Casamance : Un haut responsable du MFDC met en garde contre une reprise unilatérale du déminage dans le Balantacounda
Dans un contexte de tensions persistantes en Casamance, un responsable influent du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), proche de la branche armée Atika, a vivement dénoncé les intentions du Centre National d’Action Antimines au Sénégal (CNAMS) de relancer des opérations de déminage dans la zone du Balantacounda sans respecter les accords du 20 mars 2013 signés à Sao Domingos en Guinée-Bissau.
Contacté par notre rédaction, ce cadre du MFDC, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, s’est montré particulièrement ferme : « Le CNAMS et les autorités sénégalaises semblent vouloir ignorer délibérément les protocoles convenus. Reprendre le déminage de manière unilatérale dans le Balantacounda constitue une violation claire des engagements de 2013. Nous mettons en garde contre les risques d’escalade que cela pourrait entraîner. Le déminage ne peut être dissocié d’un processus de paix global et inclusif entre le Sénégal et le MFDC. »
Ces déclarations interviennent alors que le Balantacounda, région historique de la résistance indépendantiste, reste marquée par la présence de mines antipersonnel datant des années de conflit. Selon plusieurs sources locales, des équipes du CNAMS prépareraient une nouvelle campagne dans cette zone sensible, sans concertation préalable avec les forces politiques actives du MFDC. Des articles récents publiés par des médias casamançais, dont Le Journal du Pays, évoquent d’ailleurs les dangers d’un « déminage sans la paix », qualifié de « pari périlleux ».
Les accords de 2013 au cœur du litige
Rappelons que les accords de Sao Domingos, facilités par des organisations comme l’Appel de Genève, prévoyaient un cadre concerté pour les opérations de déminage, en lien avec les négociations de paix. La branche Atika via sa direction politique, avait alors conditionné sa participation à un respect mutuel des zones et à une avancée parallèle sur le volet politique. La reprise unilatérale d’activités humanitaires sans cette garantie, qui reste encore valable, est perçue par la totalité des indépendantistes comme une manœuvre visant à affaiblir leur position sans concessions réelles de Dakar.
« Ignorer ces accords, c’est prendre le risque de voir les populations prises en otage une nouvelle fois entre mines et tensions armées comme ce fut le cas en juin 2013, quand 12 démineurs ont été arrêtés près du village de Kaïlou en Basse Casamance », a insisté notre source. Elle appelle l’État sénégalais à renouer un dialogue sincère incluant toutes les dirigeants du MFDC pour un déminage durable et une paix véritable.
Un contexte régional volatile
Cette mise en garde intervient dans un paysage déjà tendu : affrontements sporadiques, accusations mutuelles et appels répétés des populations du Balantacounda à la fois pour la sécurité et le retour à une vie normale. Le déminage reste un enjeu humanitaire majeur – des milliers d’hectares restent contaminés – mais aussi un levier politique dans le dossier casamançais, vieux de plus de quatre décennies.
Du côté des autorités, le CNAMS n’a pour l’heure pas réagi officiellement à ces accusations. Contactés, des responsables sénégalais soulignent généralement la dimension humanitaire des opérations sans tenir compte de l’engagement prioritaire en faveur de la paix.
Cette nouvelle alerte du MFDC souligne, une fois de plus, la complexité du processus de paix en Casamance : sans inclusivité et respect des engagements passés, les initiatives techniques risquent de se heurter à la réalité du terrain. Les populations, premières victimes des mines comme du conflit, attendent des gestes concrets qui allient sécurité immédiate et résolution politique durable.
Antoine Bampoky
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