Nouelle-Calédonie :La Kanaky-Nouvelle-Calédonie sera indépendante (Tribune de Jean-Luc Mélenchon – Mediapart)
Tribune de Jean-Luc Mélenchon Candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle de 2027, Coprésident de l’Institut La Boétie, publié le vendredi 10 juillet 2026 par le Club de Mediapart
La Kanaky-Nouvelle-Calédonie sera indépendante
La Kanaky-Nouvelle-Calédonie est la dernière colonie de peuplement administrée par la France. Pendant trop longtemps, l’Etat s’est déjà défaussé de son statut de puissance administrant une situation inacceptable. Une nouvelle page de l’histoire de la Kanaky-Calédonie doit s’ouvrir. Non seulement le peuple vivant sur place a le droit à son indépendance mais le peuple français dans son ensemble a le droit et le devoir d’en prendre la décision.
La Kanaky-Nouvelle-Calédonie est la dernière colonie de peuplement administrée par la France. L’ONU le rappelle assez, c’est un territoire à décoloniser.
En 1998, l’accord de Nouméa avait ouvert une voie que nul n’avait encore empruntée, celle d’une décolonisation négociée, qui reconnaissait le peuple Kanak comme peuple premier colonisé, et pariait sur un destin commun entre toutes les populations de l’archipel.
Mais depuis 2019, les gouvernements d’Emmanuel Macron ont défait pièce par pièce ce processus unique de décolonisation. Ils ont sapé 40 ans de paix civile. En s’alignant systématiquement sur le camp anti-indépendantiste, en passant systématiquement en force contre les représentants du peuple Kanak, en emprisonnant injustement et cruellement ses dirigeants, les macronistes n’ont poursuivi qu’un seul objectif : maintenir les privilèges des dominants. En mai 2024, le coup de force sur la manipulation du corps électoral a plongé l’archipel dans sa pire crise politique, sociale, sanitaire et économique depuis les années 1980.
Qui pourrait vouloir continuer ainsi encore pour des années ? Pendant trop longtemps, l’Etat s’est déjà défaussé de son statut de puissance administrant une situation inacceptable. Une nouvelle page de l’histoire de la Kanaky-Calédonie doit s’ouvrir.
Nous reconnaissons l’ouverture historique fraternelle du peuple Kanak faites aux générations actuelles. En 1983 à Nainville-les-Roches, il a accepté de partager son droit à l’autodétermination avec « les victimes de l’histoire », c’est-à-dire les autres populations arrivées sur l’archipel, du fait même de la colonisation, et pour des raisons très diverses. Nous gardons à l’esprit que ce peuple premier a consenti au décalage de son accession à l’indépendance par une décolonisation négociée et transitoire.
Ces ouvertures, uniques dans toute l’histoire, honorent le peuple Kanak. Elles sont la raison pour laquelle nous pouvons encore discuter aujourd’hui pacifiquement de l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Nous les en remercions. Il est donc possible d’en finir, dans l’honneur et le respect mutuel, avec la trop longue histoire coloniale en Kanaky.
Dès l’été 2027, si les Français m’élisent, j’organiserai les conditions d’un référendum le plus immédiat pour un projet d’accord instaurant l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Préalable indispensable à l’organisation d’une consultation locale sur ce projet. Il contiendra l’offre d’une association franche et libre aux autorités du nouvel état indépendant et l’acceptation par les français d’un tel statut.
Le principe est simple. La Kanaky-Nouvelle-Calédonie deviendra un État souverain, maître de sa politique, de son économie, de sa diplomatie. Nous proposerons une association à la France, librement consentie mutuellement. Elle pourra porter sur des domaines que nous déterminerons avec lui, comme la défense, la coopération économique, la libre circulation des personnes, la protection écologique ou la recherche. En un mot, une association libre entre deux États souverains égaux en droits.
Ma démarche a le sens suivant : non seulement le peuple vivant sur place a le droit à son indépendance mais le peuple français dans son ensemble a le droit et le devoir d’en prendre la décision. De cette façon nous éteindrons un conflit et des violences qui ont défiguré notre pays aux yeux de ses propres principes fondateurs. Personne n’a demandé aux français s’ils étaient d’accord pour coloniser. Ils n’ont pas à subir la honte d’en prolonger l’injustice et ses violences.
Ainsi le peuple kanak aura gagné sa longue et digne lutte. Et le peuple français sera lavé de la responsabilité de ceux qui ont organisé et prolongé la colonisation. Il deviendra pleinement partie prenante de la libération accomplie.
Ensemble, les deux peuples pourront décider, s’ils le souhaitent mutuellement, d’écrire un nouveau chapitre de vie commune.
Aux femmes et hommes de Calédonie et de tous les territoires français : je vous propose de réussir une paix définitive. Mais aussi, pour la première fois dans l’histoire de France, la décolonisation pacifique et négociée préparée par les efforts et sacrifices de la génération précédente, toutes tendances unies, à Paris et à Nouméa.
Jean-Luc Mélenchon
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