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Casamance : La jeunesse en colère face au cirque olympique du Sénégal

Casamance : La jeunesse en colère face au cirque olympique du Sénégal

Pendant que Dakar s’apprête à pavoiser pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, premiers JO sur le sol africain, la Casamance retient son souffle. Pas de flamme sacrée dans les cœurs ici. Seulement une braise de colère froide, héritée de décennies de promesses trahies et de sang versé. Du 31 octobre au 13 novembre, la jeunesse du monde viendra « célébrer la paix par le sport ». La jeunesse casamançaise, elle, née dans la violence politique depuis 1982, répond par une défiance assumée : elle n’ira pas à la fête.

Car comment danser quand vos frères sont tombés sous les balles des forces armées sénégalaises à Bignona, Ziguinchor, Kolda, Diaobé, Oulampane, Kabrousse et jusqu’à Kédougou ? Les noms de ces martyrs résonnent encore dans les quartiers et les villages. Aucune justice. Aucune condamnation. Aucune vérité officielle. Juste le silence assourdissant d’un État qui passe à autre chose.

La trahison Pastef, chapitre final

Ils avaient promis la rupture. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, portés par une vague populaire historique, devaient incarner le changement. La Casamance a cru, un temps. Aujourd’hui, elle se sent doublement trahie. Les jeunes, abandonnés à leur sort, ne voient ni écoles de formation dignes de ce nom, ni embauches locales, ni perspective économique. Les politiques agricoles vantées restent lettre morte ou ont été purement et simplement sabotées. Le tourisme, potentiel vital pour la région, stagne dans les limbes des discours.

Résultat ? Des milliers de jeunes Casamançais en exil forcé : vers la Guinée-Bissau, la Gambie, ou, plus tragiquement, sur les pirogues de la mort vers l’Europe. Pendant ce temps, des parents croupissent en prison depuis plus de huit ans, sans jugement, sans procès équitable. Des familles brisées, une jeunesse sacrifiée.

Et pendant que la Casamance pleure, Diomaye Faye prépare son grand show olympique. Le contraste est insupportable.

La résistance pacifique comme seule arme

Face à ce mépris, la jeunesse casamançaise ne choisit ni la haine aveugle ni la résignation. Elle choisit la résistance pacifique. Des actions sont en préparation. Des manifestations dignes, visibles, déterminées. Parmi les options étudiées : le blocage coordonné et non-violent des grands axes routiers qui traversent toute la Casamance. Ces routes internationales qui relient la Gambie, la Guinée-Bissau, le Mali et la Guinée. Des axes vitaux, symboles d’une région qu’on veut marginaliser mais qui reste incontournable.

Ce n’est pas une menace. C’est un cri. Un cri pour dire : vous ne pouvez pas organiser la fête de la jeunesse mondiale en ignorant la jeunesse qui souffre à quelques centaines de kilomètres. Vous ne pouvez pas parler de paix olympique quand la justice n’a toujours pas été rendue aux familles endeuillées. Vous ne pouvez pas vanter l’avenir quand le présent de toute une génération est volé.

Le cœur des jeunes n’est pas à la fête

Cette défiance n’est pas un caprice. Elle est le fruit d’une accumulation insoutenable d’humiliations et d’abandons. La Casamance ne demande pas la lune. Elle exige le minimum : La vérité sur son histoire, la justice pour ses morts, la libération de ses prisonniers politiques, opportunités réelles pour sa jeunesse, respect de ses potentialités agricoles et touristiques, en fin la paix voulue et combattue par nos ancêtres depuis la colonisation européenne.

Tant que ces exigences légitimes resteront sans réponse, la jeunesse casamançaise restera debout, pacifique mais intraitable. Elle ne boycottera pas seulement les Jeux dans son cœur. Elle le fera savoir au monde entier, avec intelligence, discipline et détermination.

L’histoire retiendra que pendant que le Sénégal allumait sa flamme olympique, la Casamance allumait celle de sa dignité retrouvée. Une flamme qui ne s’éteindra pas tant que justice ne sera pas faite.

Samesidine Badji

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