseaux sociaux. Dans un message mesuré, il a évoqué « une profonde réflexion, mûrie dans le silence, la responsabilité et le sens de l’État », guidée par « sa conception des institutions » et « l’intérêt supérieur de la nation ». Proche historique d’Ousmane Sonko, sa démission ouvre la voie à une possible élection de ce dernier à la présidence de l’Assemblée nationale lors de la session extraordinaire prévue le mardi 26 mai.

Une vague de démissions au sein du Pastef et de l’administration

La décision présidentielle a déclenché une onde de choc au sein du Pastef. Plusieurs cadres et responsables administratifs proches de Sonko ont quitté leurs fonctions en signe de solidarité :

Elhadji Ndane Diagne — Directeur général de la SONACOS (Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal). Il a annoncé avoir déposé sa lettre de démission le 23 mai 2026.
Mouhamed Abdallah Ly — Directeur général du Musée des Civilisations noires. Il a officialisé sa démission le 23 mai 2026 via les réseaux sociaux.
Khadija Mahecor Diouf — Présidente du Conseil de surveillance de l’Agence de Développement Local (ADL). Elle a démissionné en exprimant explicitement sa loyauté et sa gratitude envers Ousmane Sonko.

D’autres hauts fonctionnaires et directeurs nationaux ont annoncé leur départ dans les heures et jours suivant le limogeage.

Le Comité exécutif (COMEX) du Pastef a dû publier un communiqué pour recadrer les militants, rappelant que les démissions doivent suivre les procédures officielles et ne pas se limiter à des annonces sur les réseaux sociaux. Cette vague reflète une fracture profonde au sein du parti majoritaire à l’Assemblée nationale.

Ousmane Sonko, qui conserve la présidence du Pastef et son siège de député (suspendu pendant sa période à la Primature), devrait retrouver rapidement une position institutionnelle forte. Nombre d’observateurs y voient une stratégie calculée : Sonko passerait du pouvoir exécutif à un rôle de contrôle législatif, potentiellement transformant la cohabitation en une véritable confrontation institutionnelle.

Les risques en Casamance : un territoire sensible en quête d’indépendance

Ousmane Sonko, originaire de Casamance (ancien maire de Ziguinchor), y dispose d’un soutien populaire massif. Son limogeage pourrait raviver des frustrations locales, surtout dans un contexte où la Casamance reste marquée par les séquelles d’un conflit indépendantiste historique et des attentes fortes en matière de dialogue et de paix .

Des voix locales et analystes mettent en garde contre : Une déstabilisation potentielle si le sentiment de « trahison » ou d’abandon de la Casamance se répand. Une mobilisation accrue des militants Pastef pour basculer dans le camp des indépendaantistes du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).

Des tensions accrues entre le pouvoir central et une Casamance qui a massivement soutenu le tandem Diomaye-Sonko en 2024.

Le président Faye, en écartant Sonko, prend le risque d’affaiblir son ancrage dans le Sud et de fragiliser la stabilité nationale dans une période déjà marquée par des défis économiques (dette publique élevée, négociations avec le FMI). Une mauvaise gestion de cette crise pourrait alimenter des narratifs de division et compliquer les efforts de réconciliation en Casamance.

Perspectives : vers une cohabitation tendue ?

Avec le Pastef majoritaire à l’Assemblée, le retour probable de Sonko au « perchoir » donnerait à l’ancien Premier ministre un levier puissant pour influencer la nomination du prochain gouvernement et contrôler l’action présidentielle. Le premier congrès national du Pastef, prévu en juin 2026, s’annonce comme un moment décisif : il pourrait officialiser la rupture ou forcer une recomposition.

Le Sénégal, longtemps apercu pour « sa stabilité démocratique » en Afrique de l’Ouest, entre dans une phase d’incertitude. La capacité de Diomaye Faye à reconstruire une majorité et à apaiser les tensions internes au Pastef déterminera si cette crise sera un simple rééquilibrage du pouvoir ou le début d’une instabilité plus profonde.

L’avenir proche dira si le duo historique, qui a incarné l’espoir du « changement » en 2024, parviendra à transformer sa rupture en une saine alternance des pouvoirs, ou si elle minera la cohésion du projet qu’ils ont porté ensemble.

Le peuple Casamançais, attaché à la liberté, à la paix et à la démocratie, observera avec vigilance.

Balanta Mané

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